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Hoarau : « Ils m’ont fait vivre un calvaire »

Guillaume Hoarau

Guillaume Hoarau - -

A quelques heures de retrouver le PSG, ce vendredi (20h30) au Parc des Princes (23e journée de Ligue 1), Guillaume Hoarau retrace les grandes lignes de son aventure chinoise avec le Dalian Aerbin. Un périple qui l’a profondément marqué.

Guillaume, vous allez encore croiser la route de votre ancien club, le PSG, en championnat cette fois. Et vous allez certainement croiser une ancienne connaissance en équipe de France, Yohan Cabaye, qui s'est engagé avec le club de la capitale mercredi

Yohan, c’est un très bon joueur. J’ai fait mes premières sélections en même temps que lui. Aujourd’hui, il a vraiment progressé comme a pu le faire aussi Blaise Matuidi. C’est vraiment des garçons qui bossent dur. Tout se mérite et si Paris a fait le forcing pour l’avoir, c’est qu’il a passé un cap et est désormais devenu un joueur important. Tant mieux pour Paris, tant mieux pour l’équipe de France et tant mieux pour la Ligue 1.

Vous voilà désormais bien installé du côté de Bordeaux, où vous semblez avoir pris vos marques. Que retenez-vous, avec du recul, de votre périple en Chine avec le Dalian Aerbin ?

C’était ma première expérience à l’étranger. Il fallait tout oublier. La Chine est un pays totalement différent. Je suis parti sans préjugés. Je me suis dit « sois toi-même et essaie d’être sociable ». Je ne voulais pas avoir l’image de ce mec qui est venu prendre les sous et qui se fiche du reste. Je me suis investi d’entrée. J’ai essayé d’apporter le peu que j’ai connu à Paris. Je sais qu’ils m’ont pris pour cette étiquette-là. On m’a empêché de m’éclater sur le terrain. On m’a fait jouer des matches. Si j’avais marqué cinq buts, peut-être que les choses se seraient passés différemment. Maintenant je sais très bien dans quelles circonstances les choses ont été faites. C’est pour cela que je n’ai pas de regrets. Même la personne qui était en froid avec moi pour rien m’a dit « merci d’avoir été professionnel jusqu’au bout ». Ils m’ont poussé à la faute. J’ai laissé filer et au final j’ai pu résilier mon contrat et signer ici. Les choses se sont faites rapidement, c’est pour ça que je suis content. Mais ça n’a pas été facile.

Vous pouvez être plus clair quand vous dites « on m'a empêché de m'éclater sur le terrain » ?

Une tierce personne m’a mis des bâtons dans les roues concernant le contrat. Il y a une personne qui a cru qu’elle allait avoir des sous sur mon dos. Cet individu a mis d’autres personnes du club dans le coup, qui m’ont fait vivre un calvaire... Sans vouloir faire de procès aux Chinois, on connaît le système politique qui rejaillit forcément sur différents milieux. J’ai pris le risque de partir, tant pis pour moi. Maintenant, je reviens, j’ai vu. Ça a été une expérience, au-delà du foot, extraordinaire. Donc voilà, « I’m back » !

« Shanghai ? Il faut que j'y retourne »

Qu'est-ce qui a été le plus dur pour vous là-bas ? La distance avec vos proches ?

Tant que les choses se passent bien, vous arrivez à combler la distance avec tous les moyens possibles de communication. Bon, pas totalement car rien ne remplace le tactile, le contact physique. Mais j’ai essayé… et ce n’est pas facile. Les gens m’ont résumé au « mec qui ne pense qu’à l’argent et qui abandonne son fils ». J’en ai pris plein la tête et il fallait être solide par rapport à ça. Il faut pouvoir expliquer à la famille pourquoi on a fait ce choix-là. Il faut juste être prêt à passer de la lumière à l’ombre.

Justement. Sportivement, vous avez complètement changé de monde.

Aller là-bas n’a pas été un choix sportif. Sur ce niveau-là, j’ai peut-être perdu une année. Maintenant, là-bas, je faisais quand même du foot, même si on le sait le niveau était différent. Ce qui me manque, c’est justement de retrouver toute l’intensité de la Ligue 1. Je ferai tout mon possible pour essayer de retrouver mon niveau, malgré le temps qui passe (29 ans). Mais j’ai confiance en moi. Si la tâche est trop compliquée, je saurai le réaliser. Mais je ne baisserai pas les bras comme ça. Je me suis fait taper dessus quand je suis parti, mais je suis revenu et j’ai encaissé. Aujourd’hui, je suis fier d’être ici à Bordeaux, de porter le maillot des Girondins et de rejouer au foot, tout simplement.

Vous avez quand même pu faire un peu de tourisme là-bas, non ? Vous n'avez pas non plus totalement perdu votre temps.

J’ai été à la Muraille de Chine, j’ai vu la Cité Interdite. J’ai aussi vu Shanghaï, qui franchement pour moi a été une révélation. Mis à part le taux de pollution, c’est une ville fantastique. On va me dire que je suis fou, mais il faut que j’y retourne (rires). J’ai rencontré des gens formidables parmi les deux millions d’expatriés en Chine. Personne ne te connaît, donc personne ne va venir par intérêt. Des amis en Chine, je peux dire aujourd’hui que j’en ai. Je regrette juste de ne pas être allé à Hong Kong. L’Asie est une partie du monde intéressante.

Que voulez-vous retenir de votre aventure chinoise ?

Cela m’a permis de faire le tri dans mon répertoire, dans mon entourage. De m’écarter de personnes un peu négatives, ce dont je ne me rendais pas compte sur le moment. Se mettre en danger, ça passe ou ça casse. Après, la facilité que j’ai dans mon métier, c’est que je suis bien payé. Donc rebondir, c’est facile. Mais pour une personne normale, je pense que cela peut être traumatisant professionnellement ce genre d’expérience. J’incite les gens à voyager parce qu’on s’enrichit. Même ces moments compliqués-là te rendent plus fort, et pour un être humain, c’est bien, c’est important.

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Propos recueillis par Olivier Schwarz et à Bordeaux