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Homophobie : les chiffres de l’intolérance footballistique

Une banderole contre l'homophobie

Une banderole contre l'homophobie - -

Dévoilés ce mardi, les résultats d’une enquête initiée par l’association Paris Foot Gay et l’institut Randstad sur l’homophobie dans le football professionnel montrent l’intolérance du ballon rond. Chez les grands et plus encore chez les jeunes en centre de formation.

Les conclusions ne surprendront pas. Mais elles ont le mérite, enfin, d’exister. A l’initiative de l’association Paris Foot Gay (PFG) – ce qui oblige à nuancer l’orientation dès le départ des réponses attendues – et de l’institut Randstad, le chercheur et psychologue du sport Anthony Mette, aidé par une équipe de l’Université Bordeaux Segalen, vient de réaliser la première enquête sur l’intolérance et l’homophobie dans le football professionnel français. Avec 13 clubs de L1, L2 et National ayant accepté de participer, le champ d’études comprend 363 hommes – la question est moins taboue dans le sport féminin, notamment dans le foot – répartis en 121 joueurs pros, 129 en centres de formation et 113 sportifs amateurs tout-venant, qui ont chacun rempli un questionnaire sur différentes discriminations (homophobie, économique, racisme, sexisme et âgisme).

Première conclusion : si les scores sont sensiblement les mêmes dans les autres catégories, les footballeurs pros déclarent des attitudes plus homophobes et sexistes que les sportifs amateurs. Et sont encore dépassés sur l’intolérance par les jeunes pousses des centres de formation, d’ailleurs en tête de toutes les catégories à part le racisme. Selon cette étude, dont les résultats ont été publiés ce mardi, une semaine après le vote définitif de la loi sur le mariage pour tous à l’Assemblée nationale, l’homophobie est donc bien la première et principale discrimination dans le milieu du ballon rond. Rentrer dans le détail permet de mieux analyser la situation.

Pour les joueurs pros comme pour les jeunes en formation, l’enquête évoque une homophobie qui « est la norme ». 41% des premiers et 50% des seconds ont ainsi exprimé des opinions hostiles à l’homosexualité. La partie la plus instructive évoque les réactions si un joueur de l’équipe venait à déclarer son homosexualité. 63% des pros et 74% des jeunes se diraient « surpris » car la chose est un « sujet tabou dans le foot ». Mais les déclarations comportementales avancent l’idée d’un coming out tout à fait possible dans le milieu. Ainsi, « cela ne changerait rien » pour 67% des pros (contre 43% chez les jeunes, dont les réponses montrent la difficulté pour un homosexuel de s’épanouir dans un centre de formation).

25% des pros auraient « peur de (se) doucher » avec un homosexuel

Dans les clubs professionnels, seuls 25% auraient « peur de (se) doucher avec lui », 9% ne lui parleraient « plus », 3% demanderaient à « changer d’équipe », 15% préféreraient « qu’il change d’équipe » et 7% auraient « peur que l’équipe soit moins performante ». Et 32% pensent que cela ne les « dérangerait pas » mais « qu’il sera difficile pour lui de poursuivre sa carrière ». Des chiffres qui grimpent en centre de formation : respectivement 55%, 19%, 8%, 22%, 23% et 47%. L’étude livre ensuite une série de préconisations pour promouvoir la diversité sexuelle dans le foot.

Si une « star » de la L1 a évoqué son homosexualité sous couvert d’anonymat (lire l’ouvrage Sex Football Club), « ne rien faire » reviendrait à « implicitement imposer à ces joueurs de rester au ‘‘placard’’ ». A l’image de plusieurs pays européens, tels les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, le PFG demande une aide accrue des instances et institutions du foot français pour insuffler « l’action positive ». Avec comme exemple leur Charte contre l’homophobie dans le football, signée par la LFP et 8 clubs de L1-L2, qu’ils aimeraient voir « obligatoire » et enfin paraphée par « la FFF ».

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A. H.