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La dette de l’OM, fantasme ou réalité?

Lors d’une discussion avec les supporters, le président de l’Olympique de Marseille, Jacques-Henri Eyraud, a affirmé que le club n’avait pas de dette. Comment cela est-ce possible alors que la DNCG n’a cessé, depuis 3 ans, d’afficher des comptes déficitaires?

"Notre club a enregistré depuis trois saisons des pertes importantes, mais ce ne sont pas des dettes, car elles ont été compensées. Tout cet argent a été investi par un Monsieur qui s’appelle Frank McCourt. Il mérite beaucoup de respect et de reconnaissance de la part des supporters."

Voilà comment Jacques-Henri Eyraud a rassuré la cinquantaine de fans présents lors d’une discussion organisée autour du président de l’OM et dont les propos ont été retranscris par RMC Sport. Certains s’inquiétaient déjà d’une probable faillite du club, après une accumulation inquiétante de déficits depuis 2017.

Vers la faillite? Pas vraiment

En effet, comme s’amuse à le rappeler très régulièrement Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais et rival de l’OM, les comptes du club du sud de la France sont dans le rouge, avec -42 millions d’euros sur la saison 2016-2017, -73 millions d’euros en 2017-2018 et -91 millions d’euros en 2018-2019.

Pourtant, aucune sanction de la part de la DNCG, qui, comme n’importe quelle instance d’autorité comptable, pourrait imposer des amendes, des interdictions voire une relégation administrative. Rien depuis 3 ans alors que l’OM est incapable de générer des ressources d’exploitation. Comment est-ce possible?

Tout simplement parce que les soldes nets présentés à la Direction Nationale de Contrôle de Gestion ne sont que des déficits compensés par l’apport de l’actionnaire. Il ne s’agit pas de dettes cumulées capables de remettre en cause les finances de l’OM. L’idée c’est que chaque saison, l’actionnaire du club, en l’occurrence Franck McCourt, renfloue les comptes et assure le déficit. Il ne se cumule pas dans le temps.

Conséquence, pour Jacques-Henri Eyraud, "l’OM n’a pas un euro de dette". C’est comme si une entreprise, chaque année, était incapable d’assurer un solde net positif, de garantir des revenus d’exploitation, mais qu’à chaque fois, sa maison-mère compensait les pertes. C’est précisément ce qu’il se passe avec l’OM, et dans l’ensemble, c’est ce qui est arrivé de nombreuses fois parmi les clubs français.

Un club solvable, pas rentable

Dans un article universitaire, "Gouvernance des clubs de football professionnels. Entre régulation et contrainte budgétaire", les économistes Nadine Dermit-Richard, Nicolas Scelles et Barbara Evrard ont mis en évidence "la contrainte budgétaire lâche" de la Ligue 1. Ils ont analysé 24 clubs professionnels entre la saison 2006-2007 et la saison 2014-2015, soit 9 saisons.

Dans l’ensemble, sur toute cette période, ils ont constaté que 19 clubs sur 24 étaient déficitaires, 64,56 % des apports des actionnaires étaient utilisés pour couvrir les pertes réalisées et 95 % de ces pertes étaient couvertes par les apports des actionnaires.

Autrement dit, l’OM n’est pas un cas unique: beaucoup d’équipe restent "subventionnées" par leurs actionnaires. Et la DNCG ne s’en préoccupe pas, ce qui compte c’est surtout et avant tout la solvabilité de leurs comptes. Si le déficit est compensé par l’apport de l’actionnaire, aucune sanction, aucune dette et aucune inquiétude.

C’est d’ailleurs toute la différence avec le fair-play financier. La règle comptable européenne veille à la rentabilité directe des clubs, qu’ils soient capables, de façon autonome, d’assurer des revenus d’exploitation positifs. Alors que la DNCG c’est une logique de solvabilité.

Et c’est pour cela que l’OM n’est pas sanctionné par la DNCG mais est surveillé par le fair-play financier. Deux règlements opposés, deux conclusions distinctes, deux états d’esprit différents.

Pierre Rondeau