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La Ligue et Thiriez dans le viseur

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Supporters, dirigeants et politiques pointent du doigt la légèreté avec laquelle la LFP a annulé un OM-PSG à hauts risques. Pouvait-elle agir autrement ?

Peut-on prendre le risque de reporter un OM-PSG le jour même ? Les échauffourées qui ont agité Marseille une bonne partie de l’après-midi tendent à prouver le contraire. « On n’annule pas un match contre le PSG avec 2000 supporters parisiens dont 10% sont ultra-violents et nombre d’entre eux imbibés de bière, ne pensant qu'à en découdre », s’insurge Patrick Menucci, maire du premier secteur de Marseille. Se pose en effet la question de la responsabilité de Ligue professionnelle de football (LFP), qui a annoncé l’annulation du clasico sept heures avant son coup d’envoi. A un moment où la grande majorité des supporters parisiens avait déjà pris la route en direction de Marseille. Une décision qualifiée par Jean-Claude Dassier de « légère, tardive et peut-être dangereuse. »

Sur ce point, le président marseillais s’accorde avec son homologue parisien. « Quand on a eu deux cas confirmés de H1/N1, la Ligue a envoyé un communiqué en disant que le match était confirmé. J’ai immédiatement téléphoné au président Thiriez en lui disant que je trouvais que c’était allé très vite en besogne, a confié Robin Leproux sur RMC. Je suis très surpris qu’on ait confirmé le match de manière si catégorique hier et qu’on ait envoyé tous les Parisiens à Marseille. » Le communiqué de la LFP daté de samedi annonçait en effet le maintien de la rencontre, sans évoquer un possible changement de situation. Ce que son président Frédéric Thiriez avait pourtant fait sur notre antenne en nuançant : « Une autre décision pourra éventuellement être prise demain (dimanche) si la situation évolue. Si d’autres cas se déclarent, il y aura immédiatement réunion de la commission d’experts. Elle fera une recommandation à la commission de la Ligue, qui décidera. »

La confirmation dans la matinée que Jérémy Clément était bien porteur du virus H1N1 – le troisième joueur touché après Giuly et Sakho -, auxquels se sont ajoutés deux cas suspects, a précipité les événements. « Hier, nous avions bien dit que nous restions en veille et que les choses pouvaient évoluer à tout moment. Ce matin, un médecin indépendant est allé constater qu’il y avait une aggravation de la situation », assure le Pr Pierre Rochcongar, qui préside la commission d'experts médicaux. « J’estimais de mon devoir de suivre cette recommandation du groupe d’experts en reportant le match à une date ultérieure. Je sais que c’est extrêmement frustrant et que cela cause beaucoup de difficultés, se justifiait Thiriez alors que les premiers heurts éclataient dans la cité phocéenne. Je tiens d’ailleurs à présenter mes excuses et celles de la Ligue professionnelle au public, aux joueurs et aux supporters. »

Pas sûr que cela suffise à calmer leur colère. « Il y a un incompétent qui s’appelle Frédéric Thiriez, assène Philippe Pereira, porte-parole de la tribune Boulogne. Quand tu sais que des joueurs ont la grippe A et qu’il y a une forte possibilité de contagion, tu annules le déplacement. Il faut prendre ses responsabilités. On a payé 200 euros, on a tous pris trois jours. Thiriez n’a plus rien à faire à la LFP. » Le président des Yankees Marseille, Michel Tonini, partage ce sentiment mais estime que les affrontements « sont déconnectés de la décision meurtrière de la LFP. Les vrais responsables sont ceux qui sont venus dans le centre-ville pour se battre. Des gens qui n’ont rien à voir avec le football sont descendus uniquement pour faire de la casse à Marseille. Ça se serait passé, même sans report. Et ça se passera encore quand on rejouera le match. »

Des propos qui ne doivent pas rassurer le préfet de police, Philippe Klayman, également très remonté contre la LFP : « La décision de remettre le match sine die a évidemment perturbé les uns et les autres et nous a obligé à revoir notre dispositif. Le dialogue que nous aurons avec la Ligue permettra de prendre en charge, je l’espère, les conséquences financières de la mise en œuvre de nos moyens. Je ne doute pas qu’il y ait une oreille très attentive de la part de nos amis des instances du football pour tirer ensemble les conséquences de ce qui s’est passé aujourd’hui. » Et ne pas renouveler les mêmes erreurs.

S.C. avec C.Z. (RMC Sport)