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Laurent Nicollin, président de Montpellier: "On ne reprendra pas pour reprendre"

Laurent Nicollin, président de Montpellier, siège au groupe des scénarios à la LFP. Une réunion est prévue ce mardi après-midi pour évoquer les différentes possibilités en vue d’une reprise de la Ligue 1. Le président de la Paillade ne reprendra que si les conditions sanitaires sont réunies. Il est même prêt à sacrifier cette saison pour ne pas saborder la suivante, qui voit l’arrivée de Mediapro.

Laurent Nicollin, que pensez-vous de la consultation de l’UNFP sur la crainte des joueurs avant une éventuelle reprise de la Ligue 1?

Ils veulent reprendre comme nous on veut reprendre. Le point important, ce n’est pas de savoir qui veut reprendre, qui ne veut pas reprendre. L’important, c’est le virus. Il faut se rendre compte qu’il y a un virus, une maladie, et que l’on n’a pas encore trouvé le vaccin adéquat. On a toujours communiqué avec la Ligue sur le scénario où il y aurait une reprise, dans la mesure où il y aurait un protocole posé par le ministère des Sports. Mais aussi par les docteurs de la fédération et divers docteurs des clubs de première et deuxième division. Tout simplement. Quand il y aura un protocole d’établi et qui dit que l’on peut reprendre à certaines conditions, on reprendra. Mais on ne va pas reprendre pour reprendre. On reprendra si on met toutes les conditions pour éviter qu’il y ait des gens contaminés. Après, il y a un virus qui est là, qui tue des gens. Donc on écoute l’UNFP, l’UNECATEF, on échange. On fait aussi des réunions entre nous. On rependra si le ministère et les docteurs pensent que l’on peut reprendre. S’ils estiment l’inverse, on restera à la maison. On n’est pas plus bête que d’autres. On ne sait pas encore comment sera organisé le déconfinement. Donc on va déjà attendre pour voir si c’est par région, par zone. On essaye d’avoir tous les éléments pour ne mettre personne en danger. On n’est pas là pour se dire, on reprend le football pour reprendre le football.

La possibilité de ne pas finir cette saison est envisagée par vous les présidents? Vous envisagez aussi que cette saison-là soit terminée?

Il y a plusieurs options. On souhaite et on espère pouvoir reprendre et terminer cette saison. On a attaqué une compétition et on veut la terminer. Malheureusement, il y a le coronavirus qui est là et qui nous empêche de faire beaucoup de choses. On ne reprendra pas pour reprendre. Il y a des scénarios qui sont mis en place. On a une réunion mardi après-midi pour tout mettre en place, où on proposera un scénario à la Ligue. Après, il y aura un vote et on suivra la majorité. Il y aura peut-être des gens floués mais le but, c’est que l’on échange, que l’on discute.

Vous imaginez quoi comme différents scénarios?

Il y aura plusieurs scénarios proposés: scénario 1 si le championnat reprend, scénario 2 si le championnat ne reprend pas ou scénario 3 si le championnat reprend mais ne va pas au bout. On essaye de trouver la moins mauvaise solution. Quoi qu’il arrive, si par malheur le championnat ne reprend, il n’y aura que des mauvaises solutions: est-ce qu’il y a des montées, des descentes, qui sera européen, à quelle journée on arrête le championnat… Mais on a réfléchi surtout à ne pas se pénaliser pour la saison prochaine. La saison 2019-2020, elle est morte. Et la saison 2020-2021 va attaquer avec beaucoup de difficultés financières. Mais le but, c’est d’essayer de l’aborder sereinement fin août ou début septembre. On veut absolument reprendre cette saison-là, mais si on doit faire un sacrifice, il vaut mieux saborder cette saison-là plutôt que la prochaine. J’essaye d’être consensuel, que tout le monde s’en sorte par le haut.

La LFP vient de confirmer sa volonté de reprendre le 17 juin, ça laisse le temps de mettre les choses en place?

Je ne sais pas si cela laisse suffisamment de temps mais au moins, on peut mettre des protocoles en place et voir la viabilité pour nos joueurs de reprendre l’entraînement. Après, j’ose penser que si des magasins ouvrent, des écoles accueillent de nouveaux des élèves, des joueurs doivent donc pouvoir de nouveau s’entraîner. Mais ce qui est sûr, c’est que la priorité sera la santé des joueurs et des salariés du club.

En parlant de santé, comment se porte le club dans cette période difficile?

Là, on sait que ça va être compliqué pendant deux, trois mois. La saison prochaine sera aussi très compliquée financièrement. Mais après, je pense qu’il y a des gens qui souffrent plus avec la mort de proches à cause du virus. Après, si on peut apporter un peu de joie, un peu de bonheur même si c’est à huis clos, ça sera bien. On a des fonds propres qui vont nous permettre de passer avril et mai. On va avoir l’accord de la BPI pour un prêt qui nous permettra de passer juin et juillet. Et après, il y aura les nouveaux droits télés qui doivent nous aider. Car si on reprend sans public, on va perdre les abonnements. On vient de calculer une perte de 30 ou 40% des sponsors. On sait que l’on va souffrir pendant six mois ou un an. Il faut se serrer les coudes et serrer les dents. On est un club bien géré. On devait gagner de l’argent cette année, on va en perdre. Et on aura les fonds propres qui vont colmater les brèches.

Vous avez déjà avancé sur la prochaine saison du coup, sans mercato?

C’est un peu compliqué car on est encore au jour le jour en ce moment. Et même si on se projette au 23 août, je ne sais pas encore si on pourra reprendre à cette date. Aujourd’hui, c’est compliqué d’imaginer mettre 4, 5 ou 6 millions d’euros sur un transfert. Ça me parait irréalisable tant que l’on n’a pas de visu sur la fin de saison et le paiement ou non des droits télés. Mais bon, ce qui est sûr, c’est que à un ou deux joueurs près, j’ai mon effectif de la saison prochaine. Si je n’ai pas de départ, tant mieux, j’aurai une équipe compétitive pour attaquer la saison prochaine. Le seul cas à régler, c’est le gardien de but aujourd’hui. Mais c’est compliqué de se projeter sur quelque chose. Mais l’important, c’est la santé des gens et d’éradiquer ce virus. Il ne faut pas s’apitoyer sur notre sort, tout relativiser et avoir un peu d’humilité. Ça ne fait pas de mal dans ce monde.

Julien Landry