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Les footeux sont-ils des artistes ?

Frédéric Thiriez, président de la LFP

Frédéric Thiriez, président de la LFP - -

Le rapport pour un modèle durable du football professionnel français, fruit du travail du député PS Jean Glavany et de représentants du monde sportif, ouvre la porte à un statut fiscal proche de celui des artistes.

Yohan Cabaye comme Dany Boon ? Un jour, peut-être… Le rapport pour un modèle durable du football professionnel français, présenté ce jeudi par son maître d’œuvre, le député PS Jean Glavany, préconise notamment de rapprocher le système fiscal des footballeurs à celui des artistes de spectacle et des mannequins. Rien n’est encore fait, mais les différents acteurs du foot pro se rejoignent pour en faire une évolution précieuse pour la compétitivité des clubs tricolores sur la scène européenne. Avec en idée directrice, que le sport est un art comme les autres.

« Il n’y a qu’un mouvement culturel dans un pays, explique ainsi Jean Glavany. Il n’y a pas une culture de l’esprit respectable, honorable, représentée par la littérature, les arts plastiques, le théâtre, la musique… Et une culture du sport qui serait moins respectée. Il n’y a qu’une démarche culturelle. Il n’y a aucune raison, dans un pays développé comme le nôtre, qu’un gosse qui est doué pour l’athlétisme, le football, le rugby ou le handball, ne soit pas autant accompagné, encouragé, respecté, estimé par la société que celui qui est doué pour la musique, le théâtre ou la littérature. »

Président de l’Union des clubs professionnels de football (UCPF), le syndicat patronal, Jean-Pierre Louvel voit dans cette volonté d’alignement fiscal sur les artistes « une avancée très importante ». « Ça ouvre des pistes sur le droit à l’image et sur la taxe sur les spectacles (qui bénéficie d’une TVA à taux réduit), poursuit le président du Havre. L’esprit est bon. Maintenant, il faut se mettre très rapidement au travail pour concrètement préciser les choses et se mettre d’accord tous ensemble. » Des mots, seulement des mots. A quand les actes ? C’est la crainte qu’ont voulu transmettre ce mercredi la FFF, la LFP, l’UCPF, l’UNFP (syndicat des joueurs) et l’UNECATEF (syndicat des entraîneurs).

Fourneyron : « Tout le sport professionnel, pas uniquement le football »

Si ces instances « partagent la vision proposée, elles restent réservées sur sa mise en œuvre et son impact et désireuses de prolonger le travail avec les ministères concernés ». Surtout parce que « le très court temps imparti au groupe de travail n’a pas permis d’atteindre les objectifs fixés et que plusieurs propositions auraient bénéficié d’être examinées plus avant ». Cet avantage fiscal, sorte de retour du fameux droit à l’image collectif (DIC) supprimé en 2009, ne saurait en tout cas concerner uniquement les footballeurs.

« C’est tout le sport professionnel, pas uniquement le football » prévient Valérie Fourneyron. Et la ministre des Sports d’insister sur le plafond qui devra être trouvé pour limiter l’impact sur les caisses de l’Etat, parce que « toutes ses mesures doivent s’inscrire impérativement dans le redressement des comptes publics de la France » et que « nous sommes tous responsables de l’endettement de notre pays, donc soyons attentifs ». Cette prudence s’accordera-t-elle à la vitesse de mise en application recherchée par le foot français ?

Car les clubs sont dans le rouge, avec le coût de la taxe à 75% estimée à 44 millions d’euros et les 40 M€ de déficit cumulé à la fin de la saison dernière. L’objectif est donc d’intégrer cette disposition fiscale à la loi de modernisation du sport qui sera étudiée par l’Assemblée Nationale avant l’été. Quitte à ce qu’elle soit interprétée comme un cadeau fait aux footeux… « Est-ce que c’est ressenti comme un cadeau pour tous les artistes et les mannequins qui bénéficient de ce système ? Non, peste Frédéric Thiriez. Alors pourquoi ce serait un cadeau pour les sportifs professionnels. C’est sans doute difficile à faire, mais cela devient urgent. »

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Le titre de l'encadré ici

|||Fortin recadré par Thiriez et compris par Louvel

En clamant dans Le Parisien ce mercredi son opposition à l’accord trouvé entre la LFP et le club de la Principauté au sujet de la domiciliation fiscale de l’ASM (« L’argent de Monaco, je n’en veux pas »), Jean-René Fortin s’est exposé à une réponse plutôt ferme de la part de Frédéric Thiriez. « La Ligue, c’est une démocratie, a rappelé le président de la LFP. Jean-François Fortin a été contre la délibération du conseil d’administration, qui a été votée par 16 voix contre 5. Il a parfaitement le droit d’être contre et de le dire. Nous ne sommes pas en Corée du Nord. Mais la décision a été prise et on ne reviendra pas dessus. »

Une position inflexible que ne partage visiblement pas totalement Jean-Pierre Louvel, le président de l’UCPF. « Cette décision divise les clubs, reconnaît. Il ne faut pas se leurrer. En tant que président, je suis là pour fédérer les clubs donc je ne la commenterai pas. Il y a des arguments valables de part et d’autre. » Le chèque de 50 millions d’euros sur deux ans de l’AS Monaco pourrait-il dès lors être rejeté ? « La remise en cause ne pourra se faire que par des clubs qui attaqueraient la Ligue sur la présence de Monaco au sein du championnat, explique Louvel. En dehors de ça, il ne peut pas y avoir une remise en cause de la décision du conseil d’administration. » L’UCPF doit se réunir ce jeudi à ce sujet.

La rédaction