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LOSC: pourquoi le choix de Gourvennec est très surprenant

Sorti du chapeau un peu à la surprise générale, Jocelyn Gourvennec a été confirmé comme entraîneur principal du LOSC pour la saison prochaine. Un choix qui questionne au vu des ambitions lilloises, alors que la succession de Christophe Galtier ne sera pas chose aisée dans le Nord.

"Très heureux." En moins de deux minutes d'une vidéo publiée lundi sur le site du club, l’élément de langage a été lâché pas moins de cinq fois par le nouveau coach du LOSC. Normal, direz-vous. Car en signant en faveur du champion de France en titre, Jocelyn Gourvennec a fait un pas de géant dans sa carrière d’entraîneur. Mais l’inverse est-il vrai? Alors que des noms bien plus ronflants comme Claudio Ranieri, Lucien Favre, Patrick Vieira, voire Thiago Motta ou Laurent Blanc, avaient été avancés dans les médias pour prendre la succession de Christophe Galtier, c’est finalement le Breton de 49 ans qui a été choisi. Un choix qui surprend.

Difficile de marcher dans les pas de Galtier

Il y a quelques années en arrière, ou même au terme de la saison 2017-2018 quand les Lillois ont dangereusement flirté avec la relégation, ce recrutement n’aurait rien eu de malsonnant. Mais là, on parle bien du club champion de France en titre. Gourvennec aura la tâche immense de prendre la suite de Galtier, celui qui restera peut-être l’entraîneur le plus vénéré du LOSC au XXIe siècle, devant même Rudi Garcia et son titre de 2010-2011. Tous les supporters des Dogues ont dû se poser la même question une fois l’officialisation tombée: en est-il capable?

Ecarté des terrains depuis plus de deux ans, le technicien s’était mué depuis en observateur régulier de la Ligue 1 au sein de l’équipe de consultants du "Canal Football Club" sur Canal +. Une maigre consolation pour celui qui n’a pas su retrouver de banc depuis son départ de l’En Avant Guingamp en mai 2019, laissant alors le club relégué en Ligue 2, incapable de se sortir d’une spirale négative qui l’a happé par le fond – aucun succès lors des neuf dernières journées (4 défaites, 4 nuls). Du chômage technique à l’un des clubs les plus ambitieux de France, il n’y a qu’un pas.

Un jeune entraîneur parmi les meilleurs de France

Toujours est-il qu’Olivier Létang n’a pas recruté Jocelyn Gourvennec par hasard, lui qui jouissait d’une cote certaine avant la fin de son parcours à Bordeaux et son dernier passage compliqué à Guingamp. Le jeune coach était celui qui, lors de sa première aventure à l’En Avant, était désigné meilleur entraîneur de Ligue 2 en 2013, pour l’avoir fait grimper dans l’élite.

Celui qui, à la surprise générale, guidait dès l’année suivante le club breton jusqu’à la deuxième Coupe de France de son histoire, et celle d’après jusqu’en seizièmes de finale de la Ligue Europa. Celui, aussi, qui était nommé parmi les meilleurs coachs du championnat de France pour sa saison 2016-2017 admirable avec les Girondins de Bordeaux, terminée de manière inattendue à une sixième place finalement qualificative pour l’Europe. "C'est un entraîneur en pleine ascension dans sa première époque à Guingamp, qui va ensuite à Bordeaux où il est attendu, s'est souvenu Stéphane Guy dans l'After, ce lundi sur RMC. On imaginait que ça se passerait bien (à Bordeaux), ça n'avait pas été le cas. Mais il était encore en finale pour être l'entraîneur de Lyon, il n'y a pas si longtemps que ça."

Le manque de culture européenne

Jocelyn Gourvennec ne sort pas de nulle part, bien que ce choix interroge quant à sa comptabilité avec un projet de club qui se veut ambitieux. Le Breton arrive avec l’image d’un entraîneur capable de construire sur du long terme, avec les moyens que l’on veut bien lui donner. Cela tombe bien, Lille devrait perdre quelques plumes à l’intersaison (Mike Maignan est déjà parti, Boubakary Soumaré aussi, alors que Renato Sanches, Sven Botman ou encore Jonathan Ikoné sont surveillés par des clubs huppés).

Les Dogues retrouvent également la Ligue des champions après une saison dernière limitée à la Ligue Europa, et le président lillois comptera forcément sur son nouvel homme fort pour tenter de faire mieux que de la figuration en C1. S’il n’était pas alors à la tête du club, Létang a forcément en tête la dernière place de groupes des Lillois sans la moindre victoire, en 2019-2020. S’il sera probablement très difficile de réitérer l’exploit sur la scène hexagonale face à un Paris Saint-Germain piqué au vif et au recrutement clinquant, l’opportunité européenne ne devra pas être galvaudée.

Là est peut-être, pourtant, la plus grosse limite de Jocelyn Gourvennec, assis sur une bien maigre expérience sur la scène continentale. Preuve des doutes nées de sa nomination, une pétition lancée sur la toile par des supporters lillois contre sa venue, finalement supprimée dans la soirée. Elle avait récolté 1.062 signatures en quelques heures.

Romain Daveau Journaliste RMC Sport