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Louvel : « Continuer le dialogue »

Jean-Pierre Louvel

Jean-Pierre Louvel - -

Invité de l’Intégrale Foot sur RMC, le président du syndicat des clubs professionnels (UCPF)n’a pas caché son mécontentement devant le refus de François Hollande de négocier la taxe à 75%. Mais il espère toujours trouver une solution.

Jean-Pierre Louvel, êtes-vous surpris par l'inflexibilité du gouvernement au sujet de la taxe à 75% ?

Le contexte se prêtait à ce genre de position du président de la République. Cela ne nous était pas favorable, donc on s’attendait un peu à ça. Pour autant, nous avions pris un certain temps pour expliquer et continuer à dialoguer. On a encore un mois pour trouver les aménagements car, encore une fois, le football français n’a pas dit non à la taxe, même si on n’est jamais très heureux d’en payer une supplémentaire. Mais dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas la payer telle qu’elle est formulée et vu les spécificités du foot, avec des contrats en CDD. Nous avons tenté d’expliquer au président ce qu’il était possible de faire comme aménagements pour que la taxe devienne acceptable.

Etes-vous pessimiste ?

Ce soir (jeudi), je suis pessimiste pour le football d’une façon générale. Le foot français est construit sur une forte solidarité entre les clubs amateurs, ceux de Ligue 2 et de Ligue 1, qui doivent être compétitifs sur le plan européen. J’ai connu l’équipe de France, dans les années 1965 ou 1970, qui n’était pas capable de rivaliser avec le Luxembourg. C’est ce foot que l’on veut retrouver dans les années qui viennent ? C’est ça la vraie question ! Je crains beaucoup pour la solidarité et la compétitivité du football au plus haut niveau. C’est ça qui me préoccupe.

La « journée blanche » (29 novembre-2 décembre) est-elle maintenue ?

Bien évidemment, tout comme la suspension des « travaux Glavany », parce qu’on cherche à nous entraîner en disant que cette commission est en place pour construire un football durable. Mais je vous rappelle qu’elle avait été mise en place avant, parce qu’il y avait un constat que le football avait besoin d’une construction plus globale. Aujourd’hui, on nous met une taxe supplémentaire et on cherche, à travers cette commission, à trouver des compensations. Mais ce n’est pas ça le sujet. Le sujet c’est : comment on peut absorber cette taxe dans cette économie difficile et comment ensuite on peut construire un football durable ? Avant que cette commission ne rende ses recommandations, on est dans l’incertitude la plus totale alors qu’en février 2014, on devra payer cette taxe. Et les clubs ne sont pas en mesure de payer cette taxe.

« On ne veut pas arriver à des situations extrêmes »

Ne vous tirez-vous pas une balle dans le pied avec cette journée blanche ?

Il faut sensibiliser l’opinion publique et donc avoir la possibilité de s’exprimer. Cette journée blanche aura déjà eu le mérite de nous donner une grande place dans les médias car, au début, cette taxe paraissait normale pour tout le monde. Aujourd’hui, à force d’explications, cette taxe montre ses côtés pervers. Cette « journée blanche » sera aussi faite de rencontres avec nos supporters, avec les gens. Les joueurs seront présents. Il y aura un vrai lien qui va se créer. Et malheureusement, il va falloir réfléchir à d’autres mesures si nous ne trouvons pas de solutions d’ici-là.

Avez-vous d'autres moyens de pression ?

Aujourd’hui, on veut continuer le dialogue et trouver des solutions pour ne pas arriver à des situations extrêmes qui toucheront soit la compétitivité, soit la solidarité du football.

François Hollande a-t-il refusé certaines de vos propositions ?

Oui, on lui avait demandé de descendre le plafond (à 1% du chiffre d’affaires au lieu de 5, ndlr), il ne l’a pas souhaité. Nous avons ensuite fait une autre proposition qui nous paraissait tout à fait acceptable. C’était de dire que cette taxe était applicable tout de suite pour toutes les entreprises, tous les CDI, et qu’à partir du 1er janvier 2014, on la ferait porter sur tous les CDD. Et que cette taxe ne soit pas payable sur les deux prochaines années mais sur la durée du CDD. La recette pouvait être plus importante pour l’Etat. Et le patron qui prenait un salarié à plus d’un million d’euros savait qu’il paierait cette taxe.

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