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Nantes: calendrier, économie, mercato... la vision de Christian Gourcuff

EXCLU RMC SPORT. Christian Gourcuff, l’entraîneur de Nantes, préférerait que le calendrier de Ligue 1 bascule sur l'année civile. Il souhaite aussi que la crise actuelle ramène l'économie du foot à la raison. Et se projette sur la prochaine saison.

Christian Gourcuff, quel est désormais le programme pour le FC Nantes ?

On s'est fixé le 15 juin comme date de reprise, avec des tests médicaux au moins la première semaine et une réadaptation individuelle. Tout ceci sera précédé par un programme individuel que recevront les joueurs à partir de début juin. On voudrait débuter la véritable préparation le 29 juin, ce qui fera huit semaines de préparation. On se base sur le 22 août comme reprise du championnat. On se fixe ça et on verra bien ensuite l'évolution de la crise sanitaire. On ne partira pas de zéro car on a un groupe qui connaît déjà notre façon de travailler. On va donc gagner du temps. L'interrogation, c'est sur le plan physique : comment les joueurs auront supporté cette période. Même si on est content de l'investissement des joueurs pour le mois et demi de confinement, mentalement, ça laisse des traces. On devrait pouvoir bénéficier d’un effectif conséquent à la reprise, ce qui n'arrivait plus jamais avec les matchs internationaux depuis quelques années.

Certains pays semblent vouloir reprendre plus tôt, c’est une surprise ?

Là où on voit que l'Europe ne fonctionne pas c'est qu'il aurait fallu prendre une décision commune à tous les pays. Ne serait-ce que pour le mercato, ça va poser problème. Je pense que l’UEFA n’a pas joué son rôle car la situation sanitaire est à peu près la même dans tous les pays. Même si l'Allemagne, en terme d'organisation, est un cran au-dessus. Indépendamment des aspects économiques, on devait prendre le temps. On devait finir la saison, même si ça remettait en cause beaucoup de choses. Se calquer sur l’année civile, c'était la solution qui me semblait la plus intéressante sur le plan de l'éthique sportive et sur le plan de l'avenir, même s'il fallait trouver des solutions. Ça ne pouvait venir que des instances fédérales et européennes. Organiser un championnat sur l’année civile, c'était une révolution, ça demandait une réflexion, ce n'était pas simple. Ça ne pouvait pas se faire en quelques jours, mais c'est ce qui me semblait le plus adapté à la situation et à l'éthique sportive. Là, ça finit en queue de poisson et ce n'est pas satisfaisant d'un point de vue sportif.

La ligue vient d’emprunter pour renflouer les clubs, le système que vous dénoncez souvent est donc toujours en marche…

Cet emprunt, c'est une bonne chose car il est collectif. C'est très ponctuel, ça correspond à une situation à l'instant T. Après, on est dans un système de spéculation contraire à l'éthique sportive qui amène des crises. On spécule sur les transferts, sur les droits TV à venir… Résultat, des clubs s’endettent et ça entraîne une dérive. Un club, ça ne doit pas être des objectifs financiers. Ça doit être créer une identité, gagner des titres et développer tout ce qui tourne autour du football. On voit bien que les gens qui investissent dans le foot ont des objectifs qui ne sont pas simplement d’ordre sportif. Il faut retrouver une économie plus réaliste, qui me semble être une garantie pour éviter des crises de ce type. Ça va au-delà du cadre du foot. Le foot ne fait que suivre les dérives d'une économie mondiale qui marche sur la tête avec la recherche du profit. Cet emprunt permet de gérer la crise à court terme mais après, il faudra en tirer les conséquences pour envisager ensuite une nouvelle forme d'économie. Mais j’ai beaucoup de doutes là-dessus. Les décisions ne peuvent venir que des instances. Je pense que la DNCG, par exemple, ne joue pas son rôle comme elle pouvait le faire il y a 20 ans. Il y a une tolérance qui favorise toutes ces dérives. Pour la saison prochaine, il y a beaucoup d'interrogations. Tous les clubs seront impactés mais de façons différentes. Et il y aura un impact sur les effectifs. On ne peut pas dissocier l'aspect sportif de l'économie. Quand des clubs trichent avec les règles, il y a des répercussions sur l'aspect sportif. Il faut changer les mentalités et les règles du jeu. Ça demande un investissement dans le temps… qui n'est peut-être plus possible.

Quel sera le visage du FC Nantes la saison prochaine ?

La clé, c'est la stabilité sur le plan technique. On va poursuivre une deuxième saison avec le même staff. L'idée, c'est de conserver cet effectif dans la grande majorité, en l’enrichissant de quelques joueurs qui correspondent plus à nos choix de jeu. Ce n'est pas une révolution mais l'idée, c'est de renouveler et d'amener de l'enthousiasme en gardant une stabilité qui est la meilleure garantie pour travailler. Maintenant, il y a encore plus d'inconnues que lors d'une saison habituelle car il est difficile de savoir ce qui va se passer pendant le mercato. On est prudent mais on a des plans. L'idée n'est pas de prendre un grand nombre de joueurs, mais surtout dans certains registres. Il ne faut pas oublier qu'on a été vite privé de Fabio et Marcus Coco, qui seront des joueurs neufs. L’objectif, c’est d'avoir un effectif complet le plus vite possible. Il y a aussi l’apport des jeunes du centre de formation. L'an passé, on a Imran Louza qui s'est révélé. Kader Bamba également, même si c'est de la post-formation. On avait également commencé à intégrer Batista Mendy, donc on va poursuivre de façon intelligente. Après, il faut qu'ils s'imposent. Promouvoir des jeunes de la formation, c’est un choix éthique et un impératif économique.

La priorité, c’était de lever l’option d’achat de Moses Simon (5 millions d’euros à Levante), meilleur buteur et passeur du club ?

Moses Simon, on s'est rapidement aperçu que c'était une bonne pioche. C’est un très, très bon recrutement. Je ne le connaissais pas. Son parcours est étonnant quand on voit les qualités qu'il a démontrées. A partir du moment où il y avait une option, la question ne s'est pas posée, d'autant plus qu’il a manifesté l'envie de rester à Nantes. Ça fait très longtemps que c'est dans l'air du temps. Après, je ne suis pas dans les détails pour savoir si l'option est levée, mais je n'en n'ai jamais douté. Pour la reprise, on va continuer ce qu'on fait de façon sereine. Et on va essayer d'être plus performant que l'année dernière avec plus de solidité. En espérant avoir moins de blessures sur des joueurs majeurs et avec toujours à l'esprit de vouloir progresser dans le jeu.

Pierre-Yves Leroux