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Nice: "Concurrencer le Paris-Saint-Germain n'est pas réaliste", estime Julien Fournier

La belle saison niçoise, le PSG, le mercato, Christophe Galtier... A deux jours du choc Nice-Paris Saint-Germain, samedi soir lors de la 27eme journée de Ligue 1, Julien Fournier, directeur du football du club azuréen, s'est longuement confié au micro de RMC Sport.

Julien, la Coupe de France pourrait être le premier titre de l'OGC Nice depuis 1997 mais aussi le premier de l'ère INEOS, c'est primordial pour enfin lancer ce projet ?

Le projet est lancé, de notre point de vue en tout cas, mais pour le concrétiser, le matérialiser, c'est toujours mieux d'avoir un titre oui. On fait tous ce métier pour gagner et Nantes sera dans la même disposition. L'expérience de gagner est capitale. Par rapport à d'autres clubs (Paris, Lille, Marseille, Lyon, Strasbourg, Rennes...), sur ces dernières années, on est à la traîne. On va jouer une finale, on a le temps de la préparer, c'est dans deux mois. Quand on joue une finale c'est pour la gagner.

S'il fallait choisir entre une qualification en Ligue des Champions et une victoire en Coupe de France...

On est dans la compétition jusqu'au bout en Coupe de France puisqu'on est finaliste, il faut qu'on y soit aussi sur les places européennes. On sera peut-être amené à faire un choix en fin de championnat mais aujourd'hui on veut les deux.

Les frères Ratcliffe ont-ils établi un planning pour atteindre prochainement la Ligue des champions ?

Non. Ce qui a toujours été demandé c'est faire que le club avance sportivement, dans sa manière de fonctionner, son appréhension du foot de haut niveau, dans ses infrastructures aussi. C'est peut-être un détail mais ça fait deux ans qu'on a des terrains d'entraînement de très haut niveau. Il y a une énorme attente autour de ce projet INEOS, il y a aussi eu beaucoup de fantasmes au départ et petit à petit je pense que les gens se rendent compte que c'est un projet sérieux, qui avance étape par étape.

Le nom d'INEOS revient ces derniers temps lorsqu'on évoque le club de Chelsea, Jim Ratcliffe était déjà intéressé à l'idée de racheter le club avant même de venir à l'OGC Nice. Est-ce que prochainement Chelsea pourrait intégrer la galaxie INEOS ?

Je ne suis pas le représentant d'INEOS mais je partage énormément de choses sur le football avec eux mais je ne crois que ce soit à l'ordre du jour.

Nice est le 7e club français en termes de dépenses lors des derniers mercatos et Nice est 3e au classement de Ligue 1. Quel regard portez-vous sur ce parallèle ?

La dimension économique est importante dans le foot. Au-delà du montant dépensé c'est comme on le dépense, comment on l'investit. On apporte un soin sur nos investissements. Il faut qu'on soit en capacité d'investir on a montré qu'on était capable de le faire. On a gardé nos meilleurs éléments en y ajoutant de la qualité. C'est comme ça que vous développez un club et une équipe. Je ne crois pas aux révolutions financières en tout cas ce n'est pas notre philosophie ni celle d'INEOS d'arriver et mettre 200 millions sur une année. Les gens doutent toujours un peu car ils voient INEOS comme une puissance financière incroyable.

Demain si un cador européen propose une enveloppe de 50 millions d'euros pour des jeunes joueurs à fort potentiel comme Amine Gouiri et Khephren Thuram, l'OGC Nice pourra résister ?

C'est tellement éloigné de notre quotidien aujourd'hui que c'est difficile d'y répondre. Les garçons que vous citez, et j'en vois d'autres comme Jean-Clair Todibo, sont de grande qualité mais ont la tête sur les épaules. Ils savent qu'ils sont dans un club qui va leur permettre de se développer dans un club compétitif. S'ils continuent leur progression bien sûr qu'un jour ils rejoindront un grand club européen. On n'a rien gagné en France et par rapport aux clubs français historiques on a notre histoire à écrire alors par rapport aux clubs européens la marche est encore plus haute. Il y a une réalité économique mais aussi une réalité sportive et je pense qu'aujourd'hui ils sentent qu'ils sont dans un club qui répond sportivement à leurs ambitions personnelles. Je ne pense pas qu'à court terme ils aient envie ni intérêt d'aller ailleurs.

Pourtant Nice comme d'autres clubs n'apprécient pas vraiment le terme de club-tremplin...

Moi je n'ai pas de gêne avec ça mais ça dépend quel est le tremplin. Un joueur qui me dit je vais venir un an, marquer dix buts puis je pars je lui dis ne viens pas à Nice. En revanche, être en capacité de faire grandir un joueur, d'en faire un grand joueur avec un statut assez important pour partir dans un grand club européen avec là-aussi un statut, ce sera une autre marche. On a vendu beaucoup de joueurs dans des clubs intéressants mais pas des top clubs européens. Si on fait ce type de transfert on aura une forme de fierté et on aura franchi une étape.

Qu'est-ce qu'il manque aujourd'hui à Nice pour concurrencer le Paris-Saint-Germain ?

Ce n'est pas réaliste, on n'est pas là pour concurrencer le Paris-Saint-Germain, c'est peut-être le club le plus puissant d'Europe. On est encore loin du PSG comme des clubs français historiques, je vous le redis pour l'instant on n'a rien gagné. Laissez-nous avancer dans notre plan de développement, essayer d'accrocher régulièrement des places européennes, de gagner des titres au travers des coupes et peut-être qu'un jour on pourra avoir une autre prétention que celle-là mais pour le moment il faut rester ambitieux et mesuré. Il ne faut pas avoir un regard déformé sur nous-même parce qu'aujourd'hui on est troisième et en finale de la Coupe de France. Si on finit cinquième et qu'on perd la Coupe de France... (il fait la moue). Pour moi, un club qui dirait on doit être en Ligue des Champions chaque année, ce serait une forme de prétention. En avoir l'ambition oui mais quand vous prenez le championnat de France aujourd'hui, vous avez Marseille, Lyon, Monaco, Lille, Rennes... il n'y a pas sept places en Ligue des Champions mais deux ou trois voire quatre dans le futur, une Europa League est tout sauf une insulte, on se doit chaque année d'être à la bagarre pour les places européennes, ça c'est indispensable.

Faire venir Christophe Galtier a été un tournant ?

Il y a eu plusieurs tournants. On fondait beaucoup d'espoirs avec Patrick (Vieira), je maintiens qu'on ne s'est pas trompé sur la qualité de l'entraîneur, il réussira. Ce n'était peut-être pas le moment pour lui et pour nous. Pour Christophe, c'était important d'avoir un entraineur de haut niveau, qui connait parfaitement le championnat de France et qui apporte ce qui nous manquait. Benitez, Atal, Boudaoui, Thuram, Gouiri et d'autres étaient là, pourtant nous n'avions pas les résultats escomptés. Je pense que Christophe a montré sa capacité à développer une équipe.

On a beaucoup parlé d'un manque d'engouement autour de l'OGC Nice malgré les récents bons résultats ?

Bien évidemment qu'on regrette que le stade ne soit pas plein mais je pense que ce n'est pas une cause perdue. Nice est une vraie ville de foot mais ce n'est pas une équipe qui a l'habitude de remplir son stade ce qui peut paraître contradictoire et curieux. Quand on voit l'excitation qu'il y a aujourd'hui dans les réservations des places pour aller au Stade de France, ça confirme que Nice est une ville de foot. Après il y a l'exigence des supporters. Elle est présente et légitime, il faut qu'on ait le temps de grandir en tant que club.

Ce jeudi midi, Dante nous a annoncé sa prolongation de contrat d'un an avec émotion. C'est une marque de confiance de la part du club ?

Non ce n'est pas une marque de confiance c'est largement mérité. Il sait que tant qu'il est performant il restera là. Il est très heureux à l'OGC Nice, on est très heureux avec lui, c'est une histoire d'amour qui continue.

Christophe Galtier a avoué qu'il attendait plus de Kasper Dolberg, que son langage corporel pouvait laisser penser qu'il n'était pas dans le match, qu'il devait lui envoyer des signaux pour le convaincre. C'est compliqué de gérer un attaquant qui donne l'impression de traîner son spleen ?

Kasper ne traîne pas de spleen. Ce n'est pas quelqu'un d'exubérant, ce n'est pas un Méditerranéen. Je pars du principe que la différence de culture et de tempérament n'est pas un obstacle mais une vraie richesse. Je pense qu'il est heureux et épanoui, je n'ai pas de doute là-dessus, il a simplement sa propre personnalité. Il a entraîné des Covid (trois fois), des blessures, une petite maladie (diabète) qui l'a perturbé, ce ne sont pas des choses anodines ni simples. Pour moi, en valeur intrinsèque, il reste un des meilleurs attaquants européens. Il a enchaîné les évènements malheureux ou malchanceux mais il est là, il a encore marqué le dernier match, ça veut dire que contrairement à ce que l'on peut dire il est costaud. C'est un élément d'une grande qualité.

Il sera encore niçois la saison prochaine ?

Le marché des numéro 9 est très compliqué et les joueurs de son talent sont rarissimes. On travaille sur l'effectif de la saison prochaine mais on n'a aucune anticipation. On n'a jamais attaché les joueurs au poteau, ils ont toujours voulu rester car ils étaient heureux de rester avec nous. Personne ne nous forcera la main et on ne forcera personne, on a une relation extrêmement saine avec Kasper.

Avec Balotelli ou Sneijder, on pouvait parfois penser que Nice cherchait à attirer des noms, aujourd'hui le club, via le projet INEOS, semble ne pas être dans cette même réflexion ?

Morgan Schneiderlin, Justin Kluivert, Kasper Dolberg ce sont des noms, Amine Gouiri s'est fait un nom, Jean-Clair Todibo est en train de se faire un nom et il y en a d'autres. On n'a jamais eu une stratégie de starificiation. Les joueurs qu'on a aujourd'hui pour moi ne sont pas moins connus qu'un Balotelli, Ben Arfa ou Sneijder.

Revenons un peu arrière, au soir du 22 août car il restera un moment fort de cette saison. Est-ce que ce match Nice-OM et ce qu'il s'est passé continue de résonner comme un traumatisme ?

(Il prend une grande inspiration) Moi quand je regarde le classement je n'ai toujours pas digéré (quelques secondes de silence). Aujourd'hui quand on regarde le classement on a un point en moins et Marseille, qui était en train de perdre, a pour le coup un point en plus. C'est un évènement triste, malheureux mais qui est passé et digéré, sauf sur le plan comptable.

Samedi, Paris vient à Nice qu'il n'a pas réussi à battre en deux oppositions face au PSG... l'OGC Nice est-elle en train de devenir la bête noire du PSG ?

(Il rit) Non, combien a-t-on marqué de but face au Paris-Saint-Germain ?

Aucun...

Voilà. On aura beaucoup d'humilité face au Paris-Saint-Germain, on a peut-être fait deux fois l'exploit mais qu'on marque trois points contre le PSG ou une autre équipe du championnat c'est trois points. Ce sera un match de prestige contre une des meilleures équipes d'Europe, le public va répondre présent, les joueurs sont très excités et c'est normal car ils font ce métier pour ce genre de match. Moi j'ai une analyse pas détachée mais beaucoup plus froide, ça reste trois ou un point en jeu. Il faut qu'on fasse des points, c'est ça le plus important.

Propos recueillis par Clément Brossard