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Nouvelle distribution des droits TV en Ligue 1: qu’est-ce que ça va changer?

C’est la nouvelle économico-sportive du jour, la Ligue de football professionnel a acté la nouvelle distribution des droits TV période 2020-2024. Et la LFP se tourne donc vers plus d’égalité en décidant un partage fixe entre tous les pensionnaires de l’élite. Mais qu’est-ce que cela change et surtout quelles en seront les conséquences? Tentative d’explication.

L’information a été dévoilée par le journal L’Equipe, et confirmée au sein de la rédaction de RMC Sport, la Ligue de football professionnel a décidé de maintenir le partage des droits TV actuel et de diviser en part strictement égalitaire la future revalorisation de la saison prochaine (lors du vote, 17 voix pour, 1 vote contre – celui de l’OM – et 2 abstentions, dont l’OL).

Autrement dit, dès 2020-2021, les 20 pensionnaires de Ligue 1 se partageront 400 millions d’euros en plus, soit 20 millions chacun, en plus des 726,5 millions déjà touchés (760 millions sur lesquels on retranche les différentes taxes, notamment la taxe Buffet en faveur du sport amateur). 

Des différences qui baissent à travers l'égalitarisme

En appliquant cette méthode de calcul, le PSG, qui a touché l’année dernière 59 millions d’euros, repartira avec un pactole de 79 millions d’euros s’il se maintient à la première place. Quant au dernier, il touchait initialement environ 19 millions d’euros, il bénéficiera dorénavant de 39 millions d’euros. 

On passe donc d’un écart de 3,1 entre le premier et le dernier à un écart de 2. Soit un traitement quasi-égalitaire, proche des standards de la Premier League, où la différence est de 1,5. La LFP a donc fait le choix de l’égalitarisme, comme les Anglais, plutôt que de l’équité et de la prime au mérite propres au Portugal ou à l’Allemagne.

Initialement, en Ligue 1, les droits suivent une redistribution bien précise. Sur le total, 50% sont versés à tous les clubs de façon strictement égalitaire, quelle que soit la place finale. Ensuite 30% sont donnés en fonction de la performance sportive, sur les cinq dernières saisons, et 20% en fonction de la notoriété médiatique, calculée en fonction du nombre de présence sur les créneaux du calendrier, décidés par les diffuseurs détenteurs des droits: un dimanche soir en prime-time rapporte toujours plus qu’un samedi soir en multiplex.

L'Angleterre mise sur égalitarisme, le Portugal privatise et l'Allemagne récompense le sportif

A l’étranger, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie ont opté pour quasiment la même méthodologie, un mix entre égalitarisme totale et équité sportive et médiatique. La seule différence porte sur la part sportive et médiatique, 25-25 contre 30-20 en France.

A noter néanmoins que l’Espagne a suivi cette voix très récemment. Avant 2016, les droits TV étaient privatisés: les clubs allaient directement négocier avec les chaînes de télévision, sans passer par l’intermédiaire de la ligue. Conséquence, les diffuseurs privilégiaient toujours les équipes les plus renommées, le Real Madrid et le FC Barcelone, et oubliaient les autres. Les écarts de droits TV touchés entre ces deux mastodontes et les petits clubs montaient souvent de 1 à 7.

Ce système est toujours en place au Portugal, où les différences sont bien plus exacerbées entre Porto, le Benfica, le Sporting et le reste du championnat. Certaines saisons, la différence est de 15 entre le premier au classement et le dernier.

En Allemagne, autre méthodologie: l’équité totale. 100% des droits sont distribués en fonction du classement sportif, 70% de façon stricte et 30% de façon dégressive. Autrement dit, le premier a plus que le deuxième qui a plus que le troisième, etc.

Quelle est la meilleure méthodologie?

On peut maintenant se poser la question de la meilleure pratique, entre égalitarisme à l’anglaise ou prime au mérite à l’allemande, privatisation à la portugaise. La France a décidé de suivre le modèle anglais. Ses arguments sont simples: pour soutenir la compétitivité totale du football hexagonale, il faut aider et protéger tous les clubs, même ceux de seconde partie de tableau.

A l’inverse, certains préfèrent le soutien aux plus performants, une récompense à ceux qui ont travaillé plutôt qu’assister ceux qui n’ont rien fait. Dans cette philosophie, il faut donner plus aux équipes et aux clubs performants et moins à ceux qui ont échoué dans leurs objectifs, puisqu’ils ne le "mériteraient pas".

Le débat reste présent et personne n’a vraiment la réponse. Tant en Angleterre qu’en Espagne ou qu’en Allemagne, les méthodes de distribution fonctionnent. Peut-être que tout n’est qu’une question de politique et d’idéologie.

Pierre Rondeau