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Pourquoi le 3-5-2 ne meurt jamais

José Anigo, l'entraîneur de l'OM

José Anigo, l'entraîneur de l'OM - -

Peut-être adopté par José Anigo, le coach de l’OM, ce dimanche contre Lyon (21h), le 3-5-2 retrouve des adeptes en Ligue 1. Une tendance déjà constatée dans d’autres championnats européens. Décryptage de cette tactique indémodable.

Un système intemporel

Le football est lui aussi une victime de la mode. Les tendances viennent et repartent au gré des équipes dominantes. Si le mythique « WM » a disparu des radars après les années 50 et que le 4-4-2 est en perte de vitesse, c’est désormais le 4-3-3 à la mode « Barça » qui est plébiscité. Mais le 3-5-2 fait de la résistance. Un temps délaissé, il réapparaît aujourd’hui et connaît une seconde jeunesse. Mis au goût du jour par Carlos Bilardo, le sélectionneur argentin, lors du Mondial 86 remporté par l’Albiceleste, il a été repris par l’OM de Raymond Goethals avec une rugueuse charnière Casoni-Mozer-Boli ou encore par l’Angleterre de Terry Venables à l’Euro 96.

Après une longue période de disette, il est revenu petit à petit à la mode. Le Mondial 2002 a ainsi vu deux équipes jouant en 3-5-2 s’affronter en finale (Brésil-Allemagne, 2-0). « C’est un système pour une équipe qui veut avoir le ballon, avec une possession d’au moins 60%, explique Philippe Troussier, ancien coach de l’OM (novembre 2004-2005) et adepte de cette tactique. Il ne faut pas voir que le côté défensif. En 4-4-2, on défend à huit. En 3-5-2, on défend à sept. »

L'Italie l'adore, l'Espagne le boude

Si le retour du 3-5-2 est notable, les disparités régionales existent. En Espagne, aucune n’équipe n’évolue dans ce système. Seul Pep Guardiola a parfois fait jouer « son » Barça avec trois défenseurs centraux, mais sans l’instaurer de manière définitive. A la mode au début des années 90, cette tactique avait complétement disparu du paysage anglais, avant d’y revenir, notamment sous l’impulsion de Robert Martinez à Wigan, en 2011-2012. Si Liverpool a parfois joué ainsi cette saison, seul Hull City, coaché par Steve Bruce, a adopté une défense à trois de manière plutôt convaincante. Le Chelsea de Mourinho le fait aussi en cours de match.

Le berceau du 3-5-2 reste l’Italie, où la Juventus a été sacrée championne ces deux dernières années en jouant ainsi. « C’est la Juve qui m’impressionne le plus dans l’élaboration de ce système », confirme Troussier. Dans le Calcio, une petite dizaine de clubs jouent ainsi, notamment l’Inter Milan, où Walter Mazzarri a transposé un système qui avait fonctionné lors de son passage à Naples. En France, avant peut-être l’OM ce week-end, Bordeaux l’an passé et Toulouse cette année, l’avaient adopté.

Un bagage tactique indispensable

Le passage du 4-4-2 au 4-3-3 est plutôt facile à mettre en place, les grands principes restant les mêmes. Mais l’adaptation au 3-5-2 est en revanche plus compliquée. Le travail des latéraux est complétement différent et nécessite un « coffre » très important pour multiplier les allers-retours. Surtout, ce changement demande de la patience… et une sensibilité tactique que tous les joueurs n’ont pas.

Philippe Troussier confirme : « En France, le joueur n’est pas capable de gérer cette flexibilité tactique. Si vous changez de système, le joueur perd en confiance et se sert de ça pour se déresponsabiliser. Et à un moment, on est plus ou moins contraint de céder sur une pression des joueurs qui se servent de ça comme excuse en cas de contre-performance. C’est plus compliqué en France, en tout cas c’est ce que j’ai ressenti. »

Une stratégie de crise ?

Idée reçue ou pas, le passage à trois défenseurs centraux est souvent perçu en France comme une volonté de « bétonner ». A défaut de se recroqueviller sur son but, cette tactique permet au moins d’avoir une assise plus solide. « L’avantage, c’est que devant le but vous allez avoir trois joueurs qui savent défendre », souligne Roy Hodgson, le sélectionneur anglais. Réputés pour leur frilosité, les Toulousains ont, eux, réussi à s’épanouir un peu plus dans le jeu avec ce système où le rôle des latéraux est primordial. Mais souvent, en France, ce changement de cap est à mettre en relation avec une période où les résultats sont mauvais et où redonner de la confiance à ses joueurs est une priorité.

« Ça rassure car vous avez un défenseur supplémentaire. Il peut y avoir une stratégie de défendre et de contrer, analyse Troussier. Dans l’esprit français, ça densifie l’axe. Mais dans mon esprit, le 3-5-2 est très offensif. » Reste à savoir sur quel créneau José Anigo se placera, lui qui avait atteint la finale de la Coupe de l’UEFA en 2003-2004 (perdue 2-0 contre Valence) grâce à ce système.

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A.Al.