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Pourquoi le Qatar veut prendre le Stade de France

Le Stade de France

Le Stade de France - -

INFO RMC SPORT. Sauf improbable retournement de situation, les propriétaires du Paris Saint-Germain seront dans un futur proche les concessionnaires de l’enceinte de Saint-Denis. Le scénario arrange toutes les parties du dossier, Etat y compris. Explications.

C’est le site de l’hebdomadaire « Le 10 Sport » qui a dégainé l’information samedi soir : « Les Qataris veulent racheter le Stade de France ! ». Information partiellement avérée. Oui, les nouveaux propriétaires du PSG souhaitent s’installer au plus vite dans la banlieue nord de Paris ; non, ils ne veulent pas « racheter » l’enceinte de Saint-Denis, qui restera propriété de l’Etat français. En fait, Qatar Sports Investments (QSI) s’apprête à devenir le concessionnaire principal des lieux, reléguant Vinci et Bouygues (dont le Consortium gère le SDF depuis son inauguration en 1998) au rang d’actionnaires minoritaires. En filigrane : l’installation définitive du club de la capitale au Stade de France, seul écrin francilien capable aux yeux des Qataris d’abriter une équipe de football de standing international. Les supporters vont grincer des dents. Mais les enjeux sont tels qu’ils risquent de se sentir bien isolés dans les prochaines semaines. Car les choses pourraient aller très vite.

PSG : une évolution inévitable

Même si Nasser Al-Khelaifi est récemment monté au front pour démentir son directeur sportif (« A Paris, nous jouons dans un stade vieux et inadapté, où il y a des concerts et des manifestations qui détruisent la pelouse. On n'en peut plus », avait déclaré Leonardo à la presse italienne mi-décembre), les nouveaux patrons du PSG s’accordent sur un point : le Parc des Princes, aussi lié soit-il à l’histoire du club, ne correspond pas à leurs ambitions. Construit au début des années 70, difficile à agrandir et à rénover, peu fonctionnel selon eux, l’endroit cumule les handicaps. Quoiqu’ils en disent, ils souhaitent le quitter au plus vite. « Les relations entre la mairie de Paris et QSI à propos du Parc sont extrêmement tendues », révèle une source proche du dossier. D’autant qu’avec le nouveau Jean-Bouin (20 000 places en 2013), la future Arena 92 (35 000 places en 2014) à Nanterre et l’extension de Roland-Garros, l’Ouest parisien sera bientôt saturé d’équipements sportifs de grande dimension. Au Stade de France, dans une zone où il aura les coudées franches, le PSG pourra tranquillement accueillir 80 000 spectateurs. Dès 2013, quand le Parc des Princes entrera en travaux en vue de l’Euro 2016, et sans doute après, si les résultats sportifs sont à la hauteur. Avec, en prime, la mainmise sur des questions stratégiques (billetterie, loges...) de « business ».

Consortium : une situation intenable

De source sûre, on sait que l’intérêt des Qataris a commencé à « fuiter » dans les couloirs du Consortium du Stade de France peu avant Noël. Ces derniers mois, la plupart des membres du Comité exécutif ont été remplacés par des « financiers » de Bouygues et Vinci, signe avant-coureur de changements profonds. « L’ambiance est lourde », confirme-t-on sur place. Depuis 1995, les deux multinationales françaises gèrent l’enceinte pour leur plus grand profit. Il y a les bénéfices purs, plus ou moins spectaculaires suivant les années (« seulement » 3 millions d’euros en 2011). Il y a aussi l’indemnité que règle l’Etat pour compenser l’absence de club résident (15,3 millions d’euros annuels), qui a de plus en plus de mal à passer en période de crise. Enfin les contrats d’entretien du SDF (environ 10 millions d’euros annuels), trop facilement attribués aux filiales de Bouygues et Vinci, hérissent sérieusement le poil de la concurrence. « Pour le Consortium, le Stade de France est un jackpot mais il est peut-être devenu trop voyant », estime un observateur. Les deux entreprises ont par ailleurs tout intérêt à ouvrir la porte aux Qataris : la Coupe du monde 2022 aura lieu dans le petit pays du Golfe Persique, et les investissements prévus en stades et infrastructures s’élèveraient à 100 milliards de dollars. Des marchés colossaux dont Bouygues et Vinci pourraient largement profiter. D’autant que l’Elysée, qui suit attentivement le dossier via les ministères des Sports et des Finances, verrait d’un œil bienveillant l’arrivée de QSI dans le Consortium. Preuve de l’importance politique accordée au sujet, la nomination en janvier 2011 au poste de directeur général délégué du SDF de Philippe Auroy, ex-directeur de cabinet de Christian Estrosi à la mairie de Nice. Estrosi, proche de Nicolas Sarkozy et ancien ministre de l’Industrie…

Un timing idéal

Certains partenaires parisiens des Qataris les poussent à finaliser rapidement la transaction, pour une somme qui pourrait dépasser les 300 millions d’euros. « Les appels du pied sont clairs, confirme-t-on à Saint-Denis. Cela peut prendre quelques mois… ou quelques semaines. » Parmi les hypothèses les plus crédibles, une augmentation de capital du Consortium. QSI prendrait entre 40 et 60%, Bouygues et Vinci se partageant le reste tout en conservant quelques prérogatives (maintenance, technique…). Le PSG deviendrait naturellement résident même si le club, contacté par RMC Sport, réfute toute discussion à ce sujet et juge « prématurée » la publication de nos informations. Il existerait une possibilité de conserver quelques « petits » matchs au Parc des Princes. Des concerts (une poignée par an) continueront à être organisés. Un tournoi d’été regroupant des clubs de foot de prestige pourrait être créé sur le modèle de l’Emirates Cup qu’organise Arsenal chaque année. Quant aux équipes nationales, la situation est plus complexe. La Fédération française de football, liée au Consortium jusqu’en 2025, pourrait profiter de la construction de nouvelles enceintes en régions pour renégocier son contrat et s’exporter davantage. Celle de rugby ne fait pas mystère de sa volonté de s’affranchir du SDF, où elle s’estime financièrement lésée, au terme de son contrat, en 2013. Un nouveau stade est à l’ordre du jour dans le sud parisien, même si des affiches de gala comme France-Angleterre (la plus grosse source de revenus du SDF, tous événements confondus) pourraient continuer à être hébergées à Saint-Denis. Le grand Monopoly des stades franciliens ne fait sans doute que commencer.

Le titre de l'encadré ici

Le Parc déserté ? |||

La priorité des dirigeants qataris du PSG est de pouvoir exploiter le plus grand stade possible. Or, pour ne pas dénaturer l'aspect visuel du Parc des Princes et, par voie de conséquence, enfreindre la propriété intellectuelle dont jouit toujours l'architecte d'origine, Roger Taillibert, les évolutions envisagées ne permettent pas d'avoir une capacité supérieure à environ 50 000 places. Un chiffre jugé insuffisant par les décideurs qataris. Les discussions entre le groupement Colony-Vinci-PSG et la Mairie de Paris sont toujours intenses mais elles se seraient tendues depuis l'arrivée de Jean-Claude Blanc au poste de directeur général délégué du PSG. Ce dernier a remis à plat plusieurs aspects du projet initial et ses exigences seraient très pointues. L'hypothèse de raser le Parc pour reconstruire un stade neuf a été avancée. Une éventualité immédiatement repoussée par la Mairie de Paris, propriétaire de l'enceinte. Un accord est toujours attendu courant mars pour valider le projet de rénovation, dont le coût est estimé à environ 110 millions d’euros. L’hypothèse qu'aucun contrat ne soit signé existe cependant. Dans ce cas, la rénovation du Parc des Princes serait remise en cause. Le comité de pilotage de l'Euro 2016 présidé par Jacques Lambert devrait alors chercher un autre stade pour remplacer le Parc, qui deviendrait une sorte d’enceinte-fantôme. Si aucun accord n'est trouvé, l'avenir du théâtre historique des exploits du Paris Saint-Germain deviendrait très incertain. Seule l'émergence d'un autre club dans la capitale, financièrement soutenu par d'importants investisseurs à la recherche d'un stade, pourrait résoudre un problème de plus en plus épineux.