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Pourquoi les supporters de Nantes font-ils partie des meilleurs de France ?

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Longtemps réputée froide, l’ambiance de la Beaujoire n’a jamais été aussi explosive que depuis que le FC Nantes est remonté en Ligue 1. Grâce à des affluences en constante augmentation et des supporters à fond derrière leur équipe, le public nantais figure désormais parmi les plus chauds de l’Hexagone. Explications avant Nantes-Reims, samedi, pour le compte de la 10e journée de championnat.

Parce que les résultats sont là

Cinquième de L1, à égalité de points avec Lille et le PSG avant cette 10e journée, le tout sans avoir pu recruter et après un exercice 2013-14 achevé à une honorable 13e place, voilà un bilan qui va au-delà des espérances des supporters nantais, à qui on prédisait l’ascenseur. Si elle atteint ses limites face aux grosses écuries, l’équipe de Michel Der Zakarian se révèle compétitive grâce à une solidité défensive étonnante (3e meilleure défense de L1). De quoi ravir le public de la Beaujoire.

Parce que les joueurs mouillent le maillot

Cette équipe est à l’image de son entraîneur, Michel Der Zakarian : accrocheuse et généreuse dans l’effort. Deux qualités qui comblent aujourd’hui le public de la Beaujoire. Alors que celui-ci, très exigeant, avait autrefois le sifflet facile, le voilà qu’il joue son rôle de 12e homme au bout du temps additionnel. « J’ai connu l’Allemagne donc je sais ce qu’est un vrai public, rappelle Johan Audel, ancien attaquant du FC Cologne. Et franchement, à Nantes, on a un vrai public. Un public intelligent car ils sont là aussi dans les mauvais moments. Au mois de janvier, on était mal. Ils n’ont pas arrêté de nous soutenir. Quand on entre à la Beaujoire, ça fait quelque chose. Le stade est toujours plein. Ils sont là à chanter et à nous pousser jusqu’à la fin. Contre Lyon (1-1), ils ne nous ont pas lâchés. Nous après, on a sorti nos tripes et on est allé chercher cette égalisation qui est aussi due au public. »

Parce qu’une nouvelle génération a pris le pouvoir dans les tribunes

Ils ont entre 15 et 25 ans et n’étaient pas nés (ou alors pas bien grands) en 2001 lorsque les Canaris ont conquis leur dernier titre de champion de France. Et ne leur parlez pas du fameux « jeu à la nantaise » ! « Une nouvelle frange de supporters arrive à la Beaujoire, elle n’a pas connu cette période et, à chaque match de L1, elle est ravie d’être là, observe Franck Kita, directeur général du FCN. Il y a une ferveur assez exceptionnelle. »

Parce qu’ils ont mangé leur pain noir pendant quatre ans en Ligue 2

« Les saisons en L2 nous ont donnés faim, lâche Romain, Kapo (leader de kop) de la Brigade Loire. Quand on est remonté, on avait vraiment la dalle. » Après quatre années compliquées en Ligue 2, - cinq entre 2007 et 2013 - le club aux huit titres de champion de France et son public ont dignement fêté la remontée dans l’élite en 2013. On était loin des grèves, qui avaient accompagné les années galères. « C’est l’un des meilleurs publics, voire le meilleur public aujourd’hui de France, avance Franck Kita. Il y a des jeunes qui poussent leur équipe, qui ont connu la L2, les mauvais moments. Nantes est un club qui a plein de titres, qui a connu plein de grands moments. On n’a jamais été confronté à cette période et le fait que l’on soit resté aussi longtemps dans le dur fait que les gens sont très heureux. » Aujourd’hui, le FC Nantes possède la 6e place au classement du nombre de spectateurs après neuf journées (25 176 spectateurs de moyenne pour 38 000 places, soit un taux de remplissage de 66,2%). Le FCN compte également 1000 abonnés de plus que la saison passée (8500 au total).

Parce qu’ils sont chez eux à la Beaujoire

Ne pas avoir de nouveau stade peut avoir du bon. Alors que de nombreux supporters doivent composer avec des travaux ou « s’adapter » à des enceintes toutes neuves, les fans des Canaris, eux, se sentent comme chez eux à la Beaujoire, un stade « âgé » de pile-poil 30 ans. « Les stades comme à Nice, Saint-Etienne, Lens ou Bordeaux sont en train de changer, rappelle Romain de la Brigade Loire. Nous, on a toujours notre tribune à l’ancienne. Ça peut avoir des avantages. Au stade Pierre-Mauroy de Lille, on s’est aperçu que les tribunes ne sont pas spécialement faites pour les supporters. C’est d’abord penser comme une salle de spectacle. Quand on allait au stade du Ray à Nice, c’était peut-être un stade dégueulasse vu de l’extérieur mais il avait du caractère. Aujourd’hui, l’Allianz Riviera est un stade anonyme. » Tout ce que n’est pas (ou plus) la Beaujoire.

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Aurélien Brossier avec Pierre-Yves Leroux à Nantes