RMC Sport

PSG: "Ben Arfa n’est pas fait pour vivre dans un vestiaire de stars" selon son premier agent

Frédéric Guerra

Frédéric Guerra - (Capture d'écran)

Premier agent d’Hatem Ben Arfa à l’époque où il jouait à Lyon, Frédéric Guerra porte, dans un entretien accordé à RMC Sport, un regard très critique sur la carrière du milieu de terrain du PSG. "Un gâchis", selon lui.

Frédéric Guerra, quel regard portez-vous sur la carrière d'Hatem Ben Arfa, qui ne joue plus avec l'équipe première du PSG et s'est même entraîné pendant plus d'une semaine avec l'équipe réserve ?

"(Le problème pour) Hatem, c’est l’environnement totalement défavorable. Et je ne parle pas de la famille. Je parle d’un seul et unique individu qui s’appelle Michel Ouazine (son conseiller, ndlr), qui a détruit ce garçon. Il est arrivé à faire qu’Hatem vive un échec à l’Olympique lyonnais. Il est ensuite arrivé à faire qu’il vive un échec avec Marseille et maintenant, forcément, avec l’équipe de France puisque l’entraîneur est le même qu’à l’époque (Didier Deschamps). Il a vécu un échec avec Newcastle, à Hull City, où l’entraîneur adjoint me disait que, sur une mi-temps, le gardien de but de Hull avait plus couru qu’Hatem Ben Arfa. Ensuite, à Nice, le rebond était pratiquement obligatoire au sens où il n’y avait qu’un an de contrat, où il était obligé de remontrer ce qu’il savait faire, où il n’y avait pas non plus un effectif très riche et où il a été aussi très bien utilisé par Claude Puel dans son rôle d’électron libre. Mais Hatem est incapable de garder une distance tactique dans le football: c’est un électron libre. Tous ces échecs, si on devait aujourd’hui les constater sur un cadre supérieur qui serait passé par Air France, la SNCF, par des grosses sociétés de ce monde, on serait tous surpris que ce cadre supérieur puisse retrouver un emploi au niveau de salaire qu’il a. C’est un échec à Paris et aussi bizarre que cela puisse paraître, Michel Ouazine, qui est l’environnement le plus proche, parce qu’il est arrivé à séparer la famille d’Hatem, ne s’interroge pas là-dessus et est persuadé d’avoir la science infuse. Or, aujourd’hui, il joue en CFA avec le PSG. Il prend la place d’un jeune du club et c’est bien dommage.

À lire aussi >> PSG: Ben Arfa est bien de retour avec les pros

Vous dites qu’il va finir riche…

Oui, Hatem Ben Arfa va finir riche d’argent mais pauvre de souvenirs, pauvre de titres, pauvre d’images à montrer à ses enfants, pauvre de Ballons d’or, pauvre de tout ce que des joueurs de sa génération ont pu faire. Je prends comme exemple Karim Benzema, qui réussit réellement une carrière sportive de très, très haut niveau au Real Madrid, avec des titres, des coupes d’Europe. Plus tard, il ne lui restera que l’argent mais ça ne va peut-être pas suffire pour être heureux.

Ce qui se passe actuellement dans son entourage, le sentiez-vous déjà en 2000, 2001, 2002 ? Quels contacts avez-vous gardé avec lui ou sa famille ?

J’ai gardé contact avec le papa. Avec notamment une sale histoire: le papa est cotorep (travailleur handicapé) et il a fallu que les services sociaux fassent une procédure à Hatem Ben Arfa afin de (lui) faire payer une partie des dépenses. J’ai énormément de contacts mais ce que je sais, c’est qu’il n’y a absolument aucun rapport entre eux. Le papa lui a envoyé des tas de messages, auxquels Hatem n’a jamais répondu.

Ce lien terni explique-t-il aussi qu’il soit dans cette impasse ?

Le problème d’Hatem, c’est qu’il a besoin d’amour autour de lui pour fonctionner. Et celui qui, soi-disant, lui en donne, Michel Ouazine, lui enlève l’amour de tous les autres. Et il n’arrivera pas à compenser l’amour qu’un père ou une mère puissent avoir.

Il n’y a plus aucun contact…

(Il coupe) C’est évident. Il n’y a plus aucun contact entre le papa et Hatem, ni entre le demi-frère d’Hatem et Hatem. Ça, c’est sûr. Je pense que plus on est entouré d’amour, plus on va une avoir une série de conseils, qu’ils soient positifs, négatifs, judicieux, moins judicieux. Mais en tout cas, avec cet amour, on se permet de se parler entre nous. Et cela peut adoucir beaucoup de choses. Or, Hatem n’entend que le bruit de Michel Ouazine et c’est un démon. Forcément, Hatem ne deviendra pas un ange du jour au lendemain en n’ayant contact qu’avec ce monsieur.

Que lui auriez-vous conseillé si vous étiez son agent ?

J’étais redevenu son agent à Marseille. Il voulait que je sois là pour son départ de l'OM. Et lorsque j’ai vu la configuration de la méthode pour partir, qui m’avait été exposée, j’ai tout de suite arrêté. Je lui avais aussi dit que le football anglais n’était pas un football pour lui. Et on s’est vite rendu compte après qu’il s’est fait casser tibia et péroné (le 3 octobre 2010 lors de Manchester City-Newcastle). Si j’avais été l’agent d’Hatem au mois de juin, j’aurais trouvé un deal avec Paris pour partir et avoir du temps de jeu. Je pense que si j’avais été son agent un an avant, je n’aurais surtout pas choisi Paris. Hatem n’est pas fait pour vivre dans un vestiaire de stars. Il a besoin d’être la star. J’aurais choisi le bonheur de jouer au football plutôt que la consécration d’aller chercher beaucoup, beaucoup d’argent dans un très grand club européen.

À lire aussi >> Pour Meunier, "Courtois serait pas mal au PSG"

Il a ce besoin de jouer…

Hatem est programmé pour jouer au foot. Quand il joue au foot, il sourit. Quand il fait des exploits que même lui, une seconde avant, ne savait pas qu’il était capable de faire… Il a besoin de ces vibrations-là. Il n’a pas besoin d’avoir un compte en banque qui déborde et qui soit géré par d’autres personnes. Hatem est un enfant et je pense qu’il le restera longtemps. Jouer au foot est la seule chose dont il a besoin pour être heureux.

Est-ce que la situation actuelle vous surprend ?

Non. Parce que je me souviens avoir été interviewé pendant ses exploits niçois et d'avoir dit: "Attention à ne pas choisir un club qui soit trop haut pour lui". Ce n’est pas que le PSG est trop haut. Le PSG collectionne un nombre de stars, de caractères forts. Il collectionne un nombre d’individualités énormes. C’est peut-être le plus grand club européen à ce niveau-là. Hatem ne peut pas s’épanouir avec autour de lui des gens qui sont beaucoup plus médiatisés que lui. Hatem, à Nice, était le principal médiatisé. C’était celui qu’on économisait à l’entraînement, qu’on mettait comme électron libre sur le terrain, celui à qui on ne donnait pas de consignes défensives. Il était respecté au rang de ce qu'il pense de lui-même et au niveau où on son environnement a voulu le mettre. Il est sur un tel piédestal que Nice était le parfait environnement parce que c’était la seule et unique star.

Comment sortir de l’impasse ?

Il ne sortira pas de l’impasse. Parce que d’une part, il est têtu. Deuxièmement, il est borné. Et troisièmement, il n’est pas aidé par des mots pour comprendre qu’il est en train de taper dans le mur tout seul. S’il pense faire une guerre financière au PSG, le PSG est capable de l’emmener jusqu’au bout de son contrat. Ce n’est pas l’argent qui fera fuir le PSG. Le PSG dressera Hatem mais ne cèdera pas contre des menaces.

À lire aussi >> PSG-OL: Emery "optimiste pour Rabiot", pas pour Di Maria et Pastore

Quel sentiment avez-vous, 17 ans après ?

C’est un gâchis. Un profond gâchis. Lorsque j’ai récupéré Hatem Ben Arfa, je m’étais dit que si un jour j’avais un Ballon d’or dans mon écurie, il se pouvait que ce soit lui. J’étais persuadé que ce garçon serait un jour au moins nommé dans les trois premiers, comme Ribéry l’a été une année. Malheureusement, Michel Ouazine en a voulu autrement. Lorsqu’il avait 19 ans, il lui a dit: "Il faut qu’on travaille avec un grand agent". Et bizarrement, ça a été lui.

Est-ce le problème ?

Tout son problème vient du fait qu’on a appris à Hatem à dire non à plein de gens, sauf à Michel Ouazine. Il fait une carrière comme Michel Ouazine aurait fait une carrière s’il avait été joueur de football à la place d’Hatem. C’est-à-dire sans aucune envergure.

Personne ne peut lui faire entendre raison ?

Il n’y a plus personne qui puisse le faire dans son environnement. Il n’y a plus de repères. Le papa n’est plus là depuis trois ou quatre ans. Avec la maman, les connexions sont distantes. Il n’y a plus de rapports non plus avec le demi-frère, avec qui il a été élevé. Et en plus, Michel Ouazine lui a appris à n’avoir confiance en absolument personne en dehors de lui. Il se retrouve géré par un esprit unique, dont il continuera à boire les paroles comme il le fait depuis onze ans.

Pourquoi le plaisir du jeu ne l’emporte pas ?

Il ne l’emporte pas parce qu’il ne sait pas dire non à Michel Ouazine. La seule position qu’il aurait dû prendre il y a deux ans était de rester à Nice ou de choisir un club de ce niveau-là afin de continuer à être la petite star.

Sportivement parlant, est-ce qu’un club peut encore lui faire confiance ?

Il y aura toujours quelqu’un pour dire: "Avec moi, ça marchera". Mais il faut juste pouvoir prévenir la personne en lui disant: "Avec toi, ça ne marchera pas mieux qu’avec (Gérard) Houllier, (Paul) Le Guen, (Didier) Deschamps, (Unai) Emery". Il faut juste le comprendre.

D’où le gâchis…

Le football français aura perdu un sacré talent, parce que l’on voit ce qu’il était capable de faire avec Nice l’année dernière. Sur deux-trois percées qui sont passées en boucle sur toutes les télés du monde, on se dit effectivement que c’est du gâchis. Des images comme ça, le football français en a besoin. Voire le football mondial.

Cela prouve aussi qu’un joueur de foot est dépendant de son entourage…

Cela prouve, selon moi, que plus tôt quelqu’un a sa propre personnalité et mieux c’est. Mais si la personnalité est fabriquée par un tiers dont les intérêts divergent des siens, on se retrouve dans le cas d’Hatem Ben Arfa.

À lire aussi >> Le PSG ferme la porte de son vestiaire

Quand il était tout petit, sentiez-vous déjà qu’il fallait le "tenir" ?

Je me rappelle d’une action dans un derby contre Saint-Étienne en moins de 17 ans. Lyon perdait 2-0. Il demande à l’arbitre combien de temps il reste. L’arbitre lui dit: "Trois minutes plus les arrêts de jeu". Lyon vient d’encaisser le deuxième but. Et dans les cinq ou six minutes qui suivent, Lyon gagne 3-2 sur trois buts d’Hatem. Il aime le jeu, il aime la gagne. Mais pour autant, il a un comportement d’électron libre qu’on ne pourra pas insérer dans un schéma tactique.

Cela allait très bien chez les jeunes…

Cela allait très bien chez les jeunes parce que ça faisait la différence. Ça pourrait très bien aller chez les adultes comme à Nice. Pour autant, il faut que l’ensemble, autour, accepte de se sacrifier défensivement au profit de lui. Et lorsque l’on a un vestiaire plein de stars avec des personnalités plus fortes les unes que les autres… C’est difficile de dire à Neymar, (Marco) Verratti ou tous les grands joueurs du PSG de se sacrifier pour Hatem Ben Arfa.

Que lui diriez-vous dans la situation actuelle si vous étiez son agent ?

Je prendrais rendez-vous avec Nasser (Al-Khelaïfi, le président du PSG) et j’essayerais de trouver un terrain d’entente pour partir le plus proprement du monde. Et je m’engagerais à ce qu’il puisse aller dans un club dans lequel il puisse se faire plaisir, jouer au football avec un entraîneur qui le prenne comme il est. Il faut aussi lui trouver l’environnement favorable, des joueurs qui reconnaissent son talent et presque, à la limite, lui demandent des autographes, et qu’on le laisse jouer comme un électron libre. La difficulté est là. Michel Ouazine aurait dû lui dire que dans le football, il y a un sens tactique et qu’on ne peut pas faire tout et n’importe quoi à n’importe quel moment.

À lire aussi >> PSG: L'avocat de Ben Arfa raconte l'échange avec l’émir du Qatar, une "simple boutade"

VIDEO >> Kurzawa donne son maillot sur le périph parisien

TB avec Edward Jay