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Qui est Reynz, ce rappeur de Brest qui a tourné un clip avec les ultras à Francis-Le Blé?

Le Stade Brestois lui a ouvert les portes du stade Francis-Le Blé pour tourner son clip "292" (sorti ce vendredi). Entouré des ultras locaux, Reynz, un rappeur de la ville, en a profité pour réaliser l'un de ses rêves de gosse. Rencontre avec ce fan de Bruno Grougi, inspiré par Orelsan et fier d'être né "dans la ville de Gonzalo Higuain".

Sa doudoune noire entrouverte fait ressortir le rouge de son maillot: celui du Stade Brestois. Le seul qui compte à ses yeux. En cette fin d'après-midi, il l'arbore fièrement en pénétrant sur la pelouse de Francis-Le Blé, face à des tribunes désertes. Reynz a réussi à se faire ouvrir le stade de son club fétiche pour tourner son dernier clip "292" (sorti ce vendredi).

Posé dans la surface, il enchaîne les couplets devant la tribune Quimper, garnie par les ultras. Pogo, fumigènes et mains levées. Lorsqu'il les a sollicités, par l'intermédiaire d'un de leurs leaders, les Ultras Brestois 1990 et les Celtic Ultras 2001 ont tout de suite répondu présent. "Ils ont kiffé le concept. Ça a été accueilli de manière super positive, même par les anciens", savoure le rappeur de 24 ans.

"Marcher sur la pelouse, ça m'a donné des frissons"

Plusieurs membres le connaissaient déjà, de plus ou moins loin. Certains étaient venus lui acheter en mains propres son projet précédent. D'autres avaient validé son morceau "30-1" (en référence au numéro de département du Finistère, le 29). Au départ, l'idée était de faire un cortège dans les rues de la ville. Mais la possibilité d'investir le stade a rapidement pris le dessus. Avec l'appui des supporters, les portes se sont déverrouillées sans difficulté.

"Quand les ultras veulent faire quelque chose, le club est souvent partant. Il y a de très bons rapports entre eux. Au final, ça a été beaucoup plus simple que ce que je pensais, témoigne Reynz, lui même abonné en tribune Arkéa depuis quelques années. C'était un truc de ouf. Arriver dans le stade vide et pouvoir marcher sur la pelouse, ça fait trop plaisir. Ça rend fier. Laisse tomber, ça m'a donné des frissons."

Reynz
Reynz © Julien Garnier

"Gaëtan Charbonnier baigne dans la surface"

Avant d'allumer la caméra, il a tout de même fallu se mettre d'accord avec les responsables des associations. Pour que tout soit bien carré. "On a discuté en amont avec eux, explique l'artiste breton. Le monde utra est très codifié donc on ne voulait pas faire des trucs qui n'allaient pas leur plaire. On leur a tout de suite proposer de chanter dans le clip, ça les a mis trop bien. Ils ont vu qu'on était à l'écoute et qu'on voulait faire quelque chose de sincère, ils étaient super chauds."

Sous les yeux du chef de la sécurité de Francis-Le Blé, Reynz a alors déroulé ses punchlines ciselées, enveloppé dans la fumée rouge des torches. Avec quelques reférences de circonstances: "Gaëtan Charbonnier baigne dans la surface". Mais l'euphorie générale a un peu compliqué les premiers rushs. "Quand ils se sont mis à chanter, je n'entendais plus mon son. Je ne pouvais pas faire mon playback, les prises éaient foirées (sourire). Du coup, on a mis l'enceinte directement dans ma poche pour que je puisse mieux gérer."

Reynz
Reynz © Julien Garnier

Des premières années au soleil

Quelques heures plus tôt, la joyeuse bande avait arpenté la rue de Quimper, devant le stade, en partant de l'immeuble d'un ami, situé dans le quartier adjaçant. L'occasion d'un gros craquage de fumis sur l'avenue, privatisée avec l'accord de la mairie. Un tournage inoubliable pour Reynz, qui a toujours vécu à Brest. Enfin presque...

Natif de Toulon, dans le Var, ce fils de militaire a d'abord suivi les déplacements de son père (sympathisant de l'OL), engagé dans la marine nationale. Après un court passage par Tahiti (où est né son frère, de deux ans son cadet), il a débarqué tout jeune à la pointe de la Bretagne. C'est dans le quartier Saint-Marc, en centre-ville, qu'il a passé son enfance. Entre les églises, les murs gris et les falaises surplombant la mer d'Iroise, en bordure de l'Océan Atlantique.

"J'ai pris une grosse tarte avec Orelsan"

"C'est un petit village dans la ville où il y a beaucoup de vieux. On y foutait pas mal le bordel avec ma bande de potes", se souvient Reynz, qui a développé très tôt le goût de l'écriture: "J'écrivais des histoires avec ma grand-mère. Elle tapait ce que je disais et elle faisait les illustrations." Attiré par les mots, il a obtenu son bac L, avant de venir à Paris pour suivre des études de lettres modernes à la Sorbonne. Mais il est vite revenu dans son fief pluvieux, où il a finalement lâché les cours pour devenir surveillant dans des lycées du secteur.

En parallèle, il a développé son amour du son. Après avoir découvert le rap à travers Skyrock et certains artistes comme Booba, il a élargi son horizon avec l'éclosion d'Orelsan, originaire de Caen: "Je me suis pris une grosse tarte en l'écoutant. Je me suis dit que n'importe qui pouvait faire du son, du moment que tu as des trucs à dire. Il n'y a pas forcément besoin de venir de banlieue ou d'avoir vécu des trucs de ouf. Juste l'ennui et les coins un peu pourris, ça suffit pour raconter de belles histoires."

La première partie d'Alkpote en 2017

Sur ce plan-là, Brest représente un réservoir inépuisable, avec son mauvais temps et son architecture austère. Une matière mélancolique dont Reynz s'est servi pour affiner son style et son identité. Après avoir gratté ses premiers textes au collège, il s'est peu à peu rapproché de la scène underground locale. Jusqu'à rencontrer le groupe 187, les tauliers du coin, ou BFG (dont l'un des membres "Shanti Vibes" est devenu son ingénieur du son en tournée).

Mais tout a décollé pour lui en 2017, lorsqu'il s'est retrouvé sur scène en première partie d'Alkpote, puis de Caballero et Jeanjass. Un déclic pour le vainqueur 2020 du concours Bretagne de Buzz Booster (un événement visant à repérer les futurs talents de la scène rap), qui a enchaîné les concerts dans la région grâce au large réseau de son manager. Jusqu'à obtenir, il y a trois mois, son statut d'intermittent du spectacle. A quelques semaines de la sortie de son projet "Pluie volume 2" (le 11 mars), il vit désormais de son art. Sans oublier sa passion pour le ballon rond.

Reynz
Reynz © Julien Garnier

Fan de Bruno Grougi

"Je viens de la ville de Gonazlo Higuain", rappelle-t-il dans l'un de ses textes (l'attaquant argentin est né à Brest en 1987, à l'époque où son père footballeur portait les couleurs du club). Reynz, lui, a usé ses premiers crampons à Plougastel-Daoulas. Une presqu'île située à 15km de Brest, réputée pour la qualité de ses fraises, où sa mère résidait. "Je suis un stoppeur plutôt rugueux, qui aime le duel. Une sorte de Brendan Chardonnet (l'actuel capitaine du Stade Brestois, ndlr)", s'amuse-t-il.

Aujourd'hui, il préfère donner de la voix pour soutenir son équipe favorite, dirigée par Michel Der Zakarian. Avec le souvenir ému de la montée en Ligue 1 en avril 2010, au terme d'une victoire 2-0 contre Tours. Sans oublier les frappes de Bruno Grougi ou les inspirations de Nolan Roux. S'il pouvait recruter le joueur de son choix pour la fin de saison? "Je dirais Kylian Mbappé, parce qu'il est trop fort ces derniers temps. Mais sinon, un retour de Franck Ribéry (qui est passé par Brest en 2003-2004, ndlr), ça me ferait trop kiffer!"

https://twitter.com/AlexJaquin Alexandre Jaquin Journaliste RMC Sport