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Rennes: "Une catastrophe de ne pas aller au bout du championnat", estime Holveck

Promu président du Stade Rennais au début du confinement, Nicolas Holveck est longuement revenu sur la crise qui frappe le foot français et son club en particulier. De la baisse des salaires de ses joueurs aux droits TV en passant par l'incertitude sur la date de reprise de la Ligue 1, le patron des Rouge et Noir fait le point pour RMC Sport.

Nicolas Holveck, quel est votre situation professionnelle et géographique actuellement?

Géographiquement je n'ai pas pu quitter Monaco, enfin La Turbie plus exactement. Je suis comme tout le monde, confiné chez moi. Je travaille uniquement par téléphone. Je suis en relation avec tous les collaborateurs du Stade Rennais et principalement Julien Stéphan que j'ai plusieurs fois par jour et Didier Roudet, le directeur général adjoint, pour gérer le club.

Est-ce que cela vous a laissé le temps de passer à Rennes?

Pas du tout parce que j'ai été nommé le 18 mars et le confinement a commencé le 17. Mon vol du 18 a été annulé. Mais la chance que j'ai c'est que je connais Didier Roudet depuis très longtemps et un certain nombre de responsables de services parce qu'ils sont à Rennes depuis longtemps. Donc j'ai la chance de connaître les collaborateurs principaux.

C'est quand même très particulier comme situation d'avoir été nommé juste à ce moment-là et de ne pas pouvoir être dans l'action tout de suite et en contact avec les gens du club. Comment vous vivez ça?

C'est une situation inédite je pense, c'est une nomination digitale ! C'est dans l'air du temps. Il n’y a pas de question à se poser. Il faut trouver le bon fonctionnement, les bons moyens pour gérer le club. Les équipes sont très bien préparées. Le Stade Rennais est un club très bien structuré. Honnêtement le club était en ordre de marche sans aucun problème pour affronter cette crise unique mais tellement grave.

Comme partout, il y a beaucoup d’inquiétude chez les salariés du Stade Rennais. Vous aimeriez être un peu plus avec eux, les connaître un peu mieux?

Ça c'est sûr. En plus mon moteur le matin c'est d'être au bureau en contact avec mes collaborateurs. Je suis un homme d'équipe, j'aime beaucoup échanger avec tous les services, avec tout le monde. J’aime bien être informé du maximum de choses donc c'est ce qui me manque le plus. Mais quoi qu'il en soit dans cette crise, même si j'étais physiquement à Rennes ça ne changerait rien puisque les bureaux sont fermés. C'est une nouvelle forme de collaboration pour tout le monde. Il n'y a que l'écran vidéos de “Teams” qui nous réunit ou les conférences téléphoniques donc c'est complètement différent. C'est à nous de nous adapter. C'est à moi de rassurer aussi parce que le moment est difficile. C’est mon rôle de rassurer tout le monde et de tout mettre en œuvre pour maintenir et préserver l'activité du Stade Rennais.

Quels sont les leviers que vous pouvez encore actionner?

La priorité c'est de regarder son plan de trésorerie et d'aller chercher toutes les sources de financement possible. Il faut optimiser tout ce qu'on peut rentrer encore comme ressources et faire des planifications sur nos dépenses. En terme d'investissement on sursoit à tout ce qui n'est pas essentiel. On cherche des solutions avec toutes les personnes avec qui on travaille toute l'année.

On peut imaginer qu'avec un actionnaire aussi solide que la famille Pinault vous êtes un des clubs les moins en danger en Ligue 1?

C'est sûr que ça apporte beaucoup de sérénité dans nos démarches de recherche de financements. Quand on fait valoir l'actionnaire qui est le nôtre c’est sûr que c’est rassurant pour les établissements bancaires. En revanche le Stade Rennais doit se débrouiller par lui-même car l'actionnaire a beaucoup d'autres activités et vous imaginez quel est l'impact sur toutes ses autres activités. Il a d'autres problèmes à gérer et on doit trouver des solutions par nous-mêmes. Mais la signature de notre actionnaire permet certainement d'avoir accès à certaines sources de financements.

Vous avez pu échanger avec l’actionnaire depuis le début de cette crise?

Oui très régulièrement avec François Pinault comme avec François-Henri Pinault. Dès le début ils ont senti que ça serait une crise très grave certainement la plus grave depuis la guerre comme tout le monde commence à le dire maintenant. Mais ce n'est pas pour ça qu'il faut être pessimiste et baisser les bras, bien au contraire, il faut redoubler d'efforts et aller chercher les solutions pour que l'activité continue.

Quels étaient et quels sont toujours les objectifs qui vous sont donnés au Stade Rennais?

C’est d'abord de préserver la poursuite de l’activité. Après l'objectif pour cette fin de saison c'est garder cette fantastique 3e place qui peut être historique. On essaie de tout mettre en œuvre pour être prêt lorsqu'on nous dira de reprendre, car j'espère qu'on nous dira de reprendre. On va attendre que la situation sanitaire le permette. L’objet, ce n'est pas d'accélérer les choses, mais d'être prêt immédiatement pour jouer ces 10 derniers matchs et préserver la troisième place. Après, à plus long terme, c'est d'être chaque saison un concurrent sérieux à une Coupe d'Europe.

On sait déjà que le prolongement du confinement va se poursuivre au-delà du 15 avril. Pour le football quelles sont les échéances à définir au plus vite selon vous?

Aujourd'hui dans cette équation il n'y a que des inconnues. Donc humblement je ne sais pas résoudre une équation avec des inconnues. La date de reprise va nous être fixée par les autorités gouvernementales et la date à laquelle on pourra rejouer par l’UEFA. Aujourd'hui je suis incapable de donner une date à laquelle il faut reprendre et une date jusqu'à laquelle on pourra jouer. La seule chose qu'il faut faire c'est tout mettre en œuvre pour terminer ce championnat parce qu’il y a tellement d'enjeux financiers que ça serait une catastrophe de ne pas aller au bout. Il y a tellement de ressources à préserver et à rechercher qu'il faut tout mettre en œuvre pour terminer ce championnat. A date on a encore toute la latitude pour le terminer. Après, encore une fois, c'est le virus qui décidera à quel moment on peut reprendre.

Est-ce qu'il y a une réflexion pour une baisse de salaire des joueurs au Stade Rennais?

Les joueurs sont au chômage partiel, et tout le personnel du Stade Rennais est en chômage partiel à part quelques chefs de service dont on a besoin pour mettre en place toutes les mesures d'accompagnement. Mais les joueurs ne peuvent plus s’entraîner car on ne peut pas faire de séances collectives. Tout le monde a subi une baisse de 30 % de son salaire brut et donc ils ont eu de fait une baisse du salaire. Après pour les joueurs on échange dans le cadre de ce chômage partiel pour pouvoir payer en plusieurs fois : une partie maintenant et une partie à la fin du championnat. Mais ça nécessite des autorisations car c’est une adaptation du système du chômage partiel. On ne parle pas de baisse de salaire mais de décalage de salaire pour faciliter notre trésorerie.

Que pensez-vous de l'idée d'un emprunt pour sauver le foot français?

A court terme chacun doit aller voir sa banque et aller chercher les financements mis en place par l’Etat qui devraient nous permettre d'assurer les deux-trois prochains mois maximum dans un premier temps. Après l'objectif de Gérard Lopez et Loïc Féry au sein de la commission de financement, c'est d'aller voir des investisseurs nationaux et internationaux pour mettre en place une ligne de crédit si la crise venait à durer et se durcir ou si dans le futur on était confronté à une autre crise. Mais ce n'est pas un dispositif pour le court terme. Pour le court terme on doit aller chercher d’autres solutions moins onéreuses. Et comme pour toutes les entreprises actuellement, on est au même régime, on va chercher les dispositifs que l'État a mis en place. L’emprunt il faut voir sous quelle forme ça peut être fait car on ne sait pas si la Ligue peut le porter. Ce n'est pas si simple. Le seul objectif des clubs c'est d'aller chercher ses propres financements à des conditions bien meilleures que celles-là. L’objectif de cette commission financement c'est de réfléchir à des solutions dans l'avenir dans le cadre d'un accident industriel.

Il y a des clubs pour lesquels il y a des inquiétudes?

Forcément il y a des entreprises plus en difficultés que d'autres, c'est une évidence. Après je n'ai pas de remontées précises. On a déjà beaucoup à faire avec le Stade Rennais. Ce qui est sûr c'est que moi je reste convaincu qu'on doit se sauver tous ensemble. On est 40 dans la même galère et il faut qu’on s’en sorte à 40. Le foot ça se joue à 20 en Ligue 1 et 20 en Ligue 2 et si on perd des clubs ça va être compliqué. On doit se sauver tous ensemble et travailler tous ensemble dans le même sens.

Vous êtes surpris par les déclarations de Jaume Roures, le président de Médiapro qui se dit prêt à diffuser la fin de saison?

C’est une petite guerre entre diffuseurs. C'est leur business et c'est le marché. Moi j'y vois plutôt un élément rassurant par rapport à ce que Mediapro peut nous proposer. Ça devient plus confortable mais il ne faut pas oublier BeIN et Canal+. Canal est là depuis plus de 35 ans et BeIN nous suit depuis plus de 10 ans. Il faut conserver tous ces partenaires. Ce sont des échanges qui les concernent entre eux. Nous il faut prendre le positif à savoir que Mediapro est prêt à soutenir le foot français. Ça je peux vous dire que pour tout le monde aujourd’hui c'est une bouffée d'oxygène incroyable car certains avaient des inquiétudes qui sont maintenant je pense levées.

Au-delà de l'urgence sanitaire, est-ce qu'il y a un peu de frustration et d'impatience sportive quand on voit la dernière prestation du Stade Rennais?

Forcément vivre la ferveur du Roazhon Park en tant que président du Stade Rennais c'est quelque chose qui me donne une envie féroce de reprendre rapidement. Mais je pense que pour l'ensemble des personnes confinées aujourd'hui retrouver la possibilité de se réunir au stade pour partager un moment d'échange collectif, tout le monde en rêve. Ça serait un soulagement énorme. Malheureusement je crains que ça ne soit pas pour tout de suite parce qu'on parle de beaucoup de personnes réunies au même endroit. Mais je pense que ça fera beaucoup de bien à tous les Rennais, tous les Bretons, de pouvoir venir au stade pour partager des bons moments après cette période difficile.

Le passage par le huis-clos serait la moins mauvaise des solutions?

Encore une fois on doit optimiser cette fin de championnat. L'idéal serait de jouer les dix dernières journées de championnat sur le calendrier prévu avec des stades pleins. C’est encore réalisable. Après on devra s'adapter suivant la situation sanitaire de la France mais on est prêt pour répondre à chaque scénario. Les échanges sont quotidiens avec tout le monde mais à chaque fois que la crise avance un peu plus, d'autres problèmes se révèlent. On trouve des solutions aussi à ces problèmes. Le prochain sujet va être de savoir comment on fait pour poursuivre la saison au-delà du 30 juin d’un point de vue contractuel pour les joueurs en fin de contrat ou en prêt. Mais ça ne dépend pas que de la France, de la FIFA aussi. Il y a quand même des solutions puisqu’un contrat va toujours jusqu'à la fin de la saison et la fin de la saison est habituellement au 30 juin. Mais si la saison se prolonge jusqu'au 31 juillet ou au 31 août mécaniquement on peut imaginer que le contrat se prolonge de la même façon. Il faudra bien entendu l'accord du salarié, ça c'est impératif. Celui qui ne voudra pas ce sera plus compliqué. Mais s'il n'y a pas de période de mercato en face, donc de période d'enregistrement, le joueur qui ne prolongera pas son contrat se retrouvera sans club puisqu'il ne pourra pas s'enregistrer ailleurs s'il s'agit d'une décision internationale. Cette solution permettrait à tout le monde de finir avec l'effectif qui était le sien au soir de la 28e journée. C'est le bon sens qui l'emportera avec l'objectif de préserver l'équité sportive.

Propos recueillis par Pierre-Yves Leroux