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Riolo : « La L1 sera bien taxée… »

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

François Hollande n’a donc rien cédé. L’application aux clubs de foot de la taxe à 75% sur les très hauts revenus est maintenue. La grève aussi…

Pour une fois que, sur un sujet, il avait l’opinion avec lui, le gouvernement n’allait pas céder. Même si ça aurait été plus intelligent. Mais dans une période noire, quand on ne sait plus quoi faire, on s’accroche à la seule branche qui reste. Cette branche, c’est donc celle de la démagogie, du symbole. Et peu importe la vérité finalement.

Au début, durant la campagne présidentielle 2012, les « supers riches » devaient payer. Nouvelle tranche, 75%. Parmi ces ultras privilégiés, les joueurs de foot. Bien ou pas, le débat n’est pas là. Reste que le Conseil constitutionnel n’a pas trouvé ça bien. La mesure symbolique visant le grand méchant riche à la poubelle, il fallait trouver autre chose. Le joueur ne paye pas, alors on va taxer le club. Indirectement, c’est le joueur. Celui à qui on ne donnera plus un salaire jugé par l’opinion exorbitant.

Au début du mandat Hollande, on a beaucoup parlé des « riches » qui devaient fuir la France et ses impôts. Les enquêtes ont montré que la menace était assez exagérée. On a peut-être gardé cette idée en tête au moment de répliquer à ceux qui diraient que les joueurs moins payés s’en iraient ou ne viendraient pas. Le problème, c’est que pour le foot, ça pourrait bien ne pas être exagéré. Le marché du joueur est en effet de plus en plus mondialisé et le footeux ne rechigne plus à s’exiler sur des terres, encore récemment, qualifiés d’exotiques en matière de foot (Chine, Ukraine, Russie…) En gros, les forts dans les gros championnats, les moyens ailleurs.

Comment contester que l’attractivité et la compétitivité ne seront pas mises à mal par cette taxe ? Cet impôt nouveau avantage donc le club riche, celui qui peut payer (PSG) au détriment du moyen. Le petit est lui épargné car il n’a pas de gros salaires chez lui. N’allons pas plus loin. Il ne sert à rien de faire un inventaire du non-sens de cette taxe (sa rétroactivité étant de loin son côté le plus injuste).

On a compris qu’il s’agissait pour le gouvernement de ne rien lâcher du symbole sur l’un des rares thèmes qui lui permet de se rapprocher d’une opinion mal intentionnée à son égard. La justification majeure qui ressort du communiqué de l’Elysée est que cette mesure doit ramener les clubs à la raison en matière salariale. Loin de la raison, c’est la punition. On voit bien là qu’on est très, très éloigné de l’idée de départ, puisque non seulement on ne va plus taxer le riche, mais qu’en plus puisqu’on ne doit plus le payer « trop », il s’en ira ou ne viendra plus…

Au final, les clubs vont donc payer. Grève ou pas. Petit à petit, l’opinion comprendra la supercherie. Il faudrait qu’elle comprenne aussi que, derrière l’argent qui paraît-il coule à flot, il y a beaucoup d’emplois. Il y a aussi un milieu pas si abject que ça. La répartition solidaire des droits TV, les nombreux millions reversés au foot amateur prouvent que le diable n’habite pas à la LFP. Reste que les sommes que vont devoir lâcher les clubs ne sont pas astronomiques et il faut bien dire que les clubs ont également exagérés en annonçant des « morts ».

Et si, pour finir, on revient au foot, souhaitons que face à cette nouvelle mesure, les dirigeants gèrent mieux leur club. Qu’ils aient des idées de recrutement plus fines. Qu’ils ne donnent plus des salaires de dingues à des joueurs médiocres. Bref, on attend une réponse intelligente à l’expression pure de ce qu’est la démagogie…

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La rédaction