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Riolo : « Le cas Sagnol… »

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Retour sur les propos de Willy Sagnol…

C’est donc reparti pour une enfilade d’indignations. SOS Racisme, Thuram, la LICRA, le MRAP… Pape Diouf est attendu dans la journée. Claude Le Roy a déjà parlé. La sphère « société » est en alerte, le politique aussi.

« Allo, oui, c’est pour une indignation en direct ». L’orchestre est en place, musique… Malheureusement pour Sagnol, ça va plutôt être un tribunal. Celui de la bien-pensance, des trucs à dire et à ne pas dire. Après une bonne leçon de morale, les têtes tombent et Sagnol paiera pour racisme.

A minima, le coach des Girondins a donc été maladroit. Pour d’autres, il a tenu des propos scandaleux.

Mais qu’a-t-il dit au juste ?

Evacuons le cas de la CAN : tous les entraîneurs en Europe sont confrontés au problème. Qui a envie de voir la moitié de son équipe partir 2 mois ? Est-ce mal de penser, au moment où on construit une équipe, que d’avoir trop de joueurs susceptibles de disputer la Coupe d’Afrique est un handicap ? Ce raisonnement peut donc conduire à limiter le nombre d’Africains dans un groupe. Est-on face à une logique de quotas ?

Ensuite, les préjugés sur le physique. En l’occurrence, il ne s’agit pas d’une maladresse, mais juste d’une erreur. Pour avoir un « rendu solide » dans une équipe, la France du foot a toujours pensé que le grand black était une garantie. Aller les chercher dans des pays historiquement liés à la France était une facilité. Eh oui, ça ne coûtait pas cher. Beaucoup de coaches français ont travaillé au Sénégal, Mali, Côte-d’Ivoire, Cameroun… Des formateurs français bossaient dans ces pays. Bref, le lien a toujours été évident. Et le fait d’insister sur le travail physique, de vouloir ce type de joueurs, c’est une réalité. Une habitude. On a fait ça pendant des années à la DTN. Combien de formateurs, d’éducateurs expliquent le foot en disant : « Un grand noir derrière et un en attaque et tu gagnes ! » Si la France avait eu des liens historiques avec la Norvège, on aurait peut-être eu un tas de grands blonds en L1. Le rendu physique aurait été identique.

Mais à quel moment Sagnol a dit qu’un joueur Africain ne pouvait pas être technique ou pire, intelligent ? Il faut se méfier ses sous-entendus mal… entendus. Ne perdons pas de temps à faire des listes de joueurs, ça serait-là une vraie maladresse, une bêtise surtout. Quand Jean-Marc Guillou développe un projet d’académie et apprend vraiment le foot aux jeunes en Côte-d’Ivoire, ça marche. Evidemment.

Mais le foot français adore les raccourcis. Le travail mal fait et les petites économies aussi.

Là où les pros de l’indignation deviennent exaspérants, c’est quand dans la chasse aux préjugés, ils en viennent à vouloir nier les différences culturelles. Ce sont celles-là qui enrichissent un groupe comme le dit Sagnol, justement.

Allez dire à un footeux Camerounais qu’il est comme l’Ivoirien ! Vous allez voir qu’on manie mieux qu’ailleurs les préjugés en Afrique. L’indigné Claude Le Roy explique ça très bien quand il n’enfile pas son habit de donneur de leçons. Le rapport au travail, à la discipline, à la rigueur, à l’exigence n’est pas le même dans ces deux pays d’Afrique. C’est verser dans la généralité raciste que de dire ça ?

On colle un Sicilien et un Suédois dix fois de suite devant le même feu rouge. On prend le pari sur celui qui va avoir le plus envie de le griller ? Dans ce cas, cessons toutes les enquêtes économiques du genre « Les français consomment plus de fromage que les Allemands… »

Les Allemands, tiens, parlons-en. Tous ceux qui s’offusquent des propos de Sagnol sont les mêmes qui viennent expliquer que depuis que la sélection s’est ouverte aux personnes originaires de pays étrangers, elle est plus agréable, fréquentable. Mais oui, bien sûr, avant, l’Allemand, c’était un grand blond, limite nazi au jeu bien bourrin. Avec un Turc dans l’équipe, c’est mieux. Plus de fantaisie, de technique. C’est pas scandaleux ça ? Mais ça, ça ne gêne personne.

Et l’Italien roublard ? Arrigo Sacchi, maître entraîneur, a fait mille chroniques sur la culture du foot italien, défensif et roublard. Et alors ? Pourquoi nier les différences culturelles ? Lui-même a participé à changer ça. Le naturel est souvent revenu au galop d’ailleurs.

Alors, c’est quoi le problème ? La généralité du propos ? Eh bien, laissons le temps à Sagnol de préciser sa pensée. Le problème c’est qu’immédiatement, la contagion émotionnelle se propage. Elle rend facile un état collectif négatif. On ne discute plus, on condamne.

Aujourd’hui, les meilleurs joueurs Africains ne viennent plus en France. Trop chers. Même eux, eh oui ! Et puis, dans les pays « proches », la formation française a fait des dégâts. L’idée du grand noir costaud, on a fait ça en import/export. Le grand noir qui devait être une copie de Desailly ou Thuram, le « rebeu » qui forcément tripote, copie de Zidane, voilà la politique, la pensée foot qui a prévalu chez nous pendant des années depuis 1998 ! Et ça, c’est certainement plus scandaleux ! Cette « pensée » a conduit à une ghettoïsation de notre football. La supercherie « Black-Blanc-Beur »a gagné. Les mêmes qui condamnent les préjugés mais qui mettent en avant sans cesse la diversité. Joli paradoxe ! Eh oui, c’est une généralité quantifiable et vérifiable, le foot français depuis la base est plutôt « Black-beur ». Les « prototypes » ont été créés par la DTN. Mais plus haut par une idée politique de promotion de la diversité. La République n’existe plus, le communautarisme est en place.

Ce processus sociétal donne lieu aujourd’hui a une politique de quotas non avoués mais qui existent bien dans notre foot. Et là réside le vrai scandale. C’est ce communautarisme qui débouche sur des préjugés, pour le coup, réellement nauséabonds.

Se contenter d’une position morale, empêche d’aller voir ce qu’il se passe vraiment. Sagnol ouvre sans le vouloir un débat. Pas sûr malheureusement qu’on le pose et qu’on aille plus loin qu’un jeu de postures. Marshall Mac Luhan disait : « l’indignation morale est le chemin facile pour la dignité »… Les pourfendeurs de Sagnol devraient méditer deux minutes avant de banaliser le racisme, de le tordre dans tous les sens au point de le vider de sa réelle substance. Avant de tomber dans des accusations indignes.

Daniel Riolo