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Riolo : « Thauvin, la belle histoire de l’été… »

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

Retour sur le feuilleton Thauvin...

Pas le premier, pas le dernier. Le foot est habitué à nous offrir des scènes qui suscitent ce goût amer, cet arrière-goût nauséeux. Joueurs ou coaches qui partent après avoir promis que non. « Bras de fer » club/joueur, prédominance de l’éco sur le sportif. Régulièrement notre envie de romantisme prend une claque dans la tronche. Et on nous ressert la tarte à la crème du foot comme avant qui n’existe plus. Les fameuses valeurs dont on ne sait jamais la définition sont là en embuscade.

Je ne vais pas vous faire à un aggiornamento afin de vous prouver qu’il n’y a pas grand-chose de neuf dans l’affaire Thauvin, ce n’est pas très utile. Avec un minimum de mémoire, vous pourrez faire ça tout seul.

Et pour ce qui est du romantisme tant recherché ou regretté dans le foot, n’est-on pas là, justement, devant un cas qui montre à quel point le foot reste romantique ? Un joueur qui promet, qui se renie, un entourage fait de types louches, des clubs qui veulent en profiter et défendre leurs intérêts au mépris de la plus élémentaire des règles éthiques. C’est pas une belle histoire ça ? Après chacun juge de qui est le gentil, le méchant, le droit, le retors, l’ambiguë, le louche…

Aujourd’hui le joueur apparaît donc comme le « méchant ». Mais comme il est jeune, footeux, il n’est forcément pas très malin. Alors il est plutôt dans la catégorie méchant un brin idiot, à la merci de types qui pensent pour lui. Le problème, c’est que rien ne dit que ces types-là soient plus malins que le joueur. Et pour dire jusqu’à quel point Thauvin a perdu la tête, il explique vouloir aller absolument à Marseille parce qu’il aime ce club tout en oubliant que plus jeune encore, il préférait le PSG ! Bref, ça nous fait pas une belle pub pour la jeunesse ça ! 

Soyons sérieux deux minutes, rien dans les arguments du joueur ne tient la route. « Je voulais jouer avec Rudi Garcia, j’ai changé de statut, je veux plus de blé, on m’avait dit que oui mais non »… Tout cela est irrecevable. On lui avait dit qu’il devait jouer à Lille, il avait signé, il joue et c’est tout !

Mais là où le joueur trouve une faille cette fois valable, c’est quand il observe que dans son dos, les clubs (Lille et Marseille) auraient pu se mettre d’accord ! Quand il voit que finalement, tout était une histoire de blé. Et si tout est une affaire d’argent, alors pourquoi lui faire des reproches qui tiennent plus de la morale ? Permettez un cliché, mais les deux sont rarement compatibles. En gros, le joueur reste un produit et si dans son dos on se met d’accord alors on accède à ses désirs ? On a le droit de trouver ça perturbant puisqu’il s’agit d’un homme et pas d’un produit en sens premier du terme.

Dans cette affaire, Lille dit non, puis ouvre quand même la porte, la referme tout en laissant la fenêtre ouverte. Marseille entre, propose un chèque. Pas assez rétorque Lille. Marseille offre plus. L’affaire prend des allures qui mettent en jeu l’image, la com’, donc on se raidit. Le LOSC claque la porte vraiment définitivement. Pour de bon. Cette fois c’est non ! Mais non de non… A moins d’une proposition démesurée. Vous conviendrez que ça ne fait pas très sérieux ? C’est quoi la démesure ? L’indécence ? La règle, c’est donc que le foot accepte l’indécence alors ?

Et l’OM qui tel un VRP multicartes laisse sa chaussure dans la porte pour la bloquer et fait le tour pour rentrer par la fenêtre, c’est catégorie « gentil » ? « Je n’ai rien à me reprocher », dit Labrune. « On est propre », réplique Seydoux ! S’ils le disent…

Au final, les deux clubs semblent devoir en rester là (méfions-nous quand même). Seydoux et Labrune en rigoleront dans quelques semaines dans une réunion LFP en se tapant dans le dos. Pendant ce temps-là, on ne saura pas où sera Thauvin, la tête à l’envers.

Entendons-nous bien, je ne fais pas de ce joueur une victime, loin de là. Ignorance ou pas, entourage défaillant ou pas, il est responsable de ses actes et choix. Les clubs, eux, n’ont rien fait d’autre que d’entretenir le mythe Dallas de l’univers impitoyable. Et dans ce monde-là, il vaut mieux savoir s’entourer, savoir ce qu’on peut faire ou pas, être armé pour la bataille. Assurément Thauvin et son tonton boucher ont vite été totalement débordés.

L’affaire Thauvin, c’est finalement assez banal. C’est même assez romantique. Juste le reflet du foot, de beaucoup de ses aspects. Si j’étais publicitaire j’en ferais un slogan : « Thauvin, that’s football !!

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