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Riolo : « Ultras : In ou Out ? »

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

Retour sur le débat autour des Ultras qui a repris vie depuis les débordements à Nice lors de la 14ème journée.

Vous avez lu l’ITW de Johnny Rotten dimanche dans l’Equipe ? Pour les incultes, Johnny n’est pas le grand frère de Jérôme. C’est l’ex-leader des Sex Pistols. Ex-punk, ex-rebelle, ex-je vais tout casser dans ce monde de merde. Depuis ses années glorieuses, Rotten est passé de la marge au centre. Il s’est finalement accommodé du monde et de sa merde. Lui et son groupe sont devenus une Institution au patrimoine de l’Angleterre. Il pourrait presque prendre le thé avec la Reine. Enfin si elle l’invitait. Ça doit le faire gerber, Johnny d’être devenu une institution, un emblème national. Putain de système qui récupère et recycle tout. On vend même des tee-shirts Sex Pistols ! Le business, beurk ! Manquerait plus que des conservateurs écoutent ses vieux vinyles en se rappelant de l’époque où ils se lavaient une fois par mois.

Je ne sais pas avec qui il traîne dans son salon Johnny, mais il a reçu un journaliste français pour parler foot. Le résultat est à la hauteur… du comptoir. Une bonne vieille dose de nostalgie puante, de c’était mieux le foot d’avant, celui sans oseille (enfin pas autant qu’aujourd’hui, enfin mieux quoi). Celui des pauvres qui allaient au stade. La bière et tout le folklore. Forcément ce fan d’Arsenal regrette Higbury et chie sur l’Emirates Stadium. Hier au stade, on voyait les bons, aujourd’hui n’y vont que les crétins. On entend ça partout, même chez nous. Les bons supporters d’Arsenal, ceux d’avant, n’étaient pas les plus chauds, mais c’était pas non plus les petits chanteurs à la croix de bois. Au Printemps 1994, autour du Parc des Princes après quelques bières, ils ont vidé un resto en sortant à coup de pompes les clients. Puis les Parisiens sont arrivés. A la place de la bière, c’est le sang qui coulait. Je t’assure que c’était top Johnny, vraiment. Adrénaline pure. Ça sentait le prolo, pas l’oseille. Deux bandes face à face et une succession de scènes surréalistes. Des chants antiprotestants !! Et un même un « Je vous salue Marie » balancé à la gueule des Anglais. Dingue non ? Hallucinant oui !! Je te sers pas d’autres histoires de ce genre, il y a des rayons entiers dans les librairies anglaises de ce genre de récits.

T’as raison Johnny, avant c’était bien le foot, surtout la Coupe d’Europe. On appelait ça les belles soirées. Des scènes comme ça, j’en ai vu beaucoup lors des fameuses grandes soirées. Bon, ça marchait aussi lors des petites, quand une voiture immatriculée 13 pouvait se faire retourner. Le folklore Johnny, rien d’autre. Comme quand un jour d’OM/PSG reporté à la dernière minute, on a vu un bout de ville en feu. Tu sais qui était coupable ? Le boss de la LFP pardi ! Il n’avait qu’à pas annuler le match aussi tardivement. Et je te jure que cet argument a été avancé. Les médias ont relayé ce genre de propos d’une stupidité sans nom !

Mais toi au moins Johnny, tu ne te caches pas. Toi au moins t’es honnête. A la fin de l’ITW, tu le dis : « Les Hooligans sont les seuls du monde du foot que je peux embrasser (…) C’était une opportunité de foutre le bordel et de ne pas respecter les règles, fantastique ». Oui Johnny, c’est, c’était énormissime ! Au train où vont les choses, je crois que dans pas longtemps, la « hool attitude » pourrait devenir hype. Le « système » est capable de tout…

Le pire, c’est que cet ITW va évidemment trouver un écho favorable dans le contexte actuel. Dans le débat autour des Ultras. Ah non, c’est pas pareil ! Rien à voir. A Nice, c’était des Hools ou des Ultras ? Peu importe, c’est de la faute de la sécu, même pas foutu d’organiser l’accueil ! Rengaine insupportable. Et à Varsovie, c’était des hools ou des Ultras la semaine dernière ? Un jour à Milan, un Interiste m’a dit que rien ni personne n’arrêtera jamais le mouvement. Que s’il le fallait, il irait jusqu’à Istanbul pour mourir tranquille !

En faisant le tour du pays Ultra, j’ai tout vu et j’ai entendu à peu près le même discours. Je n’avais pas forcément besoin d’aller en Italie pour apprendre ça. C’est jamais de leur faute, toujours les pouvoirs publics. Toujours l’autre. Et tout acte violent est toujours une réponse à une provocation. Evidemment.

Dans le débat actuel, je n’en veux pas absolument pas aux Ultras. Ceux qui le sont et vivent le mouvement réellement, savent tout ça. Ils ne nient pas la violence, ne nient rien du reste. Ils veulent vivre leur aventure et se défendent au moment où leur existence est menacée. Non, le pire ce sont les donneurs de leçons de salon. Ceux pour qui les Ultras, ça se résume à la lecture de « Génération Supporters ». Les nostalgiques de bazar. Mais il y a encore pire. Les médias qui, soucieux de mettre une dose de politique là-dedans, de cracher sur le fric font des assimilations grossières. Comme si le seul contrepoids au foot-bizz, c’était l’Ultra. Comme si ce qu’il y avait derrière, le côté obscur, c’était le prix à payer du combat contre le foot-bizz, contre le vilain « argent » ! Ils ne se rendent même pas compte que finalement c’est comme si on disait que le foot popu était équivalent à foot violent ! Ils proposent quoi ces bénis oui-oui du foot aux valeurs paraît-il de gauche, pour régler le problème des Ultras ? Eux qui veulent un foot popu, un vrai foot. A part dire, « faut pas mettre tout le monde dans le même sac », ils disent quoi ? Et moi, je dis quoi ? Que tout le monde se regarde dans une glace. Que chaque Ultra analyse ce qu’il veut vraiment. Aujourd’hui la question est simple, c’est celle d’aller ou non au stade. Le mouvement est-il capable d’être représenté ? Peut-il, veut-il, dialoguer, afin d’organiser des déplacements de façon humaine et pas « bestiale » ? Renonce-t-il à son radicalisme ?

Sans des réponses positives, alors, ce sera la fin. Elle est annoncée. La fin d’une liberté usée jusqu’à la corde pendant des années de « belles soirées ».

Et en attendant, si les donneurs de leçons, les nostalgiques du soi-disant vrai foot, les supporters de 25 ans qui ont paraît-il déjà tout vu, les journalistes complaisants qui ont toujours regardé les matches à la télé, si tous ces gens-là pouvaient FERMER leur gueule, ça serait déjà un bon argument dans le débat…

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Daniel Riolo