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Saint-Étienne: sous l'impulsion de Puel, les Verts changent tout... et ça va se sentir

La direction de l'AS Saint-Étienne a donné le champ libre à Claude Puel pour entreprendre une transformation en profondeur du club sur le plan sportif. Le projet doit être mené en trois ans et devra résister aux remous qu'il cause parfois dans le vestiaire et au risque d'un manque de résultats immédiats.

Les dirigeants stéphanois s’étaient faits discrets depuis la conférence de presse lunaire de présentation de Claude Puel et de Xavier Tuilot, au cours de laquelle ils avaient écorché Ghislain Printant pour mieux justifier leur décision (quitte à mettre l’élégance de mise dans de telles situations de côté). Depuis, l'ex-coach de Leicester a pris les rênes de l’équipe fanion. Mais aussi du club, au point d’intégrer le directoire de l’AS Saint-Etienne. Son arrivée a été suivie d’une période faste de neuf matchs sans défaite, puis d’une autre bien moins reluisante qui se poursuit aujourd’hui.

À l’occasion des vœux de l’ASSE aux partenaires, le président Roland Romeyer a repris la parole publiquement, reconnaissant les difficultés actuelles de son équipe dues aux nombreuses blessures. Mais les absences de certains, dans un effectif de plus de 30 joueurs professionnels; ne peuvent constituer la seule explication.

Le vestiaire partagé

Roland Romeyer a alors glissé une autre hypothèse: celle d’une restructuration en profondeur du club et de l’équipe première impulsé par Claude Puel. En choisissant le Castrais, les dirigeants de l’ASSE admettent avoir choisi un profil à l’opposé des entraîneurs précédents. Ghislain Printant, Jean-Louis Gasset et Christophe Galtier étaient autant de coachs que l’on pourrait qualifier de paternalistes, proches de leurs cadres et gestionnaires d’ego. Claude Puel, lui, est en opposition avec cette philosophie. Il se pose en patron, tranche dans le vif et ne se préoccupe que des performances, pas des états d’âme.

Cela crée forcément des remous, dans un vestiaire partagé entre la reconnaissance de la récompense au mérite et l’aigreur de voir certains statuts, alors intouchables, remis en cause. Claude Puel n'a hésité à lancer Maxence Rivera qui avait signé pro, sous son impulsion, quelques jours plus tôt face à Paris, laissant des joueurs d'expériences sur le banc. Idem avec Charles Abi, lors du derby et les exemples sont nombreux.

Une fin de saison sacrifiée?

Bernard Caïazzo, sous la casquette de président du syndicat Première Ligue, a lui aussi pris la parole et évoqué la situation de son club. Il a, de la même façon, assumé que la restructuration du club sous l’impulsion de Claude Puel allait engendrer des périodes de remous et que les Verts étaient en plein dedans. 

De là à sacrifier cette fin de saison? Si Bernard Caïazzo s’en défend, difficile pourtant d’imaginer qu’il puisse être autrement: quand on initie un projet à l’opposé de ce qui a été fait pendant dix ans et que ledit projet doit porter ses fruits sur trois ans, sa mise en place ne peut se faire en un jour. 

L’ASSE veut pouvoir résister aux offres importantes

L'AS Saint-Étienne ne doit donc pas nécessairement s’attendre à retrouver de sitôt le haut du tableau, même si les retours de blessure feront du bien. Le club se lance dans un nouveau projet à moyen terme (trois ans donc), où l’objectif sera de composer une équipe constituée d’un tiers de joueurs d’expérience, d’un tiers de joueurs formés au club et d’un tiers de jeunes joueurs recrutés et post-formés chez les Verts.

Autre objectif notable: ne pas forcément casser sa tirelire sur le marché des transferts, mais garder les reins suffisamment solides pour pouvoir résister aux offres du marché. En clair, être capable de refuser une offre comme celle acceptée l’été dernier pour William Saliba (30 millions d'euros à Arsenal) s'il est estimé que le joueur vaudra encore plus un an ou deux ans plus tard. Un changement de cap là aussi, puisque l’ASSE a longtemps accepté de se séparer de ses meilleurs éléments à la première offre juteuse (Ghoulam, Gulavogui, Gomis, Aubameyang, Gradel, Zouma, Selnaes, etc.) pour les remplacer par des joueurs moins huppés.

Lors de ses vœux, Roland Romeyer a enfin admis avoir atteint sur le plan financier "un plafond de verre". Dans ce genre de situation, on peut soit constater ce plafond de verre, soit essayer de le perforer. L’impulsion de Claude Puel et les généreux droits télés à venir doivent permettre de l’exploser... en théorie.

Timothée Maymon et Edward Jay