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Taxe à 75 % : la parole est à la défense

Bernard Caïazzo, président de l'ASSE.

Bernard Caïazzo, président de l'ASSE. - -

A la veille de la rencontre à l’Elysée entre François Hollande et les représentants du foot français, les opposants à la taxe à 75 % fourmillent d’arguments. Passage en revue des quelque points qui seront débattus.

25 000 emplois en danger

« C'est plus qu'inquiétant, estime Jean-Pierre Louvel, le président de l’UCPF (le syndicat des clubs professionnels). Ce n'est pas simplement inquiétant pour les clubs, c'est inquiétant pour tout ce que cela représente, toute la filière, les 25 000 emplois, les administratifs dans les clubs dont on ne parle jamais mais qui aujourd'hui sont aussi des smicards, des gens qui peuvent être inquiets pour leur emploi. Regardez ce qu'il se passe au Mans et à Sedan, les joueurs et les entraîneurs retrouvent des emplois, mais les administratifs, qu'est-ce qu'ils deviennent ? Ils ne sont pas aujourd'hui suffisamment en possibilité de s'exprimer. Ce que nous disons aujourd'hui leur permet aussi à travers ça de s'exprimer et de dire attention. »

La survie de certains clubs en jeu

« Quels clubs français sont dans des situations d'être riches ? s’interroge Bernard Caïazzo, président de Saint-Etienne et vice-président de l'UCPF. A part le PSG et Monaco, ça n'existe pas. Tous les clubs français sont en graves difficultés. Nous, on aime le football, on n’a pas envie de décliner, on n’a pas envie de péricliter, on n’a pas envie de vivre ce que des clubs comme Sedan ou Le Mans ont vécu. Mais cette taxe risque d'envoyer par le fond le foot français. »

Non à la rétroactivité !

« C'est un danger énorme pour l'équilibre économique, insiste Michel Seydoux, président de Lille. On ne peut pas la payer, on n’a pas prévu de la payer. Elle est rétroactive en plus, comment voulez-vous prévoir quelque chose qui n'existe pas ?! Demain matin, on va vous demander de payer un impôt que vous n'avez pas prévu. Vous allez faire quoi ? Vous allez le payer ? Et si vous n’avez pas les sous pour le payer, vous faites quoi ? Vous n’allez pas vous mettre en faillite personnelle ! On est dans un cas incroyable où on demande de payer quelque chose que l'on ne pouvait pas imaginer à l'avance. »

Le risque de voir des talents s'exiler

« Si j'avais su lorsque j'ai établi mon budget que j'ai déposé à la DNCG au mois de mai de l'année dernière, j'aurais peut-être vendu d'autres joueurs, lâche Michel Seydoux. Donc le football serait encore plus pauvre. Car ce que les fans doivent comprendre, c'est qu'aujourd'hui, certains clubs pour payer cette taxe doivent se séparer de talents, et bien sûr des meilleurs car ce sont eux qui sont par définition les plus chers. »

Le foot est déjà bon payeur

« Je crois que le foot a toujours montré qu'il était solidaire, rappelle Jean-Louis Triaud, le président des Girondins de Bordeaux. La taxe Buffet, 5%. 130 millions de revenus pour le foot amateur à travers la FFF. 19% de la L1 redistribués auprès de la L2. L'état doit percevoir près de 800 millions d'euros issus du foot, plus que nos droits TV. Nous sommes solidaires et nous voulons être solidaires mais à un moment, quand on nous taxe alors que l'on fait des efforts considérables pour améliorer nos comptes, que l'on essaie de sortir la tête de l'eau, que l'on ne peut pas conserver nos joueurs, qu’on est toujours en déficit, c’est curieusement à ce moment où l'on fait des effort qu'on en rajoute une couche. »

Des comptes d'exploitation fragilisés

« Une règle qui vient s'appliquer aux contrats en cours a un effet complètement injuste parce que elle interdit aux clubs de foot de prévoir la mesure, précise François Ponthieu, ex-patron de la DNCG (Direction Nationale de Contrôle et Gestion). Elle les force aussi à modifier en cours d'exercice leur budget alors que l'on sait très bien qu'à la DNCG, par exemple, on impose de faire des plans sur 3 ans en essayant d'avoir le maximum de prévisions possibles sur les produits et les charges à venir. Je pense donc que c'est totalement injuste que de leur imposer une mesure qui va avoir des effets très graves et qui va fragiliser leur exploitation. »

La rédaction