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Téléfoot: le sniper Paul de Saint Sernin raconte les coulisses de son aventure

C’est l’une des grandes révélations de la chaîne Téléfoot, qui a diffusé dimanche soir sa dernière émission. Après des débuts timides en plateau, Paul de Saint Sernin s’est lâché au fil des semaines en multipliant les punchlines impertinentes auprès des acteurs de Ligue 1. Au point de voir sa notoriété exploser. L’humoriste de 29 ans, également journaliste sportif, se laisse désormais le temps de la réflexion pour se trouver un nouveau terrain de jeu.

Un rire spontané s’échappe de son masque de protection. Pris de court par la tournure de la question, Thomas Tuchel perd son air sérieux face à cette blague sortie de nulle part. "Qu’est-ce qui est le plus probable, que Messi vienne au PSG ou que Mediapro paye les droits de la Ligue 1?", vient de lui demander Paul de Saint Sernin sur le plateau de Téléfoot, ce dimanche 13 décembre 2020. Malgré la défaite à domicile de son équipe face à l’OL (0-1), le coach du PSG répond avec amusement: "Bonne question, bonne question". Dans la foulée, l’humoriste interpelle Rudi Garcia, l’entraîneur lyonnais: "A votre avis, qui va perdre son travail en premier, vous ou moi?" A peine diffusées, les séquences sont reprises partout sur les réseaux, à l’heure où le fiasco Mediapro se dessine et l’avenir de Téléfoot s’assombrit dangereusement. De quoi booster la notoriété de Paul de Saint-Sernin. De manière spectaculaire.

Le soir-même, il reçoit des appels de producteurs, des messages de joueurs, des approches du monde du cinéma. Michel Denisot l’adoube sur Twitter. Plusieurs papiers lui sont consacrés les jours suivants dans la presse. Ce tourbillon lui offre un nouveau statut aux yeux du grand public. Et le conforte dans l’idée de se lâcher totalement lors de la fin de l’aventure Téléfoot. Quelques jours plus tôt, l’un de ses rédacteurs en chef, croisé au hasard d’un week-end de repos, l’avait d’ailleurs invité à le faire. Lui n’attendait que ça. Après une période assez timide, isolé sur un pupitre, excentré du reste du plateau, le jeune vanneur trouve pleinement sa place aux côtés des journalistes et des consultants.

Le porte-parole officieux de la rédaction

Il devient même une sorte de porte-parole face à l’incompréhension et la colère qui gagne la rédaction. "A ce moment-là, j’ai vraiment obtenu un rôle, une légitimité. Je suis devenu celui qui peut dire ce que les autres ne peuvent pas", se rappelle-t-il. Encouragé par ses collègues, félicité par ses responsables, il prend de l’assurance et distribue les punchlines au fil des émissions. Avec toujours plus d’impertinence. Sans forcément les préparer en amont. "Je suis meilleur quand je fais de l’impro que quand j’écris", estime celui qui a démarré il y a quelques années en écumant les bars parisiens pour participer à des scènes ouvertes et "faire des blagues devant quinze mecs bourrés qui ne se marrent pas". Avant d’intégrer la troupe du Paname Art Café, celle du Comedy Club et d'effectuer quelques tournées, en passant par des Zenith et l’Olympia.

De quoi se faire connaître dans le monde de l’humour. Avec l’espoir d’y associer un jour sa passion du foot. Car Paul de Saint Sernin a démarré en tant que journaliste sportif, en travaillant pour Canal+, Infosport+, Itélé, L’Équipe 21 ou RFI. Avant d’élargir sa palette en devenant animateur sur la chaîne Non Stop People, puis chroniqueur pour plusieurs émissions, comme "Le Petit Journal" (lors de la présidentielle de 2017), "La case en +" ou "Clique". Lorsqu’il apprend la création de Téléfoot l’an passé, c’est lui qui postule. "Je leur dis que je ne suis pas le meilleur journaliste foot ni le meilleur humoriste, mais que je peux faire les deux", résume-t-il.

Une adaptation un peu compliquée

Bon manieur de ballon, celui qui évolue comme milieu de terrain au Media FC (une équipe de foot loisirs composée en partie de journalistes), propose de se rendre dans les clubs pour tourner des sujets décalés. Il sera finalement embauché comme "sniper" en plateau. A la pige. Mais le baptême n’est pas simple et Paul déchante un peu les premiers mois. "L’adaptation a été compliquée à cause de l’absence de public. Je devais faire des blagues en direct, sans connaître les autres membres de l’émission. Heureusement, Mathieu Bodmer, Smaïl Bouabdellah, Julien Brun ou Anne-Laure Bonnet ont souvent ri, même quand ce n’était pas toujours très drôle. Ça a évité les silences. Je leur en suis vraiment reconnaissant. Ils ne m’ont pas laissé en galère."

Paul, que beaucoup prennent à tort pour le fils de l'ancien président du Stade Rennais Frédéric de Saint-Sernin (ils sont cousins éloignés et se sont rencontrés pour la première fois il y a une dizaine d’années), doit également composer avec une ligne éditoriale bienveillante à l’égard du monde de la L1. "On ne m’a jamais demandé de ne pas faire quelque chose, mais j’ai senti par moi-même qu’on marchait un peu sur des œufs. Il ne fallait pas créer une mauvaise relation avec les clubs", se rappelle ce grand admirateur d’Hatem Ben Arfa. Le concept ne déplait pas forcément à l’artiste originaire des Hauts-de-Seine, qui aime "rires avec les gens, mais pas rire des gens".

Des retours positifs de Garcia, Aulas ou Galtier

Une nuance qui lui permet de trouver le ton juste pour interpeller les acteurs du championnat. Et de nouer avec eux une relation spéciale. "J’ai eu pas mal de retours positifs après les émissions, de Rudi Garcia ou Jean-Michel Aulas par exemple. Christophe Galtier aussi, quelle bombe de mec! Il a toujours eu un mot sympa pour moi." Malgré ses remarques parfois piquantes, comme lorsqu’il a titillé Jacques-Henri Eyraud sur son "supposé amour du PSG", Saint-Sernin n’a jamais reçu de messages désagréables. Ni de mise en garde. "Une fois, j’ai fait une blague à Ander Herrera en lui demandant: ‘Comment on dit ‘paye les droits’ en espagnol’, mais il n’a pas trop compris. On m’a fait savoir après qu’il était désolé de ne pas avoir pu interagir."

Une autre fois, c’est Raymond Domenech qui n’est pas entré dans son jeu lorsqu’il l’a taquiné sur la manière d’élaborer ses compos. Rien de bien méchant. D’une manière générale, Paul de Saint Sernin a été largement apprécié par ses interlocuteurs. En témoigne le petit hommage que lui a rendu Kylian Mbappé après le 100e Classique entre le PSG et l’OM. Lorsque Paul lui a lancé "Bon, tu prolonges quand?", le champion du monde 2018 lui a répondu en riant: "Toi, tu ne vas pas me manquer."

Attiré par le monde du cinéma

C’était lors de la dernière soirée de Téléfoot. Il y a deux jours. Depuis, le téléphone de Paul est régulièrement en rade de batterie. Approché par plusieurs médias, le punchliner au look de gendre idéal fait l’objet de nombreuses sollicitations. Mais le jeune homme, marié et posé dans la vie, veut se laisser le temps de la réflexion avant d’accepter un nouveau challenge. En conservant au maximum la liberté de ton qui a fait son succès. Attiré par le cinéma, l’héritier de l’école "Julien Cazarre" (un modèle à ses yeux) a récemment passé plusieurs castings pour des films ou des séries. A bientôt 30 ans, il ressort en tout cas grandi du crash de Téléfoot. Avec une belle ligne droite à tracer devant lui.

https://twitter.com/AlexJaquin Alexandre Jaquin Rédacteur