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Thiriez : « Le PSG et Monaco, c’est un peu trompeur »

Frédéric Thiriez, le président de la LFP

Frédéric Thiriez, le président de la LFP - -

EXCLU. Frédéric Thiriez était l’invité de RMC et BFM TV. Pour le président de la LFP, les investissements étrangers en Ligue 1 sont une excellente nouvelle. Mais derrière le PSG et Monaco, les autres clubs souffrent.

Frédéric Thiriez, l’argent coule à flots sur la Ligue 1 avec le PSG et Monaco. Est-ce une bonne chose ?

C’est un peu trompeur. Il y a de l’argent qui arrive dans deux grands clubs, heureusement. Pour autant, la situation économique reste assez difficile dans les autres clubs. On est frappé par la crise. Ces investissements étrangers sont d’autant plus les bienvenus. On va pas être triste du fait que le championnat de France devienne un des centres d'attractions principaux du football mondial. C'est une belle réussite. On a des stars. On va avoir des stades neufs. On a battu le record du nombre de buts l’année dernière. Qu’est-ce qu’il nous manque ? Des trophées. C’est pour cela que j’insiste sur les grands clubs.

Cela veut-il dire qu’on aura, à partir de ce vendredi soir, un championnat à deux vitesses ?

D’abord, il y a une excitation qui est à son comble. Les gens sont en train de réaliser que le foot français a changé de dimension. Et devient un centre d’intérêt majeur dans le monde. Ce n’était pas le cas les autres années. Les Français savent-ils que vont évoluer en France trois des meilleurs attaquants du monde ? Il n’y a que Messi et Ronaldo qui ont marqué plus de buts que Zlatan, Cavani et Falcao.

Vous réjouissez-vous de cette grande attente ?

Le public se frotte les mains. Moi, en tant que dirigeant, je suis beaucoup plus circonspect parce que malgré cette belle météo sur le plan sportif, la situation reste très difficile sur le plan économique pour la plupart des clubs.

Pourquoi les clubs ont-ils des difficultés ?

C’est la crise. Elle frappe le foot comme les autres secteurs de l’économie. On n’est pas à l’abri de la crise. Les recettes de transferts ont baissé très brutalement. Les recettes de sponsoring sont difficiles à trouver. Dans les stades, ça plafonne un peu. Donc nos clubs sont obligés de réduire leurs dépenses, de se séparer de pas mal de joueurs. La situation est très contrastée entre des clubs qui se portent bien parce qu’il y a un investisseur généreux et d’autres qui sont en difficulté et qui doivent réduire leur train de vie.

Que répondez-vous à ceux qui parlent de « débauche de fric » à propos du PSG et de Monaco ?

Je crois qu’ils n’ont pas regardé ce qu’il se passe en Europe. Paris, qui a un gros budget cette année, de l’ordre de 400 millions d’euros, ne va être qu’au cinquième rang en Europe. Paris n’est pas le roi du monde. Et l’année dernière, nous n’avions pas un seul club français dans le top 10 des clubs européens. Il faut relativiser. Et ne pas se plaindre !

Louis Nicollin, le président de Montpellier, dit que cet argent, c’est de la folie…

C’est un jugement moral. Pourquoi l’argent serait-il mauvais dans le sport ? Quand il y a des investissements dans le cinéma ou l’aéronautique, on se félicite, on est content et on dit bravo. Pourquoi, dans le football, les investissements seraient-ils mauvais par nature ? Est-ce que la France aurait un problème avec l’argent dans le sport ? Oui.

La France a un problème avec l’argent…

En général, oui. Mais en particulier dans le sport depuis Pierre de Coubertin. L’argent dans le sport, c’est par essence mauvais, ce n’est pas bien. Mais non ! C’est une vision du XIX siècle, une vision aristocratique du sport. Le sport, aujourd’hui, est devenu une activité économique comme une autre. Quand l’argent arrive, tant mieux.

Et si on veut faire une bonne équipe, il faut de l’argent…

Oui. Et si on veut gagner des coupes d’Europe. Les Français le savent bien. Ils veulent qu’on gagne des coupes d’Europe. Ça ne s’est pas produit depuis 1993. Là, on a une occasion unique !

L’incertitude du sport est-elle préservée en Ligue 1, avec un tel écart entre le PSG d’un côté et Guingamp de l’autre ?

Oui. D’abord parce qu’il y a un élément nouveau qui est la concurrence de Monaco. Tout le monde sait que Monaco va faire de la concurrence à Paris et tout le monde s’en satisfait. Et n’oublions pas trop vite Lyon et Marseille. Ce sont deux clubs historiques, solides. Pour les autres clubs, chaque match contre Paris sera l’évènement de l’année. Ce sera l’équipe à battre. Ils vont mettre toutes leurs forces dans la bataille. Le spectacle est assuré. Les stades seront remplis.

Mais les règles sont faussées avec le statut fiscal de Monaco…

C’est un vrai sujet. Nous avons pris une position assez ferme. Avec les règles actuelles, Monaco a un avantage considérable. Je l’ai chiffré à environ 50 millions d’euros pour l’an prochain. C’est le budget d’un club comme Montpellier. Il faut qu’on ait les mêmes règles fiscales. Et donc qu’ils mettent leur siège en France. On a été correct, fair-play, parce qu’on leur a donné un délai de plus d’un an. On a un an pour trouver une solution.

En un an, Monaco peut être champion…

Oui, mais Monaco joue en France depuis 1933. On ne pouvait pas leur dire du jour au lendemain : « c’est ça ou c’est fini ». Le directeur général de Monaco est un type très bien. Il dit qu’on a le temps de discuter et d’examiner la situation.

Le PSG a embauché Laurent Blanc. C’est bien d’avoir un Français à Paris ?

C’est formidable. Regardez nos grands champions de 98, leurs fonctions aujourd’hui. Laurent Blanc, Didier Deschamps, Zinedine Zidane. C’est formidable que des joueurs de ce talent aient des responsabilités dans des clubs. Ça montre le rayonnement du football français.

Est-il la caution française du PSG ?

Je ne crois pas que Nasser Al-Khelaïfi ait été obligé d’engager Laurent Blanc. Il a fait ce choix en toute liberté, en toute indépendance. Il a choisi la personne qui était, pour lui, la plus apte. Donc ce choix est respectable. Pour nous, c’est un excellent choix.

Est-ce que le PSG peut gagner la Ligue des champions cette année ?

Oui. Bien sûr, il y a l’aléa et l’incertitude du sport. Mais Paris s’est volontairement taillé une équipe pour obtenir cet objectif. Ce ne sera peut-être pas cette année. Cette compétition est extrêmement relevée. Et Paris ne domine pas financièrement le football européen. Mais ils peuvent le faire. Et enfin, j’aurai atteint mon objectif qu’un club français gagne la Ligue des champions.

Leonardo, qui a démissionné du PSG, estime qu’il n’a pas été aimé par le football français…

A titre personnel, j’ai toujours adoré Leonardo. Et il le sait. Maintenant, nous avons des règles de bon comportement et de discipline qui s’appliquent à tout le monde. Les commissions sportives disciplinaires se prononcent en toute indépendance. La sanction est sans doute dure. Mais il ne m’appartient pas de la commenter.

La rédaction