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Juventus-Atlético: comment Simeone a bâti une équipe "à l'italienne"

Une grosse défense, de la solidarité, et une maîtrise parfaite de la contre-attaque: l’Atlético de Madrid de Diego Simeone ressemble en bien des points à une équipe italienne à l’ancienne. Et vu le parcours du Cholo, ce n’est pas un hasard.

Ce mardi soir, la Juventus reçoit l’Atlético de Madrid en 8e de finale retour de la Ligue des champions (21h, en direct sur RMC Sport), mais dans l’arène turinoise, la formation la plus "italienne" des deux ne sera pas celle que l’on croit. Non, d’un point de vue tactique, c’est bien l’Atléti de Diego Simeone qui ressemble le plus à une équipe transalpine.

On l’a vu au Wanda Metropolitano il y a trois semaines: les Colchoneros ont laissé la balle à la Juve (37% de possession), mais ils ont récité leur leçon, sont restés solides derrière, ont joué les contres, et ont puni leurs adversaires sur de rares incursions (2-0).

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Simeone, Italien d'adoption

C’était le cas au match aller, et c’est le cas depuis des années à l’Atléti, où Simeone a bâti sa légende et ses succès sur un système hyper-défensif, avec un tueur devant – Antoine Griezmann en l’occurrence. Tel un Helenio Herrera ou un Giovanni Trapattoni d’autrefois.

Un hasard? Probablement pas. Si Diego Simeone, comme de nombreux techniciens sud-américains de sa génération, a bu les paroles de Bielsa (et a tenté de les appliquer au début de sa carrière de coach), c’est en Italie qu’il a le plus appris sur la tactique et le jeu. En tant que joueur, à Pise (1990-1992), à l’Inter (1997-1999) ou à la Lazio (1999-2003), au contact de techniciens qui n’étaient pas les plus offensifs du plateau, mais aussi après sa reconversion.

"Mon passage à Catane (2011) m’a fait réaliser qu’il y avait quelque chose d’autre (que l'attaque), parce que je venais d’équipes comme River ou Estudiantes, à la chasse aux trophées, et j’arrivais dans un club qui avait grand mal à gagner quoi que ce soit, expliquait-il en 2015 à la Nacion. Je suis passé d’un coach de 4-2-3-1 avec deux attaquants sur les côtés à quelque chose d’autre. […] Le vrai style, c’est de gagner. En fonction des joueurs, je veux consolider une idée: gagner. Ça ne m’intéresse pas d’être aimé par les autres ou même par moi-même. Si je n’ai pas les joueurs pour construire une possession élaborée, je ne dois pas essayer ce que je ne peux pas faire."

Catenaccio 2.0?

Bien sûr, Simeone ne s'est pas contenté de prendre les ingrédients principaux du football défensif italien, il y a aussi ajouté sa touche perso: une bonne dose d’agressivité, cette fameuse "grinta", et un pressing plus constant pour confectionner une recette que ses adorateurs ont nommé "Cholismo". Mais les similitudes sont là, et n’ont pas échappé aux observateurs transalpins, qui ont décortiqué durant des heures et des heures d’émissions spécialisées le style de l’Atlético. "S'il est vrai que la stratégie de l'Atletico est défensive, il y a une autre stratégie derrière, observait ainsi en 2016 à la Gazzetta le grand Arrigo Sacchi. Il y a une différence avec ce que vous avez vu en Italie il y a quelques années. Ce n’est pas du Catenaccio, son équipe ne l'a jamais été. Simeone apprend à défendre en équipe et non individuellement."

Un point de vue que ne partage pas du tout Hernan Crespo, grand connaisseur de la Serie A et de ses spécificités. "On l’appelle Cholismo, mais c’est juste du Catenaccio, estimait plus récemment l’ex-attaquant dans les colonnes du Corriere dello Sport. Je préfère voir des équipes avec une approche plus offensive, mais mon ami Cholo a très bien réussi à créer ce mécanisme parfait. Il a convaincu ses joueurs de se mettre au second plan par rapport au collectif. L'équipe est tout, pas l'individu."

Et le spectacle, optionnel. "Pendant des années, nous avons dit que le Catenaccio était une mauvaise chose, et maintenant nous disons que le Cholo est un grand, on le compare à Che Guevara, s’était agacé il y a deux saisons Fabio Caressa, un célèbre journaliste sportif italien. Arrêtons de nous voiler la face: ce qu’il fait, c’est bel et bien du jeu à l’italienne, avec un bus garé derrière. Quand il gagne, c’est le Catenaccio italien qui gagne". Mais c’est le football espagnol qui en profite.

CC