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Riolo: "Stop au déni au PSG"

Retour sur le fiasco du PSG face à Manchester United en 8e de finale retour de la Ligue des champions, mercredi soir au Parc des Princes (1-3), et le déni qui l’entoure…

Alors voilà, c’était aussi simple que ça. Trois jours après la catastrophe sportive et la pitoyable élimination en Ligue des champions, Presnel Kimpembe vient nous livrer l’explication. "On a fait preuve de suffisance" ! Le Titi Parisien espère quoi avec ça ? On balaye d’un revers de main ? Parce que ça veut dire quoi au juste ? On n’a pas compris que c’était important ? On n’a pas mis assez d’intensité ? Mais si c’est ça, c’est encore pire. C’est une faute professionnelle caractérisée. 

Non, désolé, je ne crois pas à cette explication simpliste. Je crois, au contraire, que les joueurs avaient justement compris que c’était important, très important. Je crois qu’ils étaient face à une montagne. Mais pas une montagne sportive. Manchester Utd était nul ! Cette montagne n’a rien eu à voir avec le sport, j’entends par là, le jeu. La difficulté insurmontable pour l’équipe et par extension pour le club, elle est dans la gestion de l’émotion liée à cette compétition. J’ai entendu Habib Beye samedi soir à la télé et je suis 100% d’accord avec lui sur ce point trop peu évoqué depuis mercredi.

Le foot chasse trop souvent l’aspect mental de son analyse. Je précise que la gestion de l’émotion entre selon moi dans l’aspect mental, qui recouvre ce qu’il se passe dans la tête au moment d’affronter une épreuve.

Le foot, sport collectif à tendance "machiste", n’aime pas les explications cérébrales. Ça va bien pour le golf ou le tennis, mais pas pour le foot. Une sorte de déni, par ailleurs faux puisqu'on ne compte plus les entraîneurs s’appuyant, par exemple, sur le film "L’Enfer du Dimanche" pour motiver leur équipe. Et vulgairement l’expression "ne pas avoir de couilles" ou "match d’hommes", ça fait costaud et muscles saillants, mais désolé, on est là dans le mental. Couilles, hommes, toute cette sémantique passe mieux que problème mental ou gestion d’émotions. Pour le footeux de base, je suppose que ça doit résonner "femmes" ou pire "homo"… 

La gestion de l’émotion, ça entre dans le cadre de la préparation mentale. Et ça n’a rien à voir non plus avec l’expérience. L’idée selon laquelle vous tombez 10 fois et à force de vous relever, vous franchissez enfin la difficulté, est un leurre. Buffon est bourré d’expérience, mais à un instant précis, mercredi, il s’est déchiré. Pas seulement sur le tir quasi anodin qu’il relâche. Revoyez les images du couloir, celles où l’on voit Thiago Silva parler. La tête de Buffon, ce visage-là, je ne l’avais jamais vu.

On ne peut pas sans cesse dire que l’histoire d’un club, la culture d’un club, aide à se surpasser, je fais référence à ces clubs qui ont l’habitude de gagner, et ne pas croire qu’à l’inverse, l’histoire négative d’un club ne signifie pas de la même façon.

Qui va croire toutes ces conneries entendues depuis mercredi ? La relation Henrique/Tuchel, le mercato raté, le choix tactique… Tout ça n’a rien à voir avec ce qu’il s’est passé ponctuellement sur le match. La préparation, aussi, a été un argument avancé. Foutaise. Même si Verratti était sorti jusqu’à 5h du mat’ avec Draxler et Alvès, la qualification aurait dû être au bout de cette affreuse soirée…

Depuis le match perdu à Manchester contre City en 2016, l’obsession des dirigeants est d’améliorer le mental. En foot on préfère dire "grinta", ça fait plus "burnes"… Paris a pris Emery pour ça. Le 4-0 face au Barça a laissé penser que ça marcherait. La débâcle trois semaines plus tard a coulé Emery et l’équipe. Pensez donc, sortir le Barça oui, mais en ayant fait un match énorme et qui va marquer les esprits. Derrière, le PSG serait devenu favori. Par anticipation, tout cela fut trop dur à supporter. Avant même de jouer ce match, le doute, la peur, s’étaient immiscés. Cette peur est là. Elle n’a jamais disparu. 

A Paris, le contexte est très particulier. Le club se balade en championnat et toute l’attention est focalisée sur la seule compétition "intéressante". Six matches seulement + deux en 8es… On dit ouvertement qu’on prend des joueurs ou des coaches pour améliorer le mental. Ah bon ? Bah ça veut dire que les autres étaient malades alors, non ? On croit encore réellement que la défaite au Camp Nou est due aux choix tactiques d’Emery ? 

On a beaucoup parlé du "caractère" de l’équipe qui avait été défaillant et corrigé au moment d’affronter Liverpool. Vous vous souvenez de la fin du match ? De l’implication d’ensemble des Reds ce soir-là ? Vous m’autorisez à penser que si Liverpool joue sa vie sur ce match, vu comme le PSG reculait à la fin, ça fait certainement 2-2 ? 

Le PSG est malade. Malade du contexte dans lequel il évolue, de cette pression qu’il ne gère pas autour d’une compétition dans laquelle il veut absolument briller.

Petite parenthèse. En Italie, on a bien sûr vu la débâcle du PSG, mais vous savez que l’équipe "lose", là-bas, c’est la Juve ? Cela fait drôle de dire ça. Mais allez parler à un supporter de la Juve. En Europe, c’est peut-être celui qui se moquera le moins du PSG. Pourquoi ? Parce qu’il traîne un énorme problème en Coupe d’Europe. Toutes ces finales perdues (97/08/03/15) donnent à penser qu’il y a une malédiction. Que deux trophées en 50 ans, c’est trop peu pour un tel club. Bref, chacun ses problèmes.

On l’a souvent dit, le PSG veut tout trop vite. Les fondations sont solides en oseille, mais fragiles en histoire et gestion de contexte, d’émotions. Comme disait Evra, qui dit beaucoup d’âneries mais pas que : "Au lieu d’inviter des stars à gogo, mettez dans la corbeille, dans le stade, des anciens champions". J’ai envie d’ajouter, des mecs qui auraient fait taire Evra et Cantona au Parc ! Cela n’aurait rien arrangé au résultat, mais ça aurait au moins permis à l’orgueil de se gonfler un brin. Derrière cette remarque, il faut élargir. Le maillot Jordan, les opé commerciales… oui c’est très bien. Mais le PSG est aujourd’hui plus fort en business qu’en foot. Un peu comme Manchester Utd ces dernières années d’ailleurs. 

Le développement du club est excellent, mais ce genre de claque peut nuire terriblement. 

Le club est malade de tout ce qui l’entoure. Il faut du bruit, des stars, des paillettes, mais encore faut-il savoir gérer tout ça ! Doit-on parler de Neymar, du récit de ses blessures, des passes droits, du sketch permanent ? 

Parce que ce barnum, ça colle une pression énorme à un groupe de joueurs. Aujourd’hui, aucun club en Europe ne se met une telle chape de plomb sur la tronche ! 

Je suis convaincu qu’avec ces joueurs et ce coach, le PSG pouvait faire très mal cette année. Mais la valeur "intrinsèque", on le sait, ça ne veut rien dire. Un joueur peut être excellent dans un club et mauvais ailleurs. Encore une fois, le contexte, l’environnement…

Alors si on ne soigne pas la tête, si on n’aborde pas autrement tous les paramètres d’un club qui se veut "grand", ils pourront recruter tous les joueurs du monde, les coaches… rien n’y fera. Ça ne passera pas. Comment ? On change les joueurs traumatisés ? Difficile, non ? Certains doivent partir oui. Notamment les faux bons, tel Verratti. Sinon, on les soigne ? La politique, la com’ doivent changer, mais ça ne sera peut-être pas assez. Après Istanbul 2005, Milan avait fait appel à un coach mental. C’est honteux ? 

La suffisance, cher Presnel, ça n’a rien à voir avec la honte de mercredi. Heureusement, sinon ça voudrait dire que vous êtes tous bêtes à manger du foin. Le problème et la solution sont ailleurs. Le PSG n’avancera qu’en sortant du déni…

Daniel Riolo