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Riolo: "Tebas et le PSG..."

Retour sur l'interview de Javier Tebas dans L'Equipe et ce qu’elle nous dit…

Vous avez lu l’interview de Javier Tebas dans L’Equipe ? Vous devriez. Cet homme est assurément intéressant. Non, aucune ironie dans mon propos. Il pousse à la réflexion et je dois l’avouer, il est convaincant.

J’ai souvent dit à quel point l’investissement du Qatar au PSG provoquait chez moi des hauts et des bas. Incohérent, parfois. Je suis obligé d’assumer. Pourquoi ? Et bien, Tebas a mis des mots sur ce qui me perturbe.

Ses arguments sont bons. Il faut le reconnaître. Le dopage financier par le biais d’un Etat, tous les détracteurs du PSG en parlent et c’est une réalité. Les contrats surévalués existent. Certains avaient même été revus à la baisse par l’UEFA. Sans mesure, Tebas demande sanction et comme pour un dopé au Tour de France, exclusion de la compétition européenne. Ça tient la route.

Mais plus loin dans l’entretien, le journaliste lui demande si dans le passé, les clubs espagnols n’avaient pas bénéficié de largesse qu’on dira "étatique". Il se défend, parle d’arguments bidons puis conclut : "C’est pas parce qu’on a fait de la merde, qu’il faut continuer à en faire"… Intéressant, n’est-ce pas ?

Le passé "merdeux" dont parle Tebas, c’est l’avant fair-play financier. Ce monstre inventé par Platini. Critiqué et probablement imparfait, il a quand même permis de faire du ménage dans les finances du foot européen. Le passé "merdeux", c’est quand tout le monde se plaignait du foot espagnol qui faisait ce qu’il voulait avec l’oseille et la comptabilité. L’Italie n’était pas beaucoup plus propre de ce côté là. Sans contrôle, partout en Europe, un mec pouvait poser de l’oseille sur la table et dire "j’achète" ! Bulle financière, inflation… Qui regardait tout ça de près ?

Javier Tebas ressemble à Chuck Rhoades, le procureur fédéral de l’excellente série "Billions". Une sorte d’incorruptible qui, à force de tout vouloir nettoyer, devient effrayant.

Il nous explique donc que maintenant, tout a changé, et qu’il faut passer le coup de balai vengeur sur le PSG ! Et puisque qu’effectivement, ce n’est pas parce qu’on a longtemps fauté qu’il faut continuer et que tous ces arguments sont bons, il nous reste à nous ranger derrière lui ! Soyons justes, non ?

Le problème, c’est que là encore, je suis perturbé. Pourquoi ? Et bien parce que si les clubs qui ont plus de "vrais" revenus que le PSG et ses "faux contrats" ont justement en caisse toute cette manne financière, c’est qu’ils ont fauté eux aussi ! Prenons juste l’exemple d’un club qui va mal aujourd’hui : l'AC Milan. Gavé de titres de 1989 à 2007. Sa surface financière, sa possibilité d’attirer des contrats, des investisseurs, c’est fondé sur quoi ? Sur les années du tout est permis, non ? Et on peut décliner ça partout. Si l’OM est encore un club attractif financièrement aujourd’hui, c’est parce que sur le maillot il y a une étoile, non ? C’est un patrimoine. L’actif d’aujourd’hui réside dans la gloire passée.

Pour tous les clubs, c’est comme ça. Le passé, les titres, la gloire sont des actifs valorisés au présent. Donc si le PSG surévalue ses contrats grâce à son Etat actionnaire unique, c’est du dopage, oui. Du dopage pour rattraper les autres. On peut changer la règle en cours de route, bien sûr. Mais ça ne modifie pas l’histoire. Et l‘histoire en foot, ça vaut cher. Très cher !

Lance Armstrong a bâti un empire sur ses succès dans le Tour. Puis tout s’est écroulé. On ne lui a pas retiré son 7e Tour et gardé les autres. Non, on a tout enlevé. Et il ne vaut plus rien. Pour que la nouvelle règle soit juste, il faudrait tout remettre à plat. Qu’on épluche les comptes historiques de tous les clubs au regard du FPF d’aujourd’hui. Et qu’on retire des titres à certains. Impossible, évidemment. Tout cela est perturbant, non ?

Tebas a raison de vouloir que la règle s’applique. Il a raison de chercher à savoir si quelqu’un contourne la règle. Et si c’est le cas, il faut sanctionner. Oui, car c’est la règle.

Dans le carré VIP, il y aura donc toujours les mêmes clubs. Ils ont prospéré comme ils ont voulu. A une époque où la belle règle n’existait pas. Dehors, le "nouveau" avec une cohorte de juristes et spécialistes cherche à contourner la fameuse règle. Il veut entrer. Le "nouveau" doit méditer sur ces mots de Jean Racine : "Une extrême justice est souvent une injure".

Bref, vous l’aurez compris, je trouve tout cela très perturbant…