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OM: le feu à tous les étages...

Des joueurs au bord du gouffre, un entraîneur isolé, un président décrédibilisé et une propriétaire en décalage avec la réalité, des supporters frondeurs… Au lendemain d’une nouvelle prestation médiocre face à Bordeaux au Vélodrome (0-0), l’OM traverse l’une des pires périodes de son histoire pourtant riche en crises. Etat des lieux.

"Tous unis. Vive l'OM!" Dans un communiqué lunaire, qui confirmait mardi soir que Margarita Louis-Dreyfus vit sur une autre planète, l'actionnaire de l'OM avait appelé à l'union sacrée. Une requête naïve qui a -sans surprise- volé en éclats en une soirée.

Dans un club normalement structuré, et ne serait-ce que pour afficher un soutien de façade, la condamnation aurait été unanime de la part des dirigeants face à des banderoles et des messages parfois agressifs, voire sexistes, envers l’actionnaire du club (MLD a été qualifiée de « riche héritière incompétente » par les Yankees, qui l’ont invitée à « se casser et à retrouver son vrai métier de femme au foyer », Ndlr). Les réactions ont plutôt abondé... dans le sens des supporters !

« Les banderoles, ce n’est pas important », osera lâcher Basile Boli, lui qui est rémunéré par l’OM pour son rôle d’ambassadeur et qui n’a donc pas pris la peine de soutenir un peu sa patronne. « Les supporters pètent les plombs, moi je les comprends, ça fait sept mois qu’ils attendent une victoire, donc ils craquent », ajoutera l’ancienne gloire de l’OM, qui s’est aussi permis de critiquer ouvertement les choix de Michel, coupable selon lui d’avoir aligné « une équipe renouvelée, en manque d’expérience » et d’avoir mis sur le banc « un joueur qui a mis une quinzaine de buts (Batshuayi). »

Guerre ouverte entre Michel et Labrune

Un signe que la guerre est ouverte entre le clan Labrune et Michel, et que les tensions sont encore plus vives depuis l’entrevue de Zurich, qui a achevé de rendre glaciales les relations entre le président de l’OM et son entraîneur. Au sein du club olympien, certains sont même persuadés que Basile Boli n’a pas fait son apparition en zone d’interviews par hasard et que l’idée d’aller critiquer Michel lui a été soufflée par des proches de Vincent Labrune. « Faux », répond l’entourage du président, qui assure que les propos de Boli étaient spontanés dimanche soir.

Après la défaite contre Rennes (2-5), la direction de l’OM a pourtant bien pris soin de demander à l’ancien défenseur d’annuler son passage sur le plateau du Canal Football Club. Cette fois, celui qui est parfois qualifié de « conseiller du président » -même si ce n’est pas son titre- n’a pas hésité à égratigner Michel. Quitte à mettre de l’huile sur le feu. Pour l’unité du club, on repassera.

Même Mandanda et Diarra n’en peuvent plus

Une désunion qui a également gagné le vestiaire de l’OM. Malgré les discours langue de bois de Michel, qui répètera jusqu’au bout de la saison qu’il a le soutien du groupe, certains joueurs ont clairement lâché, dans leur tête. Le manque de cohésion affiché sur la pelouse face aux Girondins ne fait que refléter certaines scènes de plus en plus fréquentes à la Commanderie. La semaine dernière, Steve Mandanda avait repris de volée Georges-Kévin Nkoudou pour son manque d’implication dans certaines mises en place tactiques. Un exemple parmi d'autres... Le blues du capitaine de l’OM, le seul joueur qui n’a pas voulu monter dans le bus banalisé mis à disposition des Olympiens pour quitter le stade sous escorte policière dimanche, se lit sur son visage.

Un cadre du vestiaire fait d'ailleurs cette confession, sans appel, sur la situation dans laquelle se trouve le vestiaire olympien : « La médiocrité des joueurs a même réussi à dégoûter les plus exemplaires de notre effectif. Steve veut partir, rien ne l’arrêtera, il n’en peut plus. Lass est blessé, mais il a désormais la tête à l’Euro et on peut le comprendre, il en avait marre de faire autant d’efforts pour rien. Tu ajoutes ceux qui ne sont que de passage car ils sont prêtés et ceux qui ont pris la grosse tête, qui s’économisent et qui se voient déjà en Angleterre la saison prochaine, et tu as tout compris sur l’état dans lequel on se trouve. Je pense que l’on finira 15ème ou 16ème, je suis très inquiet. »

Michel avait proposé à MLD d’être licencié

Pas sûr, en effet, que Michel ait les ressources suffisantes pour ressouder ses troupes lors du dernier mois de compétition. Michel a voulu donner vendredi, en conférence de presse, l’image d’un coach encore concerné et remobilisé par la décision de MLD de le conforter. Selon nos informations, lors de la réunion en Suisse, Michel a pourtant bel et bien proposé à Margarita Louis-Dreyfus de le licencier. La condition : être indemnisé, évidemment, du reste de son contrat.

Mais MLD en a décidé autrement. A la grande surprise de Michel et de ses adjoints, qui au lendemain de Zurich étaient convaincus que « Margarita cherchait juste à savoir de quelle manière elle allait payer les indemnités de licenciement » ou que « les dirigeants attendaient qu’un autre entraineur donne son accord pour nous remplacer. »

Labrune, le billard et les policiers en civil

L’inquiétude, disons même le foutoir, sont donc de mise à tous les étages du club olympien. Désavoué par sa patronne dans le dossier Michel, Vincent Labrune ne peut plus taper du poing sur la table comme n’importe quel président le ferait en de telles circonstances. « L’OM n’a plus de ressort, ni de levier depuis l’entrevue de Zurich », confie un proche de l’OM. « Michel n’a plus de crédibilité auprès des joueurs et Labrune a perdu de son autorité, c’est clair. La fin de saison sera très longue dans ces circonstances. » Longue, le mot est faible. Ridicule, le terme est plus approprié.

Scène surréaliste, dimanche soir, le président de l’OM a crié tellement fort quand il organisait… un tournoi de billard (les architectes du Vélodrome ont eu l’intelligence tactique de coller le salon présidentiel à la salle de conférence de presse, ndlr), que les journalistes ont à peine eu besoin de tendre l’oreille pour comprendre que le boss olympien était en train de donner l’image d’un président en total décalage avec cette soirée électrique. Une fin de soirée marquée par des heurts sur le parvis Jean-Bouin, certains supporters voulant même pénétrer dans les salons VIP du Vélodrome pour s'en prendre aux dirigeants. Selon nos informations, Vincent Labrune était d’ailleurs accompagné, à ce moment-là, par plusieurs policiers en civil, chargés d’assurer sa protection.

Florent Germain, à Marseille.