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Pourquoi les footballeurs s’engagent sur des sujets sociétaux: l'exemple de Tolisso

A l’instar de Corentin Tolisso sur la thématique du handicap, les footballeurs français sont de plus en plus nombreux à prendre position sur des problématiques qui engagent la société dans son ensemble. Explications.

Dans une société française profondément fracturée, avec à sa tête un gouvernement qui appelle à l’unité un pays divisé et à bout de souffle, dans un climat pesant de crise économique, sanitaire, sociale et politique, les footballeurs tendent, de plus en plus ces dernières semaines, à manifester des opinions très tranchées dans le débat public. Et à prendre position de manière forte sur des sujets politiques et sociétaux très sensibles qui font l’actualité en 2020, quitte à se faire renvoyer à la figure leur image de millionnaires privilégiés. 

Jérôme Dumois, directeur de cabinet à la présidence de l’UNFP, cofondateur du mouvement Players for Society, s’en réjouit. "On est fiers de voir les joueurs prendre la parole sur des sujets plus clivants. Je pense qu'on va devoir s'y habituer. Le footballeur est légitime, il a la jeunesse derrière lui", estime auprès de RMC Sport. Racisme, misère sociale, écologie, souffrance animale... Ils sont plus d’une centaine de joueuses et de joueurs à consacrer leur temps libre, en dehors des matchs et des entraînements, à des engagements très forts sur des thématiques qui touchent leur sensibilité. 

"Ce qui donne naissance à des actions protéiformes sur plein de sujets: le handicap, l’écologie, les personnes âgées, les violences faites aux femmes, en fonction de l’intérêt des joueurs. On les accompagne dans la construction de leur projet, jusqu’à la médiatisation", explique Jérôme Dumois. Sa rencontre avec Corentin Tolisso a été un déclic pour le milieu de terrain international du Bayern Munich. Engagé de longue date sur la situation du handicap, Tolisso s’était illustré lors du premier confinement en participant à des visioconférences avec des enfants en situation de handicap.

"Jérôme (Dumois) était venu faire une intervention en équipe de France, nous montrer des petits clips, que Blaise Matuidi ou Olivier Giroud avaient pu faire. Cela m’a touché", confie Corentin Tolisso à RMC Sport. Depuis sa plus tendre enfance, quand il accompagnait sa maman qui travaillait dans un centre spécialisé, à la rencontre des enfants, il a toujours su qu’il avait au plus profond de lui-même cette envie d’aider les personnes en situation de handicap, sans savoir comment agir de manière concrète. "Je n’avais pas forcément le soutien nécessaire, je ne savais pas vers qui me tourner", explique-t-il aujourd’hui.

Jérôme Dumois: "Ils voient l’échec comme un diplôme"

S’il peut y avoir derrière l’engagement des joueurs sur certains sujets le sentiment qu’ils déploient une stratégie de communication, avec une prise de parole très consensuelle, qui ne fera pas désordre pour leurs intérêts, Jérôme Dumois note que la plupart s’engage dans une démarche authentique, de sincérité, et l’explique: "Leur prise de position est un ressenti, ils sont responsables, ils sentent cette volonté d’être responsables et d’être l’écho de la jeunesse. Le joueur a besoin d’aller sur le terrain pour agir, de se sentir utile". Comme une façon de contribuer à faire du bien.

"On a une jeunesse qui est en quête de repères. Les joueurs peuvent être des lanternes pour cette jeunesse, inspirer sur la culture de la remise en question, de l’échec, à l’heure où plein de gens cherchent la stabilité et le confort, appuie Jérôme Dumois. Le footballeur, tous les week-ends, il est remis en question. Il échoue en permanence. C’est une culture de la gagne. Ils voient l’échec comme un diplôme." Déterminé à faire peser de tout son poids une notoriété grandissante pour mener à bien ses projets de coeur, Corentin Tolisso affirme qu’il y a encore "beaucoup de travail à faire, d’initiatives à mettre en place" pour faire avancer les choses.

"Je sais que j’ai une certaine influence, que je peux aider ceux qui en ont besoin au quotidien sur la durée. Je sais que je ne vais pas changer les choses en un claquement de doigt, mais on espère le faire sur la durée. On ne peut pas développer tout ce qu’on voulait à cause de la crise sanitaire. J’espère qu’en 2021, je pourrai être amené à être encore plus au contact des personnes en situation de handicap", escompte le champion du monde 2018. En attendant, Tolisso maintient le dialogue avec les jeunes en situation de handicap par l’intermédiaire des réseaux sociaux, ce qui lui procure, jure-t-il, "beaucoup de bonheur et de joie" au quotidien.

Qui sait, certains d’entre eux, les plus chanceux, auront peut-être la chance de rencontrer le champion très prochainement. "Il n'y a rien qui me ferait plus plaisir, assure-t-il. On a passé beaucoup de temps en visio, je leur ai dit que je voudrais les faire venir à des matchs. Pour les fans de football, ça leur ferait plaisir. J’ai pu envoyer quelques maillots à certains. La plupart, je les reverrai en vrai, et pourquoi pas tous ensemble !"

QM avec Maureen Lehoux