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Cortese, l’histoire du Saint qui voulut être roi

Nicola Cortese

Nicola Cortese - -

Tout juste démissionnaire de son poste de directeur général de Southampton, Nicola Cortese, principal artisan du succès du club ces dernières années, laissera un grand vide. Et des Saints en pleine santé, prêts à être vendus...

Rarement la situation d’un dirigeant de football aura autant fait parler en Angleterre. A la grande surprise même de Gary Lineker qui, mercredi sur Twitter, s’étonnait qu’un simple « chairman » cause tel barnum. Sauf que ce dirigeant n’est pas n’importe qui. Celui qui a, le temps d’une semaine, volé la vedette aux starlettes en crampons, s’appelle Nicola Cortese. Avant, il était banquier (spécialisé dans les investissements sportifs). Plus récemment, directeur général des Saints, en déplacement à Sunderland ce samedi (13h45). Depuis quelques jours, l’élégant italien de 45 ans n’est plus rien du tout, sinon le sujet de conversation préféré des observateurs de la Premier League.

There's never a dull moment at Southampton these days. Pretty rare there's concern about a Chairman leaving...
— Gary Lineker (@GaryLineker) January 15, 2014

« Comment Southampton va pouvoir être champion »

Il faut dire que Cortese a tout d’un bon thème de discorde. Admirable pour les uns, complètement fou pour les autres, cet homme extrêmement méfiant de la vie publique, est, de l’avis général, le principal artisan de l’incroyable parcours de Southampton ces quatre dernières saisons. Partis de League One en 2009, les Saints montent en Championship en deux saisons, avant de rejoindre l’élite l’année suivante. Pas mal. Mais pas suffisant pour Cortese. En avril dernier, Jay Rodriguez, Rickie Lambert, Adam Lallana, leur coach Mauricio Pochettino et tous les autres joueurs de Southampton assistent à une présentation du patron. Selon la BBC, le thème n’est pas « est-ce que Southampton pourrait un jour être champion ? », mais « comment Southampton va pouvoir être champion ». Ambitieux pour un club promu l’année précédente. Mais les supporters aiment ça.

Nicola Cortese
Nicola Cortese © -

Je ne suis pas une légende

Installé en poste en 2009 par Markus Liebherr, hommes d’affaires suisse-allemand qui venait de racheter le club (une opération menée par Cortese lui-même), l’ex-banquier ne partait pourtant pas gagnant. En acceptant le poste, il battait Matt Le Tissier, légende vivante du club qui avait fait passer son CV. Mais Cortese n’est pas du genre impressionnable. Pas besoin d’être aimé pour faire du bon boulot. Il suffit de se lever avant le soleil. Tous les jours, Cortese arrive à 7h au centre d’entraînement et noue une relation toujours plus forte avec son coach, Mauricio Pochettino (qui a lui-même recruté), dont on a craint désormais un départ tant il assurait (en mai dernier) que son futur serait lié à celui de son ami italien (il a depuis démenti vouloir quitter le navire).

En déplacement, le chairman réserve désormais deux nuits d’hôtels pour l’équipe. La veille du match, le personnel de Southampton nettoie à fond les chambres, change les draps et met tout en œuvre pour que les joueurs passent la meilleure nuit possible, totalement protégés des bactéries. Van Gaal, son élève Mourinho et la star Guardiola placent la diététique avant tout ? Très bien, un chef spécialisé se déplacera désormais partout avec le club. Renforcer la cohésion du groupe ? Facile. Commençons par attribuer les primes d’invincibilité à tous les joueurs, pas seulement à l’arrière garde et au gardien.

Très vite, les résultats sont là et Rodriguez, Lambert et Lallana sont même appelés sous les drapeaux par Roy Hodgson. Imaginez que trois joueurs de Reims soient internationaux français. C’est aussi ça, l’effet Cortese. Au point qu’un Calcio pas en grande forme financière commence à s’intéresser à cet étrange businessman, furieux opposant des déficits et partisan d’une politique de club économiquement saine. L’AC Milan tentera sa chance, mais Nicola est un Saint fidèle. Il n’ira nulle part. Et ses joueurs non plus. Fini le temps des Bale, Walcott ou encore Oxlade-Chamberlain. Désormais, lorsque Southampton forme un futur grand, Southampton le garde. Et Cortese sait se montrer persuasif, au point que, toujours selon la BBC, au moins un joueur de l’effectif ait décidé de lier contractuellement son futur à celui de son DG.

Gutted with that news, but would just like to thank Nicola Cortese for everything he has done for me and the club! All the best to him!
— Luke Shaw (@LukeShaw3) January 15, 2014

Un décès surprise

Mais, demandez à n’importe quel champion, c’est quand tout va bien qu’il faut se méfier. 10 août 2010. Il fait beau, Southampton vient de changer de division et Markus Liebherr meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans. Cortese perd son boss et son principal soutien au club. Katharina Liebherr, « fille de », n’aime pas vraiment le foot et est soupçonnée de vouloir vendre Southampton à la première occasion (ce qu’elle n’a toujours pas fait, trois ans après). En attendant, elle laisse faire son directeur général. Jusqu’à ce début d’année donc et une volonté que beaucoup trouvent normale de superviser, comme n’importe quel capitaine d’industrie, la vie économique de ses investissements. Histoire de commencer enfin à rentrer quelques livres. Un intérêt pour la chose qui ne plaît visiblement pas du tout au colérique Cortese. Quelques jours plus tard, il présente sa démission. Démission que Katharina Liebherr dit n’avoir ni demandée, ni souhaitée, mais qu’elle n’aura pas pu éviter. Chez les supporters, on n’a plus qu’un seul espoir, que le dirigeant adoré revienne avec un nouvel investisseur et rachète les Saints. Reste pour Cortese à trouver de l’or.

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Raphaël Cosimano