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Décryptage vidéo: Solskjaer, le redressement de Manchester United par le jeu (avec Pogba capital)

En deux matches sur le banc de Manchester United, Ole Gunnar Solskjaer a déjà imprimé sa patte sur le jeu des Red Devils et apporté des solutions aux lacunes remarquées sous José Mourinho. Décryptage, vidéos à l’appui, avant la réception de Bournemouth ce dimanche (17h30).

Des photos et des autographes pour de jeunes supporters près de son banc, alors que la mi-temps vient d’être sifflée. Un salut tout sourire pour Stretford End, qui entonne son chant alors qu’il transmet ses consignes en seconde période. Pour sa première à domicile, face à Huddersfield (3-1) mercredi, Ole Gunnar Solskjaer a rempli Old Trafford d’ondes positives. Un élan qui se retrouve déjà dans le jeu de Manchester United, significativement transformé deux matches à peine après le départ de José Mourinho.

Les défenseurs centraux prennent (enfin) l’initiative

"Une équipe de foot, c’est un peu comme une maison", avançait José Mourinho au début du mois. En guise de fondation dans le jeu, la première relance, déterminante. De l’autre côté de Manchester, l’idée est bien ancrée. "La sortie de balle en foot, c’est comme l’ouverture aux échecs, professait Pep Guardiola début 2017. C’est la phase à la fois la plus subtile et la plus difficile du jeu, mais c’est elle qui conditionne tout le reste." Alors quand elle est laborieuse et timorée, comme sous José Mourinho, c’est toute l’animation offensive qui en pâtit.

Après un match nul sans éclat contre Valence (0-0 à en Champions League), le Special One avait pointé du doigt les lacunes individuelles de ses défenseurs centraux: "Nous avons essayé de jouer, mais dans certaines phases cruciales, nous n’avions pas la qualité technique pour construire depuis l’arrière." Mais lorsque Victor Lindelöf et Phil Jones, frileux jusqu’alors, prennent soudainement des initiatives avisées balle au pied contre Cardiff et Huddersfield, difficile de ne pas y voir une émancipation libératrice après la disparition de consignes restrictives et conservatrices.

En Premier League, sous José Mourinho cette saison, Victor Lindelöf réalisait en moyenne trois passes par rencontre finissant dans les trente derniers mètres adverses. Avec Solskjaer, le ratio du Suédois grimpe à sept par match, dont neuf lors du déplacement à Cardiff.

Auparavant, pour compenser la timidité de leur charnière centrale, les latéraux devaient rester bas et les milieux beaucoup décrocher. MU mobilisait alors trop d’éléments hors du bloc adverse sur cette première phase et manquait de relais dans le camp adverse, tout en embouteillant les espaces dans son camp. La construction était lente, latérale, trop rarement pénétrante.

Désormais, les défenseurs centraux travaillent uniquement avec un voire deux milieux en fonction du premier rideau adverse, tandis que l’arrière droit et l’arrière gauche se placent bien plus haut. Cela offre plus d’espaces à utiliser sur cette phase de jeu initiale pour se sortir de la pression et casser les lignes. La progression du ballon vers l’avant est plus fluide.

Proximité des offensifs et combinaisons rapides

Dans un entretien accordé à So Foot en février 2012, alors qu’il menait Molde vers un deuxième titre de champion de Norvège consécutif, Ole Gunnar Solskjaer avait détaillé son approche : "J’aime avoir une équipe qui pratique un jeu offensif, spectaculaire et plutôt au sol, et qui sait quand attaquer et quand ralentir le tempo. C’est important d’avoir des principes. J’aime avoir des joueurs qui permutent." Un "football positif", comme l’ont décrit Marcus Rashford et Jesse Lingard, qui a déjà porté ses premiers fruits à United.

Avec des latéraux hauts, les éléments offensifs sont encouragés à se recentrer. Leur proximité spatiale et les mouvements coordonnés (décrochages et projections dans les espaces libres) permettent alors des combinaisons rapides trop rarement vues auparavant.

Pogba au coeur du jeu

Au cœur de cette animation, Paul Pogba, passé de remplaçant lors des trois derniers matches de Premier League dirigés par José Mourinho à plaque tournante, avec 227 ballons touchés en deux rencontres. D’abord en relayeur gauche d’un 4-3-3, à Cardiff, puis en véritable meneur de jeu dans un 4-2-3-1 contre Huddersfield, même si ses permutations récurrentes avec Lingard l’ont amené à occuper son espace favori axe gauche.

Ole Gunnar Solskjaer l’avait d’ailleurs déjà utilisé de cette manière avec la réserve des Red Devils en 2010, comme il l’avait expliqué au fan club scandinave de Manchester United l’an dernier : "Je le voyais plus comme un numéro dix, arrivant dans la surface dans un deuxième temps comme Lampard, parce qu’il n’était pas assez bon défensivement pour l’utiliser comme un Patrick Vieira."

Déchargé de la première relance, Pogba occupe des zones plus avancées que sous José Mourinho et son talent sert avant tout à créer des différences dans les trente derniers mètres. "Sa personnalité, son éthique de travail et son physique sont exceptionnels, avait également souligné Solskjaer. Et sa créativité ! C’est un distributeur de ballons fantastique." Ses 41 passes finissant dans le dernier tiers contre Huddersfield sont un record personnel cette saison, ses 31 contre Cardiff étant sa troisième meilleure performance.

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"Nous sommes avant tout des psychologues", disait l’ancien Super Sub dans So Foot en 2012. Pogba s’épanouit jusqu’ici dans ce contexte tactique et collectif plus expansif, et les deux hommes semblent sur la même longueur d’onde. Avec deux buts et deux passes décisives, le Français a été autant décisif en deux matches de Premier League que dans les douze précédents.

Défendre en avançant

Là où Pogba peinait dans l’approche défensive relativement passive sous José Mourinho, avec des difficultés notamment pour défendre vers son but quand il se trouvait devant la ligne du ballon, le Français est également plus à l’aise défensivement depuis deux rencontres. Avec 2 tacles, 3 interceptions et 10 autres récupérations contre Huddersfield, Paul Pogba a d’ailleurs égalé ou battu son record personnel dans chacune de ces trois catégories cette saison.

"Si vous perdez le ballon, cela ne me dérange pas tant que vous courez pour le récupérer", prévenait Solskjaer après le succès à Cardiff. Le Norvégien veut réinsérer Manchester United dans le sillage des autres gros de Premier League, lesquels construisent tous leurs succès à partir de leur volonté de récupérer le ballon dès la perte, par un contre-pressing intense. Sous José Mourinho, MU récupérait en moyenne trois ballons par match dans les trente derniers mètres adverses. Après une première rencontre à Cardiff dans cette moyenne, notamment en raison du jeu direct des Gallois, MU en a gagné sept contre Huddersfield, sa deuxième meilleure performance de la saison. L’attitude agressive à la perte du ballon n’est pas encore aussi marquée qu’à Liverpool ou Tottenham, mais le processus est enclenché.

Jusqu’à l’arrivée d’Ole Gunnar Solskjaer, la hauteur de récupération moyenne de Manchester United était de 31 mètres ; elle a gagné quatre mètres sur les deux derniers matches. De même, à Cardiff, United a signé son record en termes de passes adverses par action défensive dans les 30 mètres adverses, indicateur d’intensité du pressing haut.

Pour autant, le secteur défensif est peut-être le plus gros chantier qui attend Ole Gunnar Solskjaer. Au-delà d’automatismes de pressing pas encore totalement intégrés, les Red Devils restent vulnérables sur défense placée. La faute à des mécanismes collectifs défaillants, dans les couvertures notamment.

Conséquence, United a concédé 1,26 Expected Goal à Cardiff et 1,39 contre Huddersfield, dans la lignée d’un début de saison où il n’est passé qu’une fois sous la barre du 1, à Southampton. En moyenne, la défense mancunienne a concédé 1,55 Expected Goal par match, bien plus que les autres membres du Big 6.

Le goût de l’effort

Sous José Mourinho, enfin, Manchester United n’était que la 16e équipe de Premier League en distance parcourue, la 15e en sprints effectués. Ces mesures ne sont pas nécessairement directement corrélées au résultat final, mais on retrouve notamment Arsenal, Tottenham et Chelsea parmi les mieux classés. Ole Gunnar Solskjaer a déjà annoncé son intention de les rejoindre.

"Une équipe de Manchester United ne devrait jamais être battue sur l’effort fourni, assénait-il après la victoire à Cardiff. Peu importe l’adversaire, il faut courir plus qu’elle." Ce ne fut le cas qu’une seule fois sous José Mourinho, contre Fulham, à quelques mètres près (111,49 kilomètres parcourus contre 111,33 pour les Cottagers). Ole Gunnar Solskjaer a déjà égalé ce total en dominant Cardiff.

Il faudra évidemment plus que deux succès, certes probants, contre Cardiff et Huddersfield pour valider le retour de Manchester United à la table des ogres les plus redoutables de Premier League. Il n’empêche: en une semaine aux commandes, Solskjaer, qui se revendique ouvertement de l’intense et conquérante école Ferguson, a déjà réussi à ramener du sourire et des intentions de jeu positives. Un renouveau à confirmer pour considérablement rebattre les cartes en vue de la double confrontation face au Paris Saint-Germain, en huitièmes de finale de la Champions League.

Julien Momont