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Premier League: Jorge Mendes peut-il faire décoller Wolverhampton?

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UN CLUB, UNE QUESTION. Avant la reprise de la Premier League, RMC Sport vous propose une présentation des vingt clubs du championnat anglais à travers une question sur les ambitions de chacun. Aujourd’hui, place à Wolverhampton. Promus cette saison après six ans passés hors de l’élite, les Wolves s’appuient sur le soutien de Jorge Mendes, maxi-agent qui possède la mainmise sur le recrutement de l’équipe. Un atout? Pas forcément…

LA star de Wolverhampton, vous ne la trouverez pas sur le terrain. Mais plutôt en tribunes. Depuis un peu plus d’une saison, Jorge Mendes s’est installé à Molineux avec l’envie de rendre à l’équipe sa réputation d’antan. Voilà pour la version officielle. Officieusement, avec l’occasion d’asseoir sa supériorité dans le monde du football. Le Portugais n’est pas un simple homme d’affaires. Désigné "agent le plus influent du monde" par Forbes, Jorge Mendes a sa petite réputation à étendre au sein d’un championnat qui a des raisons d’être frileux face à sa volonté impérialiste.

Une stratégie bien huilée

Lui a déjà ses plans en tête. Jorge Mendes, c’est l’homme qui joue sans cesse une partie d’échecs. Placer ses pions, les recaser s’il le faut, avancer, attirer puis mater l’adversaire. Echec au roi. Voyant les Wolves plongés dans une crise majeure, il aurait poussé le conglomérat chinois Fosun International à le racheter en 2016. Au passage, l’un des dirigeants a des parts… dans Gestifute, la surpuissante entreprise du Lusitanien. Fosun sort le chèque, Mendes se charge du reste. Simple comme bonjour et le trou est fait outre-Manche.

La cible est idéale: un club qui dispose d’une grande communauté, d’une image de marque et d’un joli palmarès. Wolverhampton a été champion d’Angleterre à trois reprises dans les années 1950. Son retour en Premier League après six ans d’absence ne peut être qu’une belle fenêtre d’exposition pour ses jeunes joueurs... et un motif d’espoir pour une plus-value à la revente. Les Wolves feraient alors office de centre de post-formation.

Neves, le plus gros potentiel

Parmi les chevaux de course du très médiatique Jorge Mendes, le très en vogue Ruben Neves. Le joyau de Porto a débarqué la saison dernière… en devenant la recrue la plus chère de l’histoire du Championship. 20 millions d’euros pour 42 matchs, six buts et une passe décisive. Bilan très honorable pour l’ancien grand espoir du football portugais, âgé de seulement 21 ans. "C'était la bonne décision à prendre pour ma carrière, explique le joueur dans le Guardian, sans mentionner l’influence qu’a eu son agent dans ce transfert. J'ai eu la chance de venir ici, d'avoir beaucoup de temps de jeu, et ce n'était plus le cas à Porto."

La révélation de la saison 2017-2018 (avec Ryan Sessegnon) n’est pas la seule monture de l’écurie Mendes à avoir posé ses valises chez les Loups. Sept Portugais composent actuellement l’effectif de l’équipe (pour huit Anglais au total). Tous sous pavillon Mendes (il faut en prime y ajouter l’Espagnol Rafa Mir). Tous internationaux U18, U20, Espoirs ou A. Un deal dans lequel chacun trouve son compte. Les joueurs d’abord, qui peuvent prétendre s’épanouir sans être trop sous le feu des projecteurs. Pour Jorge Mendes surtout, qui trouve ainsi le moyen de mettre un (gros) pied en Premier League. Un championnat qu’il n’avait jusque-là jamais vraiment réussi à infiltrer.

Des précédents en Europe

En Europe, l’agent a déjà fait ses preuves… aux risques et périls parfois des institutions. Il a bien sûr débuté par le Portugal, à Rio Ave, Braga, Porto, au Benfica et au Sporting. Puis s'est placé en France avec l’AS Monaco. En Espagne avec le Deportivo La Corogne, l’Atlético de Madrid… et le Real Madrid, avec la star de son portefeuilles – pardon, de son carnet d’adresses – Cristiano Ronaldo, depuis partie à la Juve. Avant de déclencher une vraie tempête à Valence.

Lorsque le magnat singapourien Peter Lim s’accapare le club en 2014, son "ami" le conseiller-star y voit l’occasion de mettre sa patte. Aymen Abdennour, Ezequiel Garay, Danilo Barbosa, Joao Cancelo… C’est Mendes. André Gomes aussi. Ce dernier incarne même pleinement le plan de businessman: acheté pour 15 millions d’euros avant d’être revendu pour près de 60 millions au FC Barcelone un an plus tard, après une saison en forme d’éclosion.

De bons joueurs mais pas de cohérence dans le projet avancé par Lim. "Quand Jorge te dit 'Achète, achète ce joueur, ça va devenir un crack et je le vendrai à 40 voire 60 millions' et bien ça se fait dans la majeure partie des cas, raconte l’ancien président du club Adameo Salvo dans le livre 'Jorge Mendes, mes clés pour réussir dans le football'. C’est ça, la force de Jorge, et ce qui fait son succès." Son échec aussi. Les supporters n’ont pas tardé à se rebeller face à la stratégie 100% business de l’agent. 

Monaco en a tiré le meilleur

A Monaco, il a plutôt été question de changement de cap. La "Mendes touch" a eu du bon avec les recrutements de Radamel Falcao, James Rodriguez... L’arrivée de gros noms ou de futurs grands a peu à peu laissé place aux signatures de joueurs plus jeunes et moins 'brandés' "Mendes". Exit l’agent le plus influent et son orchestre? Pas vraiment puisque la recrue Pelé est l’un de ses protégés. Toujours présent en coulisses… mais concentré sur son nouveau territoire anglais à conquérir.

Nuno le soldat… discret

Son fidèle client et ami, Nuno Espirito Santo, l’a suivi dans la folle aventure Wolverhampton. Le technicien, sans palmarès il y a encore un an, n’a connu que des équipes sur lesquelles Mendes avait la mainmise, à Rio Ave, Valence (où il a été poussé vers la sortie par les fans), Porto. Arrivé en mai 2017 en Angleterre, Nuno a trouvé son équilibre et a même prolongé son bail d’un an (jusqu’en 2021) suite à sa réussite éclair. Mais lorsqu’on lui demande s’il faut féliciter son collaborateur pour cette saison, le coach champion évite de s’étaler sur le sujet. "Je pense que tous ceux qui aiment ce que représente Wolverhampton méritent qu’on les remercie, lâche-t-il en conférence de presse. Parce que c’est important d’avoir des gens qui croient en vous et vous soutiennent. Tout le monde. Qui aime Wolverhampton? Moi!"

On ne cite donc jamais l’agent. Même discours du côté des dirigeants, bien décidés à se détacher de l’étiquette Mendes, avant qu’elle ne reste collée à tout jamais et qu’elle ne vienne brouiller l’image du club. Pas de lien, selon eux, entre lui et la nomination de Nuno. "Ça n’a pas été simple de convaincre Nuno de venir, assure le président Jeff Shi. Il a pris un grand risque. Le Championship est le championnat le plus dur au monde mais il a fait preuve de beaucoup de courage pour endosser son rôle."

Les concurrents enragent déjà

Les Wolves soignent leur image, même si le spectre de la galaxie Mendes les suit sans cesse. Un peu trop au goût de certaines autres formations qui se sont unies face à la montée en puissance du Portugais en terre britannique. Aston Villa, Leeds United et Derby County ont dénoncé auprès de la ligue le conflit d’intérêts entre sa fonction de conseiller et ses liens étroits avec Fosun. Mendes est soupçonné de contourner la très surveillée TPO, tierce propriété, contre laquelle les grandes instances du football se battent.

Au printemps dernier, l’EFL a ainsi ouvert une enquête pour violation des règles… qui n’a rien donné. Après quelques semaines d’investigation, aucune sanction n’a été retenue contre le promu. La ligue appuie la version des dirigeants qui prônent la ruse en "s’entourant des bonnes personnes".

"On a besoin de quelqu’un pour nous aider"

"Jorge est mon ami, explique Jeff Shi à la BBC. Il en sait beaucoup sur cette industrie. Parfois, quand on arrive dans un monde qu’on ne connaît pas, on a besoin de quelqu’un pour nous aider, pour nous guider dans nos choix, pour partager les échecs et les réussites. J’obtiens de bons conseils de sa part." Si bons que le président a souhaité nommer son partenaire "directeur du recrutement" au sein du club.

Pendant ce temps, les supporters s’accommodent bien de la décision de l’EFL et vivent un mercato qui s’annonce agité avec des pistes comme André Gomes (encore lui), André Silva, Renato Sanches ou Gonçalo Guedes. Les "petits" de Mendes, toujours. Dernière rumeur en date, celle menant au Monégasque Joao Moutinho… évidemment lui-même membre de l’écurie, qui viendrait ajouter une touche de prestige presque vintage au sein d’un effectif plutôt jeune. Reste à savoir si le "système Mendes" montrera à nouveau ses limites. Les Wolves ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus.

L.Foudala