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Racisme : le football n’est pas tout blanc

Sepp Blatter

Sepp Blatter - -

Si pour Sepp Blatter « il n’y a pas de racisme dans le football », Rio Ferdinand, Sidney Govou ou encore Seydou Keita ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, le récent dérapage verbal de Luis Suarez à l’égard de Patrice Evra n’est pas un acte isolé.

Cela devient récurrent et de plus en plus désolant. Le racisme dans le football a encore frappé ces derniers jours. Après les nombreux épisodes en tribunes, le sujet a dérapé sur le terrain. Mercredi, la Fédération anglaise de football a accusé l'international uruguayen, Luis Suarez, d'avoir tenu des propos racistes envers le Français Patrice Evra. John Terry est lui aussi sur le coup d’une enquête menée par la police de Londres (Met) pour un éventuel comportement raciste à l'encontre d'Anton Ferdinand. Des épisodes qui ont trouvé un écho retentissant après la sortie de Sepp Blatter.

Dans une interview accordée à CNN World, le président de la FIFA a minimisé la portée de ces incidents de plus en plus fréquents. « Il n'y a pas de racisme, mais peut-être un mot ou un geste déplacé. Et la victime devrait se dire que ce n'est qu'un jeu et serrer la main, a commenté le Suisse. Les joueurs de football se livrent bataille et parfois, les choses se font de manière incorrecte. Mais, normalement, à la fin de la partie, vous présentez vos excuses à votre adversaire si cela a été rude durant le match. Vous vous serrez la main, et tout est fini. » Une sortie qui a provoqué un tollé dans les médias anglais et auprès des joueurs. Rio Ferdinand, capitaine de Manchester United, s’est en pris vertement à Blatter via Twitter : « Vos commentaires sur le racisme sont si condescendants que cela en est presque risible. Si les fans chantent des chansons racistes mais qu’à la fin ils se serrent la main, ça va? » Et d’ajouter, dans un autre de ses twits : « Dire ce que vous avez dit sur le racisme en dit long sur votre ignorance sur le sujet ».

Seydou Keita : « Si tu me traites de ‘’sale nègre’’, je te traite de ‘’sale blanc’’ »

Si le soufflé n’est pas prêt de retomber outre-Manche, sa portée est relative ailleurs. Même si tous assurent que ce phénomène existe partout. « Je ne sais pas si c’est sa conviction profonde mais il (Blatter) a fait une grosse erreur, s’emporte Sidney Govou, attaquant d’Evian Thon-Gaillard. Le racisme existe dans le foot. Il ne faut pas le banaliser. C’est grave. C’est un réflexe qu’on ne devrait pas avoir. Dans le foot et dans la vie en général. »

Le problème semble pourtant sombrer dans la normalité. « C’est important de ne pas faire d’amalgame et de ne pas amplifier les choses, tempère Seydou Keita, milieu de terrain malien de Barcelone. Il y a des cons qu’on ne peut pas empêcher de parler. Ça fait partie de la société. Ça m’est déjà arrivé en Espagne. Mais si tu me traites de ‘’sale nègre’’, je te traite de ‘’sale blanc’’. Si je tombe dans le panneau, l’arbitre me met un carton rouge. C’est pour ça qu’il ne faut pas y faire attention. Je n’ai pas de complexe, je ne suis pas meilleur que le blanc et vice versa. » A l’inverse de Samuel Eto’o, qui avait mimé un singe pour célébrer un but après avoir été victime d’insultes racistes, ou de Marc-André Zorro, qui avait arrêté un match après avoir entendu des cris de singe, plus personne ne semble s’offusquer de ces dérapages toujours plus dangereux. Consternant.

Le titre de l'encadré ici

Blatter dans l’œil du cyclone|||

La sortie du président de la plus grosse instance mondiale du football n’est pas passée inaperçue aux yeux de tout le monde. A commencer par deux top sponsors de la FIFA, Castrol et Continental. Les deux groupes ont en effet publié des communiqués condamnant fermement les propos du Suisse. Ce dernier avait tenu à modérer ses propos, mercredi. « Je tiens à souligner une nouvelle fois que je ne veux pas sous-estimer le problème du racisme dans la société et le sport. Je m'engage à combattre cette plaie et à la chasser du football ».