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Serbie-Albanie : « une grande injustice » pour Cana

Lorik Cana (Albanie)

Lorik Cana (Albanie) - AFP

EXCLU RMC SPORT. Lorik Cana, le capitaine de l’Albanie, s’insurge contre la décision de l’UEFA d’infliger match perdu à son équipe après les incidents en Serbie. Pour l’ancien Marseillais, les Albanais ne pouvaient pas reprendre la rencontre.

Lorik Cana, comment réagissez-vous aux sanctions prises par l’instance disciplinaire de l’UEFA après les incidents de Serbie-Albanie, avec notamment le fait que votre équipe ait match perdu ?

Nous sommes ceux qui ont subi les préjudices. Ça ne s’est jamais vu, dans ce siècle, une équipe nationale qui se fait attaquer par le public, par des hooligans, avec toute sorte de choses : des chaises, etc. Même des gens de la sécurité sont venus prendre part à ça. Et après être presque tous sortis intacts, en ayant reçu un peu de tout sur la tête, voir que la décision de la FIFA nous donne « match perdu » (0-3), ce n’est pas facile à avaler. On a tout fait pour récolter les images vidéo, tout ce qui s’est passé ce soir-là. C’est une décision qu’on ne peut pas comprendre, qui est injuste. Elle nous pénalise doublement. Non seulement elle nous enlève un point puisqu’à ce moment-là, il y avait 0-0. Et en plus, elle nous donne un goal-average négatif. On va continuer, on ne va pas s’arrêter-là. On va faire appel, puis si l’appel ne passe pas, on ira au Tribunal Administratif du Sport. Qui, avec un œil un peu différent, pourra juger cette affaire par rapport aux actes qui se sont passés sur le terrain.

A quoi vous attendez-vous avec ce recours en appel ?

Tout simplement que les gens jugent par rapport à ce qu’il s’est passé. Il y a eu des issues identiques, des matchs gagnés sur tapis vert 3-0 sans qu’il se passe la moitié des faits qu’il y a eu sur le terrain ce soir-là. On s’est retrouvé envahi, attaqué de toute part par les supporters. On s’est défendu et on a essayé de rentrer le plus rapidement possible. Une fois rentré, on a vu que les joueurs étaient apeurés, traumatisés par cette expérience. D’autres étaient blessés. Moi-même, je suis tombé dans le tunnel, mon genou a gonflé. Je viens de reprendre avec la Lazio. Le simple fait de nous demander si on est en capacité de reprendre le match, c’est incompréhensible.

C’était impossible…

La dernière chose à laquelle on pensait, c’était au football. J’ai des joueurs blessés, qui ont des responsabilités, qui sont pères de famille. Je ne me voyais pas leur dire: « Allez les gars, on retourne jouer. On s’est fait attaquer, on est blessé, on va faire deux, trois changements mais il faut qu’on rentre sur le terrain. » Je ne pouvais pas leur garantir que la même chose ne se repasserait pas. Donc on a fait part de notre décision quant à notre incapacité de jouer. Choix compréhensible, je pense. Et c’est dommage, on est dénigré comme petite nation de football. Imaginez que ce soit arrivé à l’équipe de France ou n’importe quelle autre équipe de standing mondial. Je pense que la situation serait différente. On va se défendre jusqu’au bout et on va faire valoir nos droits jusqu’à la fin.

L’UEFA vous a-t-elle entendu ?

On a été suivi sur deux choses : le drapeau, mais je pense qu’ils ont laissé tomber puisque ça ne pouvait absolument pas être prouvé. On n’avait aucun supporter dans le stade. Ils ne sont pas venus. Le drone est venu de l’extérieur, donc pas maitrisable, ni « arrêtable » de notre part. Donc on n’a pas été sanctionné là-dessus. On a été sanctionné sur le fait que l’arbitre a déclaré que l’Albanie ne voulait pas reprendre le match. Ce qui est tout à fait regrettable, car je pense que le délégué a écrit que le terrain n’était plus praticable. Ils ne nous ont fait part, à aucun moment, de leur décision quant à une reprise du match. Ils nous ont seulement demandé si on pouvait être capable de jouer. Dans cet état-là, après ce qu’on avait subi sur le terrain, au vu du niveau de sécurité, de l’état physique et psychologique de mes joueurs, la dernière des choses à laquelle on pensait, c’était de reprendre. C’est une grande injustice.

La Serbie, qui ne récupère pas les trois points, va également faire appel…

Je n’ai pas envie de parler de l’adversaire. J’ai seulement envie que les gens sachent ce qu’il s’est passé. J’ai deux joueurs de l’équipe serbe qui jouent avec moi à la Lazio. Ça se passe fantastiquement bien. J’ai un rapport fantastique avec Filip Djordjevic. On était les premiers à regretter cette situation-là. Je n’ai pas envie qu’eux soient pénalisés sportivement et qu’ils ne puissent plus jouer leur chance jusqu’au bout. Je veux simplement que les choses soient jugées comme elles doivent l’être. On n’a jamais eu de précédent avec nos supporters, on n’a jamais eu d’antécédent de comportement ou de débordements dans notre passé. Rien ne permettait de nous sanctionner sur nos précédents. Et je sais que la Serbie en a déjà eu. Après, savoir s’ils ont été suffisamment pénalisés ou pas, ce n’est pas à moi de le dire. Mais nous donner un match perdu 3-0 après avoir subi de telles violences, au vu de l’état physique de mes joueurs, au point de ne pas pouvoir rentrer sur le terrain, c’est un une grande injustice. On va se défendre jusqu’à la fin.

Vincent Delzescaux