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94M€ pour C. Ronaldo, "déconnecté mais pas irrationnel"

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Frédéric Bolotny est chercheur au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Il analyse la logique économique et marketing du transfert record de Cristiano Ronaldo au Real Madrid.

A 94 millions d’euros, le transfert de Cristiano Ronaldo peut-il s’inscrire dans une logique économique ?
Elle s’inscrit surtout dans la stratégie de développement marketing de Florentino Perez. Mais elle est totalement déconnectée de la réalité du marché des transferts. On n’avait pas vu un transfert supérieur à 40 millions d’euros depuis trois ans. C’est dire… Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas un transfert rationnel.

Un transfert record qui intervient deux jours après celui de Kaka…
La première question est de savoir comment on peut acheter en trois jours Kaka à 65 millions d’euros, puis Ronaldo à 94 millions. La différence tient au potentiel marketing supérieur de Ronaldo. Il y a une double explication politique et marketing. Politique car le Real est une association et Perez s’est fait élire sur un programme qu’il cherche à mettre en oeuvre. La seconde est proche de ce que fait Disney avec ses personnages. Le Real va communiquer sur sa marque et sur ses joueurs, autour de qui il va commercialiser des produits.

Quel est peut être l’impact du transfert de Ronaldo sur le marché ?
Des transferts à ce niveau-là exercent une pression à la hausse sur le marché. Mais je ne suis pas sûr que cela provoque une bulle spéculative comme au début des années 2000 avec Zidane et Figo. Le cours du marché des transferts s’est effondré après 2003. Je ne crois pas qu’il reparte à la hausse. Il n’en a pas intérêt dans le contexte économique actuel.

Un tel transfert pourrait-il être l’œuvre d’un club de L1 ?
Quatre-vingt quatorze millions d’euros, c’est deux fois le budget moyen d’un club de Ligue 1 hors transferts. L’OL a un budget de 150 millions d’euros. Le football et les stades français ne génèrent pas les recettes suffisantes pour ne pas dépendre principalement des droits télé. Et les clubs sont contrôlés par la DNCG qui n’autoriserait pas -en dehors d’actionnaires richissimes qui apporteraient des garanties- ce genre de transferts. Sans compter que le coût global du transfert de Ronaldo est plus de l’ordre de 40 millions d’euros par an que de 15 millions, à cause des commissions des agents, du salaire du joueur, et du prix de l’assurance. Mais il ne faut pas oublier que Ronaldo aura encore une valeur marchande à la fin de son contrat, s’il ne se blesse pas. Perez sait que si la logique économique prend trop le pas sur la logique sportive, les performances de l’équipe peuvent chuter.

recueilli par Caroline Bauer