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Agents : comment la France résiste à la déréglementation de la FIFA

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L’instance dirigeante mondiale a décidé de supprimer, à partir du 1er avril 2015, l’obligation de licence pour exercer la profession d’agent. Un changement que la France a décidé de refuser pour mieux crédibiliser le métier. Reportage à l’Ecole des agents de joueurs de football.

Ils sont la plaie de la profession. Le sparadrap accroché à la chaussure. Au cœur de la récente affaire des transferts douteux à Marseille, les intermédiaires non licenciés écornent un peu plus l’image des agents. « Ça pose beaucoup de questions sur le milieu car on peut avoir affaire à des personnes qui ne sont pas vraiment celles qu’elles disent être », résume Mehdi Kair, élève à l’Ecole des agents de joueurs de football (EAJF). Un établissement créé en 2009 qui forme près de la moitié des aspirants au concours d’agent (443 candidats au dernier examen organisé sous l’égide du CNOSF et de la FFF). Et au sein duquel la direction a mis l’éthique au cœur des débats pour contrer les termes « malversations », « escrocs » ou « transactions douteuses ».

« Les professeurs nous mettent en garde et nous expliquent qu’il faut éviter les chemins faciles car l’effet boomerang nous retombe toujours dessus », raconte Medhi Kair. « Ils gèrent des carrières et doivent faire attention à leurs choix, explique Sidney Broutinovski, fondateur et directeur général de l’EAJF. C’est important pour un agent de se rendre compte que, malgré lui, il fait partie d’une famille. Apartir du moment où lui va dériver, il va causer du tort à l’ensemble de la profession. Il y a plus de 350 agents licenciés en France, tous ne sont pas des escrocs. 90% sont très corrects et officient dans la légalité. La défiance des gens à notre égard vient de l’amalgame fait entre les agents licenciés et les intermédiaires illégaux, que j’appelle les ‘‘bandits du foot’’, qui se prétendent agents et essaient de se faire payer sous couvert d’un prête-nom. Ça ne devrait plus exister. »

« Rassurez-vous, vous ne passez pas la licence pour rien »

Logique, donc, de voir les élèves se questionner sur la déréglementation annoncée de la FIFA. Qui a décidé de supprimer, à partir du 1er avril 2015, l’obligation de licence pour exercer la profession d’agent. Une décision qui n’empêche pas chaque pays d’établir son propre règlement. En France, il faudra donc toujours une licence. « Il n’existera plus d’agent sportif agréé par la FIFA mais une fonction d’intermédiaire sportif, rappelle l’EAJF dans un communiqué. En aucun cas cette réforme ne concerne la France. Après concertation, le gouvernement n’entend pas modifier la réglementation actuelle. » Devant les élèves, le discours épouse cette volonté de rassurer : « Rassurez-vous, ça ne passera pas en France. Vous ne passez pas la licence pour rien. On a une loi qui impose la détention d’une licence quel que soit le sport. Si on la viole, on est dans l’illégalité et il y a sanction. »

Premier agent français à avoir obtenu la licence FIFA en 1995, doté d’un portefeuille d’une cinquantaine de joueurs et à l’origine de la création de l’Union des agents sportifs français (qui siège à la FFF) en 2003, Stéphane Canard a conscience, du haut de ses 22 ans de métier, du besoin de séparer le bon grain de l’ivraie… et de la responsabilité des clubs : « Pour l’affaire des transferts à l’OM, par exemple, on parlait d’agents alors qu’il n’y a aucun agent officiel cité. Entendre Vincent Labrune (le président marseillais, ndlr) avouer avoir négocié avec des personnes qui n’ont pas la licence me laisser dubitatif. C’est comme si je négociais avec quelqu’un qui me dit être le président du PSG alors qu’il ne l’est pas… On me dirait que je suis amateur. Ce n’est quand même pas difficile d’aller sur le site de la FFF pour vérifier. Comment régler ce problème ? La ligue et la fédération ont un devoir de communication pour faire comprendre aux dirigeants qu’il y a un risque devant la loi. » Et nul n’est censé l’ignorer.

A.H. avec C.G. et W.T.