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Transformer le National en Ligue 3 professionnelle, ça changerait quoi?

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Changer le National en une Ligue 3 professionnelle... L’idée d’un troisième niveau professionnel n’est pas nouvelle. Même si les discussions entre la Fédération française de football (FFF), la Ligue de football professionnel (LFP) et les dirigeants des clubs de Ligue 1, Ligue 2 et National semblent au point mort, l’hypothèse d’une telle réforme pourrait bouleverser le paysage du football en France. Alors, avantages ou inconvénients pour les clubs?

"Cela peut-être une bonne idée, mais il ne faut pas que les clubs y voient simplement une aubaine financière". Maxence Franceschi, chargé d’études au Centre de droit et d’économie du sport à Limoges, est catégorique: si les dirigeants ne sont motivés que par l’aspect économique, faire basculer le National en une Ligue 3 professionnelle ne sera pas une réforme viable.

Depuis plusieurs années, certains présidents de Ligue 2 et National militent pour l’instauration du statut professionnel dans le troisième niveau du football hexagonal. En 2018, le projet avait été présenté aux instances dirigeantes du football français (FFF et LFP), avec comme objectif bien ciblé l’horizon 2020. Pourquoi cette date? "On avait ciblé cette année car avec l’augmentation des droits TV, on espérait recevoir notre part du gâteau." Thierry Gomez (président du Mans FC, évoluant en Ligue 2) le concédait en novembre sur RMC, l’objectif premier était d’obtenir une part du montant record (1.1 milliard) des droits de la Ligue 1 payés par Mediapro et beIN Sport. 

L'idée de fixer un cadre, avec encadrement des dépenses

Un premier accroc pour les défenseurs d’une L3. "Pour les clubs, il est nécessaire de prendre le temps de poser un cadre bien défini, détaille Maxence Franceschi, avec des priorités partagées par tous les clubs." L’idée d’un salary cap (plafond maximum pour les salaires) est pertinente, tout comme un contrôle des dépenses et des recettes des clubs. "On pourrait s’inspirer du fair-play financier de l’UEFA, il faut préserver une balance équilibrée dans les flux d’entrées et sorties d’argent", complète-t-il.

Difficile de contredire cet argument, tant certains clubs ont été relégués administrativement. Ceux qui souhaitent retrouver le statut professionnel rapidement (ou le découvrir) investissent ou sur-investissent. "C’est une stratégie à quitte ou double: les investissements consentis peuvent précipiter la chute d’un club", conclut Maxence Franceschi. 

Redistribution des droits TV et formation des jeunes

Dans l’hypothèse où ce scénario aboutirait, plusieurs changements seraient à prévoir pour les clubs. Aujourd’hui, un club de N1 touche 300.000 euros d'aide de la FFF et 50.000 de droits TV issus des diffusions sur YouTube. Le budget moyen en N1 est inférieur à deux millions d'euros. Le reste étant apporté par les subventions publiques et les partenariats commerciaux avec l'économie locale. Devenir pleinement professionnel supposerait l'intégration à la LFP et donc de toucher les redistributions solidaires. "Présenté comme ça, c’est un non catégorique. Mais il ne faut pas opposer la Ligue 1 aux autres, explique Thierry Gomez. Les clubs pros doivent faire un effort.”

L’un des axes de travail se situe sur la formation des joueurs. "Pour relancer la compétitivité des championnats, c’est incontournable. Et ça doit passer, en premier lieu, par se structurer au niveau des centres de formation", précise Thierry Gomez. Sur ce point, le président du Mans FC sait de quoi il parle: après la relégation en Division d’Honneur en 2013, le club sarthois a perdu son statut de centre de formation. Depuis son arrivée en 2016, il se bat pour agréer son centre.

"C’est une bonne idée, il faut savoir garder ses meilleurs joueurs pour élever le niveau global", poursuit-il. Cette idée s’inscrirait donc dans les priorités partagées par les différents acteurs. Des mesures nécessaires pour les économistes du sport, afin d’assurer la viabilité de la mesure.

Déplacer le problème? 

Entre 2009 et 2017, on compte 14 défaillances financières de clubs de National. En comparaison avec les autres championnats, on retrouve deux clubs de l’élite, cinq pour la Ligue 2, huit pour le N2, un pour la N3. Une manière de confirmer que le problème est bien plus profond qu’une simple question de budget. Pour les plus sceptiques, cette réforme ne ferait que déplacer le problème vers les niveaux inférieurs, N2 et N3. "Ce championnat est vu comme un mouroir pour les clubs. On ne peut pas y rester longtemps, c’est trop dangereux", mais pas de quoi annihiler les espoirs de Thierry Gomez. Pour ce faire, il faudra accompagner ce projet d’une série de mesures.

Car si le National devient professionnel, le même problème se posera entre ce championnat et la N2. La transition est difficile à effectuer entre le monde amateur et professionnel, beaucoup se sont heurtés au système. "Il faut plus d’engagement pour faire avancer la situation. Il faudrait avoir un horizon 2021-2022, c’est possible. Le fameux big bang du foot", résume le dirigeant.

Q.Valognes