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Vincent Labrune, infatigable négociateur rompu aux crises

Dans une crise sans précédent qui menaçait la survie du foot français, Vincent Labrune, arrivé un peu par surprise à la tête de la LFP, s'est imposé comme le personnage central pour éviter le pire.

Commen baptême du feu, on pouvait difficilement faire pire. Deux semaines seulement après son élection surprise à la présidence de la LFP le 10 septembre, Vicnent Labrune, 49 ans, s'est heurté à une catastrophe économique majeure: la défaillance du diffuseur sino-espagnol Mediapro.

Un crash industriel auquel l'Orléanais a dû, bien malgré lui, consacrer l'intégralité de son temps, entre les bureaux parisiens de la LFP, les couloirs d'un tribunal de commerce et les appels téléphoniques aux présidents de clubs, dirigeants de chaînes et responsables politiques. L'électrique Vincent Labrune s'est imposé en cinq mois comme l'infatigable négociateur du foot français, fort d'une expérience dans la gestion de crise acquise dans la tourmente marseillaise.

"Il est entièrement dédié à la gestion de cette crise, de façon discrète et efficace. C'est vrai qu'il a un certain sang-froid face au danger", décrit pour l'AFP Arnaud Rouger, directeur général exécutif de la Ligue.

La gestion de crise, c'est effectivement la marque de fabrique de l'ancien conseiller de Robert Louis-Dreyfus: en cinq années d'une présidence agitée à l'Olympique de Marseille (2011-2016), il a connu un sacre en Coupe de la Ligue (2012) mais surtout plusieurs tempêtes. La dernière s'est soldée par son départ et par la vente du club phocéen...

"Solo"

Le "deal" sur les droits TV passé jeudi dernier avec Maxime Saada, patron de Canal+, ne règle pas tout. Mais il a surpris, tant les discussions semblaient au point mort avec la chaîne cryptée qui diffusera finalement la Ligue 1 jusqu'à la fin de saison.

Autre accord à l'actif de cet ancien communicant passé par France Télévisions, les 100 millions d'euros de dédommagement arrachés à Mediapro au bout d'une nuit de "négos" le 11 décembre, en petit comité.

"Il remplit plus que bien le rôle, je n'avais pas de doute mais il s'est mis rapidement dans le costume", confirme à l'AFP Sylvain Kastendeuch, coprésident du syndicat des joueurs UNFP qui avoue même "s'inquiéter un peu" du manque de sommeil du dirigeant.

Kastendeuch, comme d'autres soutiens, se satisfait de cette recentralisation du pouvoir, à l'opposé de la direction bicéphale du mandat précédent, diluée entre la présidente Nathalie Boy de la Tour et le directeur général exécutif Didier Quillot.

Mais pour certains, cette "méthode Labrune" fait tiquer, notamment au sein du Conseil d'administration de la Ligue, peu consulté, ce qui avait conduit certains membres à s'en plaindre auprès de RMC Sport.

"Le Conseil ne sert absolument à rien. L'exercice du pouvoir est quand même très solo", pointe une source proche de l'instance, regrettant notamment une réunion "ubuesque" début février, où le président "a fait poireauter tout le monde pendant 30 minutes pour parler 30 secondes".

Arnaud Rouger conteste: "C'est au contraire quelqu'un qui écoute beaucoup, consulte beaucoup, et surtout qui fait confiance."

Partie de billard improvisée

Les violons s'accordent en revanche sur l'immense capacité de travail de Vincent Labrune, présent sur tous les dossiers chauds, fidèle à son tempérament fonceur et un brin irascible déjà entrevu à Marseille, où il a fini détesté par les supporters.

"C'est un bosseur fou. Il est obsessionnel sur le résultat et la manière de l'obtenir", raconte à l'AFP son ancien collaborateur à l'OM Luc Laboz. "La crise ne lui fait pas peur, il a les neurones en place pour la gérer".

Et un certain sens de l'improvisation comme en 2016, un soir de manifestation houleuse au stade Vélodrome où, pour dédramatiser le fait d'être retranché avec plusieurs personnes dans la loge présidentielle, Labrune avait organisé une partie de billard.

Même Jean-Michel Aulas, le président lyonnais qui l'avait traité de "guignol" lors d'un houleux OM-OL, semble convaincu par sa connaissance du monde audiovisuel: "Vincent Labrune arrive avec des idées nouvelles, plus jeunes et dynamiques", disait le patron de l'OL à l'AFP à l'automne, alors qu'il avait pourtant soutenu la candidature de Michel Denisot.

Un autre dirigeant de club décrit Labrune comme "un guerrier": "Les clubs sont un peu comme une armée et c'est notre général."

L'intéressé vit de son côté la période plutôt "comme un film", un "marathon". Début janvier, alors que l'horizon tardait à se dégager, le président de la LFP a filé en privé la métaphore maritime, plutôt que l'image guerrière: "On est sur le Vendée Globe, c'est le Cap Horn bientôt!"

Un mois plus tard, l'avarie guette toujours le foot français et son capitaine de bord. Mais la tempête s'est un peu calmée.

PK avec AFP avec AFP