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Vingt ans après, Bosman entrevoit le bout du tunnel

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Il y a vingt ans jour pour jour, l’arrêt Bosman révolutionnait le football moderne en facilitant les transferts de joueurs entre clubs européens. A l’origine de cette décision, Jean-Marc Bosman, l’ancien milieu de terrain belge, a connu la dépression, l’alcoolisme et même la prison. Aujourd’hui, il va mieux. Mais tous ses problèmes ne sont pas résolus.

C’est une décision qui a bouleversé en profondeur le paysage du football. Le 15 décembre 1995, la Cour de justice des communautés européennes donne raison à Jean-Marc Bosman dans son conflit avec le RFC Liège, qui réclame une indemnité pour le laisser partir à l’USL Dunkerque. Les joueurs sont désormais libres à la fin de leur contrat et les clubs du Vieux Continent peuvent recruter autant de joueurs européens qu’ils le souhaitent. Une véritable révolution…

A l’origine de ce séisme, Bosman, qui s’est battu durant cinq ans devant les tribunaux, se retrouve blacklisté par le monde du ballon rond et sombre dans la dépression. Alcoolisme, violences conjugales, prison. Privé de revenus, l’ancien milieu de terrain est rapidement ruiné. Au fond du trou, il finit même par en appeler à la générosité pour nourrir sa famille. Une vraie descente aux enfers.

La générosité de Van der Sar et De Boer

Vingt ans plus tard, le Belge semble avoir remonté la pente. En partie. Mais son expérience cauchemardesque l’a rendu fragile. Il n’a d’ailleurs rien oublié, comme en témoigne cette anecdote qu’il situe entre 1996 et 1997. « Les Néerlandais Van der Sar et De Boer étaient venus me voir à la maison. Et chaque joueur m’avait donné 2 500 euros, en signe de reconnaissance, confie-t-il à Ouest France. Ils avaient demandé à l’équipe nationale belge de faire le même geste, mais la fédération nationale s’y était opposée. » Soutenu depuis plusieurs années par la FIFPro, Bosman, qui devait recevoir un hommage ce mardi à Amsterdam, espère désormais obtenir un poste au sein du syndicat des joueurs professionnels. « La moindre des choses, ce serait d’être pris comme ambassadeur », estime-t-il, déçu et frustré que son combat ait finalement débouché sur l’ère du football-business : « Les joueurs sont devenus des marchandises. Les grands font de belles fêtes et les plus petits n’ont que des miettes ».

«Tout le monde a profité de l’arrêt Bosman, sauf moi»

Alors en attendant, l’ex-international Espoirs belge, aujourd’hui âgé de 51 ans, ressasse sa rancune. « Je ne sais pas si les jeunes mesurent qu’aujourd’hui, l’équipe nationale belge, la meilleure que nous ayons jamais eue, ne pourrait pas être ce qu’elle est sans l’arrêt Bosman. Car ils n’auraient pas tous pu aller jouer dans les meilleurs clubs, en Angleterre notamment (…) Je ne serai peut-être plus là dans vingt ans, mais ils continueront à en parler et si quelqu’un se souvient de moi, je lui donnerai l’état de mon compte en banque. Tout le monde a profité de l’arrêt Bosman, sauf moi ! »

Sans emploi et sans diplôme, le natif de Liège, qui assure que « la fin du tunnel est proche », ne regarde pas beaucoup de foot à la télévision. Il n’a de toute façon pas de quoi payer un abonnement. Il se concentre donc sur l’éducation de ses deux fils, Martin (4 ans) et Samuel (6 ans) : « Ils sont trop jeunes pour connaître mon histoire. Je ne veux pas leur compliquer la vie avec ça. Mais quand ils grandiront, ils pourront découvrir ce que leur père a fait pour les joueurs professionnels sur Internet. Et ils verront j’ai fait quelque chose de bon ».

https://twitter.com/AlexJaquin Alexandre Jaquin Rédacteur