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Onesta, expert en Experts

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Une nouvelle fois sacré champion du monde ce dimanche en Suède, Claude Onesta n’a pas toujours connu la réussite. Un revirement dans sa manière de manager ses hommes lui a permis de devenir l’entraîneur français le plus titré de l’histoire, tous sports confondus.

Dix ans qu’il traine sa silhouette autour du banc de l’équipe de France. Dix ans pour cinq titres. Champion olympique (2008), double champion d’Europe (2006 et 2010) et désormais double champion du monde (2009 et 2011), Claude Onesta s’est un peu plus installé au sommet de la hiérarchie des techniciens français, tous sports confondus. Un destin en or pourtant parsemé d’embuches. Arrivé à la tête de l’équipe de France après le sacre des Barjots en 2001, cet ancien professeur de sport tombé presque par hasard dans le handball doit assumer l’étiquette de successeur de Daniel Costantini, premier technicien sacré à la tête d’une équipe de France (1995).

Les débuts sont pourtant difficiles. Critiqué jusqu’au titre de champion d’Europe en Suisse (2006), il opère un virage radical dans sa manière de fonctionner après la défaite contestée et contestable en demi-finale des championnats du monde allemands (2007). Remis en cause par certains cadres, et notamment Nikola Karabatic, il décide de responsabiliser un peu plus les joueurs. Une méthode voulue ou subie, toujours est-il que cette manière de fonctionner a du bon. « Il nous a laissé les clefs de la maison, explique l’Aptésien Michaël Guigou. Ça a mis du temps à se mettre en place mais depuis 2008, on s'occupe de l'attaque, on s'occupe de la défense. Lui remet les gens en place quand l'investissement n'est pas bon mais la remise en cause tactique vient de nous. »

Tenté par le monde de l’entreprise

Volontairement en retrait lors des séances d’entraînement dirigées par son adjoint Sylvain Nouet – Onesta était lui-même l’adjoint de Nouet à la tête de l’équipe de France espoirs à la fin des années 1990 –, il s’est entouré d’un conseil de sages composé des frères Gille, de Fernandez, Karabatic, Omeyer, Dinart, Guigou. Ce sont eux qui s’expriment pendant les entraînements ou même pendant les temps morts des rencontres. « C'est surtout un meneur d'hommes. Il a su par ses mots, par son charisme, nous montrer la voie. Il a créé cette solidarité. Il fait tourner la maison comme il faut », livre le blessé Daniel Narcisse.

Claude Onesta s’est accoutumé à ce rôle. Il fut d’ailleurs le premier à s’excuser auprès de ses joueurs après ses errements tactiques au lendemain du match nul contre l’Espagne (28-28). « Le projet appartient aux joueurs. Ce sont eux qui en font une réussite ou un échec, confie-t-il. L'entraîneur n'est qu'un guide mais je reste convaincu qu'en responsabilisant les acteurs principaux, on se donne les moyens de gagner. » Assuré de poursuivre l’aventure jusqu’aux Jeux Olympiques de Londres, pour lesquels les Français sont déjà qualifiés, l’Albigeois de 54 ans laisse planer le doute quant à son avenir. Lui qui multiplie les lucratives interventions en séminaires d'entreprise se verrait bien tenter une nouvelle aventure. « Le jour où les joueurs ne me suivront plus, je partirai, répète-t-il. C'est aussi simple que cela. » Pour le moment… 

Pierrick Taisne avec Rodolphe Massé à Malmö