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Onesta : « Ni affolé, ni dépité »

Claude Onesta

Claude Onesta - -

C’est sans langue de bois que le sélectionneur des Bleus s’est exprimé après la défaite contre la Croatie (22-29) et l’élimination des siens de l’Euro. S’il reconnaît que les Experts n’étaient pas au niveau, Onesta ne s’affole pas à six mois des JO de Londres.

Claude , l’équipe de France vit une vraie déception…

C’est sûr que ce n’est pas agréable de vivre un Euro comme ça, surtout quand tu t’es préparé à le dominer. On a le sentiment de ne pas faire bien le boulot et de ne pas être à la hauteur des objectifs fixés. Tout le monde est en souffrance, d’autant plus ceux qui n’ont pas montré leur vrai visage.

Dans quel état d’esprit se trouve l’équipe ?

On aurait pu se fragiliser beaucoup plus. Ce sont les conditions que j’avais posé le soir de la défaite contre la Hongrie: rester très soudés, unis, vivre le moment dans sa difficulté ensemble et que personne n’essaye de voir le problème chez le voisin plutôt que chez lui. Quand je vois la réaction face aux Slovènes et les 40 premières minutes du match, c’est très salutaire. On sent que c’est une équipe vexée, qui n’a qu’une envie : celle de reprendre à zéro une compétition. Il nous tarde de nous préparer à nouveau et d’analyser les choses sans concession. On abordera la nouvelle compétition avec un nouveau statut et peut-être entouré de quelques doutes. Je crois que cette équipe saura puiser dans ses réserves.

L’équipe de France n’était-elle pas trop sûre de sa force ?

Oui certainement, c’est pour ça que le réveil est difficile. Mon métier, c’est d’anticiper ces évènements donc le premier fautif, c’est moi. J’aurais dû voir les signaux de ce moment-là. Si ça c’était traduit dans le comportement des joueurs avant la compétition on l’aurait vu et on l’aurait traité. Mais les joueurs sont arrivés avec autant de sérieux et d’application. Il manquait juste une petite flamme. On était un peu trop paisible et pas prêt à vivre cet Euro. On a mis trop de temps à se réveiller et quand on l’a fait, c’était trop tard. Le train était déjà passé.

La préparation est-elle la principale cause de cet échec ?

Quand on me dit qu’on n’a pas suffisamment travaillé pendant les rassemblements, je ne suis pas d’accord. On a une équipe qui est construite pour vivre ensemble, assumer ensemble et c’est certainement ce qui nous a permis de gagner 4 titres d’affilés. Alors si dans les moments compliqués du calendrier, on voulait faire des marathons d’entrainements… On ne peut pas le faire avec des joueurs qui ont autant de vécu. On prend le risque, si c’en est un, de miser sur cet état esprit pour vivre les rendez-vous compliqués.

« On ne changera pas notre façon de faire »

Cet échec est-il un mal pour un bien ?

Je ne suis ni affolé, ni dépité. J’ai vu une équipe dans la difficulté, alors que je la connaissais dans l’élégance et le brio, mais je l’ai vu rester soudée et combative. C’est la bonne indication, sans dire que c’est un mal pour bien. On est capable de se survolter même quand les moments sont durs.
Bien sûr qu’il y a des choses à régler mais on a trop vécu de choses ensembles pour tout jeter à la poubelle. On ne changera pas notre façon de vivre pour autant, en devenant imbéciles et dictateurs.

Avez-vous cru au miracle ?

Après la première mi-temps qu’on venait de vivre, j’avais moins d’inquiétudes qu’au début du match. Je pensais qu’on était capable de battre les Croates. Après, ça tourne sur pas grand-chose… On avait à gérer les joueurs pour l’éventuel match décisif d’aujourd’hui et on a donc fait des rotations. Mais il y a eu trop de déchets et de difficultés dans l’ensemble pour espérer.

Quel a été le moment le plus dur à vivre dans cet Euro ?

Le fait d’avoir la sensation d’avoir fauté contre l’Espagne. Ce match nous a pénalisés et surement marqués au plus profond de nous. Et quand les difficultés individuelles sont venues s’ajouter, l’enthousiasme qui habitait cette équipe jusqu’à présent nous a échappé. Surtout qu’on n’est pas dans une compétition de foot ou de rugby où les matchs se jouent une fois par semaine. On n’a pas le temps entre deux matchs de reconstruire les corps et les têtes. Quand vous avez commencé à déraper, c’est difficile de freiner ce dérapage. Malgré tous nos efforts, on n’a pas réussi à le faire.

Propos recueillis par Rodolphe Massé