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"Je ne me laisse pas le choix, il me faut la médaille d’or"

Automne Pavia

Automne Pavia - AFP

Médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Londres, la judoka Automne Pavia vise le plus beau métal chez les moins de 57 kilos aux Jeux de Rio. Avec le sourire, la championne française se confie dans l’Intégrale Sport sur l’antenne de RMC entre ses ambitions, ses concurrentes, le leadership de Teddy Riner et le régime auquel elle doit s’astreindre.

Automne Pavia, la France a 14 représentants dans les épreuves de judo aux Jeux de Rio. Est-ce autant de chances de médailles ?

Bien sûr ! A partir du moment où nous sommes sélectionnés pour aller aux Jeux olympiques, c'est que nous sommes médaillables. J'espère vraiment qu'on finira avec 14 médailles.

Vous en parlez entre vous, d'un grand chelem possible ?

On en parle entre nous... Bon, on se branche aussi un peu par rapport à ça ! (rires) On se tire tous vers le haut, on se motive tous. On se dit que c'est possible. On veut vraiment tous ramener cette médaille et on croit en notre équipe.

Vous sentez une attente particulière, plus forte que celle avant Londres ?

Oui. Avant Londres, j'étais la petite jeune. On ne m'attendait pas spécialement sur le podium. Là, on m'attend au tournant. Mais j'aime bien cette position. Ça me donne encore plus envie de prouver que je suis là et que je compte bien monter sur la marche la plus haute.

Quel est votre programme jusqu'à votre grand départ samedi ?

On continue à s'entraîner. On part samedi. Après, même au Village olympique, on va continuer à s'entraîner, on est obligé. Mais les séances fortes de combat, ça se termine demain.

Vous y aller à fond même à l'entraînement ou vous en gardez un peu sous le pied ?

On fait moins de combat. Donc en quantité, on fait moins. Par contre, en qualité, on fait vraiment très fort. On fait peut-être quatre combats, mais quatre combats type compétition. Mais à côté de ça, on fait beaucoup de massages, beaucoup de récupération (rires). Ça, c'est bien !

Vous aviez pris le bronze à Londres. On connaît votre tempérament; à Rio, ça ne vous suffira pas, vous visez l'or !

Ah oui ! Là, avec toute autre médaille, je serais déçue, c'est sûr. Bronze, j'ai déjà connu. Avec une médaille d'argent, je finirais sur une défaite, ce serait horrible. Là, je ne me laisse pas le choix. Il me faut la médaille d'or si je veux rentrer avec le sourire.

Qu'est-ce qui vous fait croire que cette fois, c'est la bonne ?

Sur l'olympiade, j'ai été vraiment régulière, que ce soit au niveau européen ou au niveau mondial. J'ai eu une année vraiment compliquée avec des blessures, des défaites... Je n'avais plus trop envie. Mais je me dis que je ne peux pas avoir traversé tout ça pour rien. Je me suis toujours dit que j'ai une bonne étoile au-dessus de la tête. Ça va être le moment pour elle de s'activer (rires).

Pardon d'être vulgaire, mais vous "en avez chié" cette année ?

Il n'y a pas de meilleur mot. J'en ai chié cette année, c'était vraiment horrible. Je n'avais jamais connu ça. Mais bon, je me dis que malgré tout, j'ai été forte quand il le fallait. J'ai été 3e aux championnats du monde et juste avant la sélection pour les Jeux olympiques, j'ai été championne d'Europe. J'en ai chié mais j'ai réussi à sortir la tête de l'eau. Quand on sort de cette période-là, on ne sort que plus fort. Ça a été une préparation pour les Jeux olympiques. Il peut m'arriver n'importe quoi, je saurai me relever.

Vous avez failli jeter l'éponge cette année ?

Ouais, ça a été compliqué vraiment en tout début de saison. Ce n'était pas même pas l'histoire de la qualification. Moi, je ne voulais pas aller aux Jeux pour faire de la figuration et perdre au premier combat. Je veux y aller pour gagner. A un moment donné, je me disais que je n'y arriverais plus, que j'étais à un stade où ce n'était plus possible. C'est là où les entraîneurs et la famille sont importants. Ils m'ont un peu changé d'environnement et ça m'a fait le plus grand bien. Tout ça maintenant, c'est le l'histoire ancienne, et je regarde vers l'avant.

Où en est-on aujourd'hui chez les moins de 57 kilos ? Il y a toujours la Japonaise Kaori Matsumoto (championne du monde et championne olympique en titre) ?

Elle est toujours là. On parlait de moi, mais elle n'a pas eu une saison facile non plus. Mais ça reste une très grande championne, très intelligente dans ses combats, et pour moi une bête noire. C'est un bon morceau, mais on va aux Jeux olympiques pour faire de beaux combats. De toute façon, aux JO, il n'y a pas de premier tour facile. Je pense que ce sera une belle compétition.

Vous n'avez peur de personne ?

Non ! J'espère que je vais la prendre (Matsumoto) ! En tout cas, je suis prête et je lui réserve quelques surprises ! (rires)

Chaque judoka a sa spécialité, sa prise favorite... Vous avez travaillé quelque chose de nouveau que vous gardez sous le coude ?

Je ne vais pas inventer une nouvelle technique aux Jeux olympiques. Ce n'est pas le moment. Maintenant, c'est vrai que sur certains profils comme la Japonaise Matsumoto, je sais ce que je dois faire et ne pas faire. Il y a d'autres choses que je n'ai pas l'habitude de faire que je ferai. J'ai travaillé sur son profil et je compte mettre tout ça en place. Si je veux la battre, il faudra bien.

Gare aussi à la Brésilienne Rafaela Silva qui aura le soutien du public.

Elle sera chez elle. C'est une sacrée concurrence, mais c'est aussi une sacrée pression que de combattre chez soi pour les JO. Je fais abstraction de ça. A Londres, j'avais pris l'Anglaise (Sarah Clark, ndlr). Je peux vous dire que ça criait dans la salle, mais je me disais que c'était pour moi, donc ça ne me perturbera pas (rires) !

Un petit mot sur Teddy Riner; comment est-il depuis sa désignation en tant que porte-drapeau ?

Teddy, il est égal à lui-même, ça ne change pas grand-chose. On est vraiment super heureux que ce soit Teddy qui porte le drapeau. Je trouve que c'est tout à fait normal. On parlera du judo dès la cérémonie d'ouverture. Ça annonce bien les Jeux pour le judo ! Teddy est très proche de toute l'équipe de France, il parle beaucoup. C'est quelqu'un de vraiment dans l'équipe. Pour nous, c'est vraiment énorme que ce soit lui le porte-drapeau.

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Serez-vous à la cérémonie d'ouverture ?

Non, hélas. C'est comme à Londres. Pour les petites catégories, c'est un peu compliqué car la cérémonie d'ouverture est quand même très loin. Les athlètes restent debout pendant des heures. Et nous, on est en période de régime et on combat peu de temps après. Donc on fait l'impasse sur ça. Par contre, je vous assure que je serai à la cérémonie de clôture.

Vous êtes en période de régime, c'est-à-dire ? C'est difficile de rester en dessous des 57 kilos ?

J'ai la chance de ne pas avoir beaucoup de poids à perdre. Je ne fais pas naturellement 57 kilos donc j'en perds quand même. Mais on fait attention à tout ce qu'on mange. J'ai un programme particulier. Je ne mange que ce dont mon corps a besoin, que ce qui est bon pour mon corps. C'est fatiguant parce qu'on ne mange pas à sa faim. On ne se fait pas de petit plaisir à côté, on les fera après la compétition.

C'est dur quand même !

Vous savez, dans les compétitions à catégories de poids, c'est toute l'année. Après une compétition, on se lâche un peu, mais on sait que plus on mange, plus on aura à perdre après. Là, je me dit qu'il ne me reste que cette compétition pour la saison. Après, j'aurai de bonnes vacances, donc ça ne me dérange pas de faire le régime maintenant. Je goûterai toutes les spécialités brésiliennes (rires) !