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JO 2016 : D34, une ligne de bus sous tension

Le bus attaqué près de Deodoro

Le bus attaqué près de Deodoro - AFP

Trois jours après l’attaque à balles réelles d’un bus de journalistes reliant Deodoro au Parc Olympique de Barra Da Tijuca, l’un de nos envoyés spéciaux a fait ce trajet. Récit dans une navette olympique pas comme les autres.

13 heures 50, centre de presse du Parc Olympique, l’arrêt D34 affiche sa destination : « Youth Arena ». La salle de basket féminin accueille France-Brésil à 15h30. A l’intérieur de ce transport réservé aux accrédités olympiques, cinq personnes, cinq journalistes français. Des sourires crispés, car l’un de nos confrères était dans le bus attaqué il y a peu. « On se couche ? Qui se met près de la fenêtre ? », peut-on entendre. Les adolescents auraient rajouté « LOL ». Non, la bonne humeur affichée cache bien une légère inquiétude. Avant de partir, une photo immortalise la scène où certains se mettent par terre, d’autres s’allongent sur les sièges pour ne pas s’exposer près des fenêtres. Une photo, pour rire. Une photo pour se détendre et dédramatiser.

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Très vite, le panneau « Transolimpica », la fameuse autoroute ouverte spécialement pour les Jeux olympiques, apparaît. Seuls les bus de Rio 2016 y roulent. Rassurant ? Très vite, sur la droite de la route, la « Cidade De Deus », la Cité de Dieu, une des favelas les plus violentes du pays. Les tirs qui ont brisés une vitre d’un de ces bus proviendraient de cet endroit. Le bus roule, dans un silence parfois inquiétant. Alors on regarde le paysage. On scrute l’horizon. Et on voit des inscriptions sur certains murs qui longent l’autoroute : « Honte à toi Brésil ! », « Les Jeux olympiques de l’exclusion », peut-on lire. Cette autoroute sera payante une fois les Jeux olympiques terminés. A mi-parcours, on veut se rassurer. « C’est bon, on est à l’abri avec le tunnel ! », lance un des passagers, pendant que l’autre rajoute : « un tunnel sans issue de secours, c’est parfait pour un guet-apens ». Ouf de soulagement lorsque l’on entrevoit la lumière au bout du tunnel. Deodoro se rapproche et ses militaires avec. Il y a une semaine, un char d’assaut accueillait les journalistes à un carrefour avec deux militaires en armes. Même endroit, quasiment même heure. Ils sont vingt. Plus armés les uns que les autres. La main sur la gâchette. Le « Campo militar » de Deodoro s’affiche à quelques kilomètres des sites olympiques. 60 000 militaires sont concentrés dans cette zone, ce qui en fait la plus importante en hommes de toute l’Amérique Latine. Après l’attaque, Rio 2016 peut donc déployer sans état d’âmes des forces supplémentaires pour rassurer les suiveurs olympiques.

Les militaires sont présents près des sites olympiques
Les militaires sont présents près des sites olympiques © RMC Sport

Dans le bus, la salle de basket s’affiche au loin. Par la vitre, de nouvelles concentrations de militaires. Mitraillettes, pistolets automatiques, armes lourdes. Un décor de guerre à quelques encablures des anneaux olympiques. Le bus s’infiltre enfin dans une zone protégée. La salle est devant nous. Dans une ultime vanne de mauvais goût, l’un des passagers lance : « Tant pis pour moi, je descends le premier ! ». Fin du voyage. Vingt-cinq minutes qui auront permis à un hélicoptère de survoler le trajet du début à la fin.

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