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JO 2021 (décathlon): le clan Kevin Mayer, de la Roche-de-Glun à Tokyo

Le recordman du monde du décathlon Kevin Mayer a connu une première journée délicate à Tokyo. Venu avec l’obsession de remporter son premier titre olympique mais touché au dos, le Français doit s'accrocher pour une médaille. Pour cela, il peut compter sur un de ses meilleurs amis Alexandre Bonacorsi, désormais son entraîneur en chef, et son frère Thomas Mayer. Un trio formé entre Drôme et Ardèche quand les trois gamins avaient à peine 10 ans. "Un kiff incroyable", pour le coach Bonacorsi.

Un calvaire mais encore des raisons d'y croire: Kevin Mayer a beaucoup souffert mercredi, pour son entrée en lice sur le décathlon des Jeux olympiques 2021 de Tokyo. Le recordman du monde de la spécialité, médaillé d'argent à Rio derrière Ashton Eaton, souffre du dos depuis son arrivée au Japon. Le voici cinquième du classement, avant une deuxième journée qui s'annonce aussi difficile que riche en potentiels rebonds pour aller chercher une médaille. Et pour cette quête, le Français pourra compter sur le soutien de son camp.

Après les championnats du monde de Doha en 2019, Kevin Mayer s’est séparé de son entraîneur historique, Bertrand Valcin. "Je pouvais anticiper ce qu’il avait à me dire. Je sentais le besoin de changer mais on est en très bons termes", confie-t-il. La star française de l’athlétisme a alors voulu se recentrer sur lui et a choisi parmi ses très proches pour se relancer. Son frère, Thomas, est devenu une sorte de super manager et son ami d’enfance, Alexandre Bonacorsi - un anonyme au niveau mondial - a pris en main ses entraînements.

Bonacorsi, "une connaissance incroyable de l’athlé"

Mais ce n’est pas juste pour être gentil que Kevin Mayer a demandé à son pote d’enfance de devenir son coach. "Alex, 'Godie' de son surnom, il a d’abord une connaissance incroyable de l’athlé mais surtout il est très doué socialement. La combinaison des deux fait qu’il sait exactement comment me prendre, dans les moments difficiles comme les plus joyeux", juge l'athlète.

Les deux hommes se connaissent depuis le plus jeune âge. Alexandre Bonacorsi est originaire du même village que Kevin Mayer, La Roche-de-Glun dans la Drôme. "Le père de Kevin était éducateur sportif dans le village, et je participais à des petits jeux. J’ai rencontré Kevin comme ça au départ", explique-t-il. La suite de l’histoire réunira, dans la même classe à l’école, Alexandre et un certain Thomas Mayer, le grand frère du vice-champion olympique de Rio 2016.

De La Roche-de-Glin à Tokyo

Thomas Mayer suit à la télévision le parcours de son frère Thomas aux JO de Tokyo, le 4 août 2021 à Bourg-lès-Valence
Thomas Mayer suit à la télévision le parcours de son frère Thomas aux JO de Tokyo, le 4 août 2021 à Bourg-lès-Valence © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK © 2019 AFP

Thomas Mayer et Alexandre Bonacorsi deviennent vite meilleurs amis et le petit frère Kevin se mêle au groupe. A 11 ans, le décathlonien entre au club d’athlétisme de Tournon et y retrouve Bonacorsi. "Kevin était passionné de fou d’athlé, et moi aussi", lance Alexandre Bonacorsi. Mayer abonde en ce sens: "Il m’a pris sous son aile et il était meilleur que moi d’ailleurs, mais je lui ai vite mis une pile (rires)."

Depuis, le trio passe énormément de temps ensemble et est à nouveau réuni sur les pistes d’athlétisme. Le désormais entraîneur de Mayer arrive à peine à y croire: "Je n’aurais jamais imaginé qu’il m’appelle pour bosser avec lui. Il y a 15 ans, on s’entraînait sur un stade perdu en Ardèche. Aujourd’hui, c’est à Montpellier et on se prépare aux Jeux olympiques de Tokyo, c’est un kiff incroyable."

Kevin Mayer: "J’ai besoin de ce cocon-là"

Pour solidifier encore plus le cocon Mayer, le grand frère Thomas est toujours dans les parages. Kevin se sent rassuré par sa présence. "Avoir des gens compétents c’est bien, mais des gens sur lesquels on peut compter, c’est mieux. Je me sens mieux et plus confiant. Ce n’est pas forcément leurs espoirs de médailles qui se reposent sur moi, et ça donne un partage émotionnel que j’aime beaucoup. J’ai besoin de ce cocon-là", décrit le champion. Thomas permet à son petit frère de garder les pieds sur terre en toutes circonstances. "Kevin ne s’entoure pas au hasard. Il recherche la performance mais aussi le perso, pour le partage émotionnel, et il sait que si on a quelque chose à lui dire, on n’ira pas par quatre chemins", précise le frangin.

Mayer accompagné par son coach à Tokyo mais pas son frère

Malheureusement pour le recordman du monde du décathlon, Thomas Mayer n'a pas pu être présent à Tokyo, les accompagnateurs étant restreints à cause de la pandémie de Covid-19. Mais Kevin Mayer ne s’en est pas trop inquiété: "A Torun pour les championnats d’Europe en salle, c’était la même chose. Et grâce à FaceTime, paradoxalement, on n’a jamais autant échangé. Entre chaque épreuve, je peux les appeler et les faire vivre la compèt’ de l’intérieur. Quoi qu’il arrive, on s’adapte. Etre aux Jeux Olympiques, c’est ma motivation première, c’est énorme. Je donnerai tout."

Kevin Mayer s’estime déjà chanceux de pouvoir s’appuyer sur son entraîneur, et meilleur ami, Alexandre Bonacorsi, et son préparateur physique Jérôme Simian. Il aura bien besoin d'eux pour se relancer dans la course au podium ce jeudi.

Aurélien Tiercin