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JO de Tokyo: comment la lutte antidopage prépare sa révolution

L’International Testing Agency (ITA), agence indépendante créée en 2018 et présidée par Valérie Fourneyron, ancienne ministre des Sports, est en charge du programme antidopage pour les Jeux olympiques de Tokyo. Nouvelles applications, localisation des athlètes sur place, 26.000 recommandations de tests... ces JO montrent une vraie révolution dans la lutte contre le dopage.

C’est pour l'International Testing Agency (ITA) une grande première. Le Comité international olympique a délégué à cette agence indépendante, localisée à Lausanne en Suisse et présidée par l'ancienne ministre des Sports Valérie Fourneyron, toute l’organisation du programme antidopage. Et pour la nouvelle édition des Jeux olympiques (23 juillet-8 août 2021), Benjamin Cohen, le directeur général de l’ITA, précise que cette année, rien ne sera comparable à Rio en 2016: "On a voulu marquer une différence avec ce qu’il se faisait par le passé avec des outils que l’on a mis en place nous-mêmes afin d’automatiser certaines tâches, de les rendre plus efficaces et de faciliter la vie des athlètes."

Et pour cela, des applications ont été créées spécifiquement pour Tokyo, notamment pour faciliter la localisation des sportifs sur le village olympique. "Quand il y a 12.000 athlètes au même endroit, il faut pouvoir les localiser et les tester donc l’idée était de mettre en place une application mobile où chaque comité national olympique nous indique où se trouve l’ensemble de la délégation", précise le directeur. La sécurisation des systèmes est l’une des préoccupations majeures pour l’ITA, jusqu’à vouloir supprimer les échanges par mails où le piratage est possible.

"On aimerait arriver à un stade où l’échange de données sensibles sur l’athlètes ne se fasse plus par email mais par un système informatique qui est le nôtre, hyper sécurisé", détaille Benjamin Cohen. Tout le programme se numérise jusqu’à la gestion des échantillons prélevés, là aussi une révolution: "Une application permet d’assurer un transport sécurisé de tous les échantillons prélevés dans le monde jusqu’à leur stockage dans un espace spécialement dédié et hautement sécurisé, en Suisse, afin de pouvoir les analyser même 10 ans après."

La complexité des tests avec le Covid-19

Et ces échantillons risquent d’affluer en nombre. A la différence des précédents Jeux, tels que ceux de Rio, seulement 1.500 recommandations de tests ont été émises sur des sportifs dits "à risque", là ce sont 26.000 recommandations. "Au Brésil, elles ont été faites un ou deux mois avant sur seulement sept disciplines à risque, ajoute le directeur général de l’ITA. Là, on a commencé un an avant et on a regardé les trente-trois disciplines." Un programme plus complet et robuste où tout le monde est mis dans le même sac mais bousculé par le Covid-19, rappelle Benjamin Cohen.

"Depuis février 2020 jusqu’à aujourd’hui, l’ITA a pu rattraper à hauteur de 95% ses tests hors-compétitions et en tests en compétitions, nous sommes à plus de 50% de réduction, dû aux annulations des tournois", indique-t-il. Alors pour réussir ce nombre important de contrôles, l’agence doit faire un suivi méticuleux, mais une nouvelle règle leur permet d’interagir si certains sportifs n’ont pas été contrôlés comme il se doit. "Si deux mois avant les JO on voit qu’il y a des trous, avec des athlètes pas testés, l’ITA aura la possibilité de les tester si on estime que ce sont des athlètes à risque qui n’ont pas été suffisamment contrôlés par leur agence nationale."

Aujourd’hui, pour Benjamin Cohen, la "vraie révolution" serait d’avoir des Jeux propres. Pour lui et ses équipes, "c’est une grosse pression, un challenge, on se réjouit d’y être. Si on pouvait délivrer un programme de qualité, sans accros, sans scandale, ça serait une vraie victoire pour le mouvement olympique."

Léna Marjak