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Mais pourquoi la France a raté ses débuts de JO ?

Camille Lacourt

Camille Lacourt - AFP

Après cinq jours de compétition, la France ne totalise que six médailles. Un bien maigre bilan compte tenu des attentes et comparé aux dernières moissons plutôt fructueuses en 2008 et 2012. S’il reste encore du temps pour corriger le tir, voici les raisons de ce départ raté.

Les espoirs d’un feu d’artifice, ou au moins d’un début de compétition réussi, étaient légitimes. Ils sont déjà partis en fumée. Après cinq jours, l’équipe de France ne totalise que six médailles (deux en or, trois en argent et une en bronze) dans ces Jeux olympiques 2016. Un bilan pour le moment loin des attentes et qui permettra difficilement d’atteindre l’objectif annoncé d’une quarantaine de médailles. Alors comment expliquer des débuts aussi timides pour le clan tricolore ? « Chacun à sa part de responsabilité, analyse Fabien Canu, ancien directeur de la préparation olympique. La fédération, les athlètes mais aussi les entraîneurs. Autant dans la réussite que dans l’échec d’ailleurs. C’est une aventure collective, un athlète seul ne peut pas gagner tout seul, c’est un environnement qui lui est favorable. Et dans la défaite, c’est pareil. »

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Si chaque sport a ses spécificités et donc ses problèmes, Isabelle Severino, ancienne gymnaste et désormais membre de la Dream Team RMC Sport, voit des similitudes dans ces mauvais résultats français : « On est passé à deux doigts sur certaines épreuves. C’est aussi ça la loi du sport. On a eu des tirages pas faciles pour certains. Après, il y a eu des contre-performances. Les Jeux olympiques, c’est une compétition extrêmement difficile. Il y a beaucoup de pression. Il faut peut-être que les Français aient plus confiance en eux. Il y a un petit manque de confiance. Mais je ne dis pas que c’est dramatique pour le moment. »

Hagelauer : « Paire est presque un cas isolé »

Symbole des mauvais débuts de JO pour la délégation française, le tennis et la natation ont des problèmes sportifs… mais pas uniquement. Côté balle jaune, aux éliminations de Tsonga, Mladenovic, Garcia ou encore des doubles est venue s’ajouter l’affaire Benoît Paire, exclu de l’équipe de France en raison de son comportement. Un mal symptomatique selon Patrice Hagelauer, DTN du tennis en 2012 à Londres : « Benoît Paire qui fait n’importe quoi, on le sait. Mais il n’aurait pas dû y aller. C’est presque un cas isolé, vous avez des fois un gars comme ça. Il y a quelques golfeurs qui n’ont pas plaisir à être aux JO. Il y a d’autres athlètes qui n’ont aussi pas cela dans leur cœur. C’est leur problème, ils se privent de quelque chose qui est essentiel justement, c’est le plaisir de défendre les couleurs de son pays. C’est le plaisir d’être là et de partager ça avec les autres athlètes. C’est une joie absolument immense. Ils se privent de ça mais c’est leur problème. »

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Des critères de sélection à revoir en natation ?

Niveau polémiques, la natation française n’est pas en reste non plus à Rio. Et en plus, contrairement à d’habitude, elle peine pour le moment à ramener des médailles (une en argent sur le 4x100m masculin). La raison ? De mauvais critères de sélection selon Hugues Duboscq, trois fois médaillé de bronze aux JO (une fois en 2004 et deux en 2008) et désormais retraité des bassins. « Il y a eu des critères au moment des sélections qui étaient très, très rigoureux, il y a eu des repêchages. Et les repêchages ça a été bien pour que les jeunes aient plus d'expériences dans les années à venir. Ce que je regrette, c'est qu’il y a eu une période où on nous demandait dès les séries de nager très, très vite le matin, de nager très vite en demi-finale et de nager vite tout le temps et c'est ça vraiment qui a aguerri. Pour moi, ça avait porté ses fruits. C'est normal que ça évolue mais je pense que c'était la bonne direction quand même. »

Canu : « Quand ça va bien, on a tendance à négliger le bilan »

Après les belles moissons de 2008 et 2012, terminées avec 41 et 35 médailles, difficile donc d’expliquer ce retard à l’allumage à Rio. La raison prend peut-être ses racines juste après l’édition londonienne. « Ce qui est primordial, c’est vraiment qu’au lendemain des Jeux il faut en tirer un vrai bilan, estime Fabien Canu. Sans se tromper parce que c’est ce qui va après permettre d’établir l’avenir. Le comité olympique, l’INSEP, le ministère des Sports, s’organisent avec les Fédérations pour avoir un vrai moment de réflexion pour en tirer des enseignements et c’est à partir de là qu’on doit établir son projet pour l’avenir. C’est vraiment primordial. Il y a des choix stratégiques qui seront décisifs pour les médailles de 2020 et 2024. »

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« C’est important quel que soit le résultat et c’est parfois peut-être ce qu’il manque parce que c’est notre tempérament français, poursuit-il. Quand on est en échec, on va tout remettre à plat, tout rediscuter. En revanche, quand ça va bien on a tendance à négliger le bilan. Or, la première question à se poser quand il y a des résultats, c’est de comprendre pourquoi ça a bien été, ce qui n’est pas simple. Les raisons d’une réussite sont extrêmement compliquées à décrypter. Quand on les maîtrise, c’est plus facile après pour comprendre pourquoi on a échoué ou ce qu’il faut faire. » Quel que soit la suite de ces JO, l’après-Rio sera donc primordial.