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Pourquoi la Russie peut-elle être exclue des JO 2016 ?

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La Russie est accusée, par un rapport commandé par l’Agence mondiale antidopage (AMA), d’avoir organisé un important système de dopage sous couvert de l’État.

8000 échantillons d’urine détruits, 643 contrôles positifs effacés. Les chiffres émanants du rapport McLaren donnent le tournis. Il est l’oeuvre de Richard McLaren, juriste canadien diligenté par l’Agence mondiale antidopage (AMA) pour enquêter sur les agissements des différentes fédérations sportives russes au cours des dernières années. Et le resultat est sans appel. Après une enquête de 57 jours, McLaren dénonce la mise en place d’un vaste système de dopage dans le sport russe, affectant toutes les disciplines, entre 2011 et fin 2015. Un “orchestre” de la triche avec la bénédiction de l’État et notamment le FSB (les services secrets russes). Des révélations qui amènent le Comité international olympique (CIO) à se saisir de l’affaire et à se prononcer ce mardi 19 juillet sur la participation de la Russie aux JO 2016 organisés au Brésil. En cas d’exclusion des Jeux de Rio, cela représenterait une première dans l’histoire olympique.

Tricherie omnisports

Au coeur de l’engrenage, le laboratoire de Moscou. Selon son ex-président, Grigory Rodchenkov, à l’origine des premiers aveux, celui-ci aurait subi des pressions du ministère des sports russe. Le ministre Vitali Moutko et surtout son vice-ministre Iouri Nagornykh auraient ordonné la manipulation et la falsification des échantillons d’urine pendant quatre ans.

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Trente sports seraient touchés par ce système, au premier rang desquels figurent l'athlétisme et l'haltérophilie, mais aussi la lutte, le canoë, le cyclisme, le football et le patinage. Un phénomène de très grande ampleur quand on sait que la Russie a notamment organisé en plus des JO-2014 d'hiver à Sotchi, les Championnats du monde d'athlétisme (2013), ceux de natation (2015) et ceux d'escrime (2014 et 2015).

Grigory Rodchenkov précisait qu’à la réception de prélèvements positifs impliquant des athlètes russes, ces derniers se retrouvaient blanchis dans presque 90% des cas. Des agents du FSB se chargeaient alors de manipuler les échantillons. Soit en y ajoutant du sel ou de l’eau distillée, soit en les substituant par des prélèvements antérieurs ou issus d’athlètes différents. Ces falsifications, invisibles à l’oeil nu, permettaient aux prélèvements d’atteindre les locaux de l’Agence mondiale antidopage “propres”. L’organisation n’aurait détecté la supercherie qu’après analyses au microscope comme le précise McLaren dans son rapport.

Une patrie déjà épinglée

Le juriste croit savoir que ces pratiques ont été mises en oeuvre à la suite des résultats catastrophiques enregistrés par la Russie (15 médailles, dont trois en or, 11e au tableau des nations) aux JO-2010 de Vancouver. Jusqu'à présent, seul l'athlétisme russe était montré du doigt à la suite d'un premier rapport indépendant de l'AMA qui avait abouti à la suspension de l'Araf (la Fédération russe d’athlétisme) et à son exclusion des Jeux de Rio. Plus isolé, le cas de la joueuse de tennis et ancienne numéro 1 mondiale Maria Sharapova, contrôlée positive au meldonium en mars 2016, avait également interpellé.

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Face à ces allégations, l’éxécutif russe a d’ores et déjà suspendu le vice-ministre des sports Iouri Nagornykh en attendant d’être fixée sur son sort par le CIO. L’interdiction de participer aux JO constituerait un énorme coup dur pour la Russie à seulement deux ans de la Coupe du monde de football qu’elle doit organisée sur son sol. La “Mère Patrie” se trouverait alors orpheline de l’une des deux plus grandes compétitions sportives mondiales.