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Du rififi à la Fédé

La sélection de Loïc Piétri au tournoi de Tokyo fait débat

La sélection de Loïc Piétri au tournoi de Tokyo fait débat - -

Fragilisé par des résultats en perte de vitesse derrière les locomotives que sont Riner ou Décosse, le judo français est aussi contesté de l'intérieur par certains clubs qui dénoncent les choix du comité de sélection en équipe de France. Une fronde qui intervient à huit mois des Jeux de Londres.

Le judo français affiche ses dissensions internes après des Mondiaux riches en titre (4 en individuel et 2 par équipes) mais qui laissaient apparaître un décalage de niveau. Trois clubs majeurs se sont manifestés par écrit auprès de la Fédération française de judo (FFJDA) pour exprimer leur mécontentement. Boulogne Billancourt (ACBB), Sainte Geneviève (SGS) et Marnaval (JCM) ont dénoncé les choix du comité de sélection en équipe de France, présidé par Roger Vachon, ancien patron de Levallois, poids lourd du judo hexagonal (Riner, Emane). Dans leurs courriers, les trois clubs frondeurs reprochent à la FFJDA de favoriser les athlètes du club francilien en les envoyant sur les tournois internationaux gagner des points qui compteront pour le classement mondial, déterminant pour l’obtention de quotas olympiques . « Je constate comme d’autres responsables de club que certains athlètes n’avaient pas fait les championnats de France comme cela avait été demandé mais avaient été présents à Amsterdam (19-20 nov.) la semaine suivante. La majorité de ces athlètes étaient issus du club de Levallois, il est évident que cela ne peut pas mettre en confiance les autres athlètes et on a déjà tous ressenti des orientations données par l’encadrement ou par le président de la commission de sélection qui est entre autre Roger Vachon ex-président de Levallois », écrit ainsi Francis Clerget, entraîneur de Marnaval, à Saint-Dizier en Haute-Marne.

« Frustré, écœuré »

La colère de Clerget s’explique par le fait que son fils Axel, 18e mondial, est en balance avec Alain Schmitt (14e), vainqueur du tournoi d’Amsterdam, et Loïc Piétri (31e), 5e des Mondiaux mais pas vu en compétition depuis, pour décrocher son billet olympique dans la catégorie des -81 kg. Le sociétaire de Marnaval, bien que 3e aux France début novembre, n’avait pas été retenu pour les Mondiaux de Bercy, et n’est pas des deux plus gros tournois de la tournée en Asie (Japon, Chine), étape capitale dans la quête aux points, puisqu'il ne participe qu'au « petit » tournoi de Corée (100 points au vainqueur). Il a refusé de s’exprimer préférant « se concentrer » sur cette compétition qui revêt un enjeu majeur dans sa quête de visa olympique. Une incompréhension partagée à Saint Geneviève, dans le club de l’Essonne. « Nous ne trouvons pas logiques les sélections des tournois de décembre (tournée asiatique, NDLR). Nous pensons que les sélections ne sont pas en harmonie avec les discours de la DTN, surtout dans l'optique de la course aux quotas olympiques. Nos athlètes vivent parfois mal cette situation », reprend Celso Martins, entraîneur du SGS, dans une lettre adressée au comité de sélection. Une situation de crispation qui se retrouve dans la catégorie des -66 kg. Les clubs ne comprennent pas pourquoi le nouveau pensionnaire de Levallois, Dimitri Dragin, 54e mondial, et nouveau venu dans la catégorie, se voit offrir autant d’occasions de refaire son retard par rapport aux leaders que sont David Larose (12e, Sainte Geneviève) et Loïc Korval (17e, ACBB) et qui peuvent, eux, assurer le quota. « Je suis évidemment très frustré, écœuré de par ce qui se passe à l’heure actuelle au niveau des sélections, surtout pour une année olympique, s’emporte Clerget, je ne suis pas le seul à ressentir ce problème en tant qu’entraineur, et à ma connaissance il y a d’autres responsables de club qui vont réagir rapidement. »

Attaqué pour non-respect de ses critères de sélection, la Fédération se déclare sereine. « Nous sommes neuf à décider au comité de sélection. Toutes les sélections ont été faites à l’unanimité. Le gros problème c’est quand le père et la famille est très proche. En tout cas j’arrive à me regarder dans la glace et je dors bien… », répond Roger Vachon. « Les principes de sélection ont été expliqués aux athlètes, aux entraîneurs et aux présidents le jour de la réunion des grands clubs. Ce sont des règles qui sont fixées et qui sont présentées au comité olympique pour que l’on respecte l’objectivité et la sportivité de nos sélections… », affirme de son côté le DTN Jean-Claude Senaud. RAS donc. 

Louis Chenaille (avec M.M., R.P.)