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Gneto, une perle d'ivoire très corsée

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Abidjan, Porto-Vecchio, Paris : une trajectoire qui file vers le Nord et aussi vers les sommets. A même pas vingt ans, Priscilla Gneto (-52kg) pourrait bien être celle qu'on n'attend pas ce mercredi sur les tatamis de Bercy. Découverte d'une fille dont le sport coule dans les veines.

Misato Nakamura, championne du monde 2009, traînait depuis deux ans une magie d'invincibilité face aux non-nippones lorsqu'elle est montée sur le tatami de Bercy, en février dernier, pour le Tournoi de Paris. Ce n'était pas "net-net" mais Priscilla Gneto, la boule de nerfs, a laissé la très bien coiffée Nakamura, prostrée sur le bord du tatami. Une belle ponctuation qui veut dire beaucoup après des victoires en Chine et en Azerbaïdjan. A l'image d'Audrey Tcheuméo, 21 ans, déjà championne d'Europe des moins de 78 kilos, Gneto incarne cette nouvelle vague féminine qui monte, qui monte, dans le judo hexagonal.

Tout juste sortie des rangs des juniors et après un championnat d'Europe "cochonné" (défaite au premier tour), la licenciée de Levallois s'attaque avec gourmandise au reste du monde : « C'est bizarre, mais ça fait plaisir de faire les Mondiaux un an après les juniors. J'y vais pour battre tout ce qui se présente. Gagner, gagner, gagner », lance-t-elle. La demoiselle fonce avec l'insouciance de son âge et réfléchit après. Une fois, elle est même montée sur le tatami pour combattre avec… ses écouteurs encore vissés sur les oreilles ! En piste, elle est adepte d'un style collé-serré qui déménage. Viens-là que j'attrape ! Elle arrache tout ce qui passe dans ses grands mouvements de hanche et la tête avec, alouette ! 

En Corse, la vie est belle

Comme Tcheuméo, Gneto baigne dans le sport, dans une famille mélangée entre foot, handball et judo. A Tcheuméo le Cameroun. A Gneto la Côte d'Ivoire. Ancien défenseur des Eléphants de Côte d'Ivoire (3 sélections), son père a évolué à Sienne et Toulon, avant de pouponner. Sa maman, elle, a tâté du handball tandis que sa soeur, Astrid, est déjà l'une des meilleures judokates françaises dans sa catégorie d'âge (cadettes). Fière de ses origines, Priscilla répète avec le sourire qu'elle est « têtue comme les Ivoiriens ».

« Prissou » comme on la surnomme, c'est aussi et surtout la Corse, tête de maure brodée sur la ceinture. Des débuts dans l'excellent dojo de Porto-Vecchio, pôle espoir à Ajaccio, puis le grand écart climatique jusqu'à la capitale: « C'était la belle vie en Corse soupire-t-elle. Là-bas, c'est tout le monde pour tout le monde. La famille. On peut même dire que je suis corse. J'ai l'état d'esprit corse : foncer sans se poser de questions.». Dans l'enfer de Bercy, elle sera toute seule contre 64. Les questions, elle n'aura pas le temps de s'en poser sous peine d'être croquée toute crue.